Lou Reed – Transformer (RCA)

Publié par le 25 novembre 2012 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

loureedtransformerAoût 1970. Lou Reed met fin à l’aventure qui a mobilisé toute son énergie et sa créativité depuis cinq ans, en se retirant du groupe Velvet Underground, dont il était leader et co-fondateur avec John Cale. Il laisse avec le Velvet quatre albums, dont le cultissime The Velvet Underground and Nico, avec sa pochette illustrée d’une photo de banane, dont on pouvait peler la peau. Création d’Andy Warhol l’artiste « underground », le manager et véritable démiurge du Velvet, mais ceci est une autre histoire.

Deux ans plus tard, après l’échec commercial de son premier album solo intitulé sobrement Lou Reed, il reparait en solo, guitare en main, yeux maquillés, sur la superbe photo noir et blanc, du photographe Mick Rock, quasi photographe officiel de Ziggy the Bowie à l’époque. Cet album enregistré à Londres, est co-produit par David Bowie, dont Lou Reed est l’idole, et son guitariste Mick Ronson. Il fera passer Lou Reed du statut d’artiste culte lié à son passé au sein du Velvet (groupe culte par excellence), à celui de star internationale, grâce au seul véritable hit de sa carrière « Walk on the Wild Side ».

Sur l’album, Lou Reed s’entoure d’une formation réduite, il assure les parties de guitares et claviers, laissant Mick Ronson au piano et lead guitar, Herbie Flowers à la basse (contrebasse sur « Walk on the Wild Side ») et tuba, John Halzey à la batterie, enfin Ronnie Ross complète le band au sax.

Certains textes sont percutants, voire très provocants, et l’ambiance générale est assez glam rock, genre duquel il est pourtant assez éloigné, mais qu’il a fortement influencé (ambiguité sexuelle et décadence). Le disque est malgré tout assez soft, et loin des ambiances très déprimantes qu’il explorera par la suite. La voix ténue, légèrement grinçante et nasale de Lou participe à cette atmosphère. Il parle plus qu’il ne chante, presque un murmure sur certains titres.

« Vicious » en intro, est un petit bijou de cynisme. Lou clame à qui veut l’entendre qu’il se fait flageller par quelqu’un à coups de fleurs, c’est normal il est tellement vicieux. Guitares mordantes et rythme soutenu sur ce morceau très glam rock.

« Andy’s Chest », délire en hommage à Warhol. Sur ce titre, on sent nettement l’influence Bowie, sur la mise en place et la construction du morceau.

« Perfect Day », évocation amoureuse sur une ballade piano, et orchestration classique. Lou Reed apaisé et serein semble-t-il, mais évoque-t-il quelqu’un ou quelque chose (l’héroine ?) ? La dépendance à la drogue est un thème récurrent chez Lou Reed :  « Oh it’s such a perfect day, I’m glad I spent it with you, Oh such a perfect day, You just keep me hanging on« . Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Danny Boyle, intègrera ce morceau dans la bande-son de Trainspotting, qui conte les mésaventures d’une clique de junkies dans les banlieues glauques d’Édimbourgh. Le morceau est d’ailleurs utilisé sur la scène où McGregor fait une OD…

« Walk On The Wild Side », est le titre qui rejaillit de l’ensemble, un véritable bijou. Ballade géniale rythmée par la contrebasse et les cymbales fouettées par les balais. Lou murmure les paroles, accompagné sur un riff très léger de guitare acoustique. Chanson très provoc, puisqu’elle raconte des histoire de travelos, de backrooms, de camés et de dealers (on est avant les ravages du Sida) « Candy came from out of the island, in the backroom she was everybody’s darling, but she never lost her head, even when she was givin a head. » Je ne traduis pas, à cause des enfants qui pourraient parcourir ce blog. Le titre s’achève sur la montée des chœurs, et le solo sensuel au saxophone ténor. Ce morceau est sans conteste le plus célèbre de Lou Reed, et une des plus belles chansons des 70’s.

« Satellite of Love », est l’autre titre hyper connu de l’album. Repris notamment par U2, durant leur tournée Zooropa en 1993. Cette chanson magnifique, avec son envolée lyrique, les chœurs qui font bom bom bom, les claquements de doigts, et tout le monde à l’unisson qui crie « Satellite of Love », tout ceci reste encore aujourd’hui d’une très grande fraîcheur, détonnant avec les ambiances plus sombres auxquelles Lou nous a habitués par la suite.

« Wagon Wheels », « I’m So Free » sont des rock classiques, bien troussés, entraînants. On sent le groupe soudé derrière Lou Reed, et Mick Ronson livre de belles parties de grattes.

« New York Telephone Conversation », Lou raille les commérages auxquels se livrent ses compatriotes au téléphone, sur une petite comptine au piano. Very funny and cynical Lou !

Comme sur « Make Up », Lou laisse la place à nouveau à Herbie Flowers au tuba sur « Goodnight Ladies ». Le titre sonne étonnament Jazz New Orleans, et balance gentiment. Conclusion, la fête est finie, fini l’alcool et la musique, bonne nuit mesdames.

Sur cet album Lou Reed plantait son style, mais il voguera rapidement vers des ambiances musicales beaucoup plus sombres, notamment, sur son grand œuvre Berlin, l’année suivante. D’autres grands disques suivront dans les années 70, comme Coney Island Baby, et un album live mythique Rockn’roll Animal. Puis, malgré quelques éclairs, il traversera une longue période moins inspirée, avant son grand retour sur le devant de la scène rock en 1989, avec l’album New-York véritable hommage à SA ville.

 

El Padre

 

Écoutez « Walk On The Wild Side »

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