Radiohead – OK Computer (Parlophone)

Publié par le 29 juin 2013 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

Radiohead-OK-ComputerTout d’abord, un petit éclairage s’impose. Si ce site a été baptisé « Exitmusik », c’est grâce ou la faute à Radiohead. Ce joli nom est détourné du morceau « Exit Music (For A Film) », superbe ballade du non moins superbe OK Computer, mais j’y reviendrai.

Né en 1992, Radiohead est une formation de rock classique, composée de Thom Yorke, l’âme du groupe (chant, guitare et piano), des deux frères Greenwood, Johnny à la guitare et aux claviers et Colin à la basse. Phil Selway complète l’ensemble à la batterie.

Le premier album Pablo Honey est publié en 1993. Album de jeunesse, pop-rock gorgé de guitares sur des titres accrocheurs : « You », « Anyone Can Play Guitar » entre autres. Le groupe apparaît un peu coincé entre les influences rock héroïques à la U2 ou le rock plus dur et semble hésiter sur la voie à explorer. L’album n’entre donc pas dans les annales mais il contient l’excellent « Creep », ballade au refrain accrocheur, sur des envolées vocales de Thom qui deviendront une de ses spécialités. Ce sera leur premier hit, et la preuve qu’ils sont capables d’écrire de grandes chansons.

Avec The Bends, leur second opus, le gang de Thom semble avoir passé un palier dans l’écriture. Plus mature, plus d’émotion également dans les compositions, et la voix de Thom qui a pris de l’assurance. Un grand groupe est en train de naître. Quelques grands morceaux émergent de l’album : « The Bends », la superbe ballade « High And Dry » à la mélodie qui s’insinue immédiatement dans votre esprit, « Fake Plastic Trees », ou « Bullet Proof I Wish I Was ». Sans oublier l’incroyable « My Iron Lung ». Ce n’est pas encore LE disque du groupe, mais incontestablement le son Radiohead est déjà là et l’ensemble bien en place. Envolées lyriques, guitares tout à tour planantes ou agressives, et Thom qui cajole l’ensemble. Le test du toujours difficile second album est passé et avec classe. C’est aussi sur ce disque qu’ils rencontrent le producteur qui va les accompagner sur leurs albums majeurs à venir : Nigel Godrich.

Lorsqu’en 1997 ils balancent à la face du monde rock, OK Computer, c’est le coup de génie qui permet à Thom et sa bande de changer de dimension et franchir un cap important. Finie la relative confidentialité des débuts, exposition en pleine lumière et renommée mondiale en vue. Avec Nigel Godrich (rapidement classé comme le sixième membre du groupe) aux manette sur ce (très grand) disque, Thom et sa bande placent la barre très haut, ce qui leur permettra désormais d’être totalement libres dans leurs choix artistiques, quelquefois radicaux. Pas le genre à faire tourner indéfiniment la machine à « Creeps » pour s’en mettre plein les fouilles.

Le disque s’ouvre sur le vrombissement de la basse de Colin Greenwood sur « Airbag ». Remarquable mélodie sur ce titre qui deviendra comme le reste du disque un classique (c’est sûr je le connais par cœur). Ce qui saute aux yeux (ou plutôt aux oreilles), c’est leur capacité à composer des chansons qui semblent « déconstruites » mais d’une maîtrise étonnante. C’est leur marque de fabrique désormais.

Enchaînement avec la géniale « Paranoid Android », longue et magnifique ballade d’une grande douceur à la mélodie ensorceleuse, qui s’envole lentement et nous emmène sur des terrains beaucoup plus inquiétants. Atmosphère paranoïaque, cernée de guitares angoissantes, avant la redescente sur des rivages quasi angéliques. Grosse claque !

« Subterranean Homesick Alien » est une chanson planante dans laquelle Thom raconte sa ballade avec les extraterrestres (Alien), portée par les guitares cristallines de Johnny Greenwood.

« Exit Music (For A Film) », suit avec Thom seul accompagné à la guitare acoustique, avant que les chœurs ne l’enrobent. Ambiance assez Floyd sur ce titre qui prolonge les moments de douceur et de quiétude introduits sur le morceau précédent. Sublime.

Plus enjouée, « Let Down » est de ces chansons éternelles, que rien ne pourra jamais altérer. Une mélodie sublime, un morceau auquel il est facile d’associer des images. Des images de bonheur, des souvenirs impérissables.

« Fitter, Happier » ne boxe évidemment pas dans la même catégorie. Interlude sans grand intérêt qui semble tout droit sortie d’un film d’anticipation assez terrifiant. Une voix robotique nous déclame une succession de règles pour bien se comporter en société (« Not drinking too much, Regular exercise at the gym, Eating well, A patient better driver, A safer car, Sleeping well, No paranoia, Careful to all animals… »). Pas sûr que Thom et sa bande respectent le tout à la lettre.

Après cet intermède étrange, « Electioneering » rompt le calme qui régnait depuis que le disque est posé sur la platine. On ressort les grattes, et Phil Selway s’excite un peu plus derrière les fûts. Seul titre de facture classique rock du disque qui sort tout le monde de la béatitude dans laquelle on était plongé. Radiohead sait aussi secouer le cocotier quand c’est nécessaire.

« Climbing Up The Walls » pourrait sortir de Disintegration, avec son ambiance lourde et malsaine. Guitares et batterie plombées, chant réverb qui finit en hurlements. On souffle lorsque le morceau prend fin, et l’enchaînement évidemment ne manque de surprendre, quelques notes cristallines de guitare introduisent la mélodie renversante de « No Surprises » et Thom nous embarque en douceur vers les sommets. Finies la rage et la violence, tout est désormais calme et volupté. Quel pied !

Arrive ensuite « Lucky », ballade en apesanteur, à laquelle il serait vain d’essayer de résister. Le titre porte bien son nom. Oui nous sommes extrêmement chanceux de pouvoir écouter quand bon nous semble un tel album où chaque morceau rivalise de beauté.

Le disque s’achève sur « The Tourist ». Encore une mélodie parfaite, encore les mecs à l’unisson qui sentent bien qu’ils frappent un grand coup. Merci pour la promenade.

Eh attends, il n’a même pas cité « Karma Police » ! Figurez-vous que je me la gardais pour la fin celle-là, car pour moi c’est la plus grande chanson de Radiohead (et il y en a beaucoup), en tout cas celle qui me fait carrément décoller. J’adore la mélodie bien sûr, simple mais tellement évidente, mais ce qui m’embarque c’est l’emballage final, avec Thom qui lance « And for a minute there I lost myself, I lost myself », avec sortie de piste de la guitare. Tout simplement grandiose.

OK Computer n’est pas considéré comme un concept album par le Groupe, même s’il en a toutes les caractéristiques. Thèmes communs des chansons, violence, paranoïa et désillusion du monde moderne. Si l’ambiance pesante et menaçante est palpable tout au long du disque, toutes les ballades magnifiques qui le composent en font aussi un grand disque planant.

Après ce coup d’éclat, comment allaient-ils se renouveler, rebondir ou creuser le sillon ?

Et bien, ils ont surpris tous leurs fans en balançant un disque un peu OVNI : Kid A, avec très peu de guitares, laissant la part belle aux machines : synthétiseurs et sampleurs. En étant carrément « out of the box » comme disent les anglais, ils quittent l’univers balisé du Rock, avec un aplomb étonnant. Un immense album, audacieux et révolutionnaire, qui n’a plus rien à voir avec la musique qu’ils jouaient avant. Un titre à sortir du lot pour illustrer cette nouvelle voie : « Idioteque », qu’ils jouent régulièrement sur scène. Boîtes à rythme, scratches, bidouillages électroniques et la voix haut perchée et hallucinée de Thom. Ils pénétraient pour la première fois dans des contrées nouvelles pour eux. Terminé le format de chanson pop classique. Ils laissaient ça à d’autres. Un second chef-d’œuvre après OK Computer.

Suivront Amnesiac (qui poursuit dans la voie de Kid A), puis Hail To The Thief, excellent disque, avec un retour à une musique plus directe, aux guitares rock, où l’on trouve quelques perles comme « 2+2=5 » ou la fantastique « Suck Young Blood ». Le merveilleux In Rainbows, sorti en 2007, est la dernière grande œuvre de la bande d’Oxford.

Le futur de Radiohead s’articule désormais autour de la carrière de Thom Yorke, qui est toujours à la recherche d’expériences musicales nouvelles, et a souhaité faire une pause après l’inégal King Of Limbs, dernière création du groupe. Il a donc créé avec Flea et Nigel Godrich en 2009 le super groupe (comme on dit) Atoms For Peace. Leur premier excellent album AMOK, paru en début d’année, est chroniqué ici même par le très bon JL.

Enfin, pour le fun, allez voir Thom gesticuler comme un pantin désarticulé sur « Salsa di Lumache », parodie détournée de « Lotus Flower », c’est franchement tordant (muchas gracias Emily) ! Pour autant, je n’imagine pas que le prochain album du génial Thom soit de consonance latine. Hasta Luego !

 

El Padre

 

Écoutez « Paranoid Android » (parce que « Karma Police » tout le monde la connaît hein…).

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