La Canaille – La Nausée

Publié par le 11 octobre 2014 dans Chroniques | 0 commentaire

nauseeRevoilà ce canaillou de Marc Nammour. Un de ceux qui n’a pas oublié le sens premier du rap : la critique sociale. Après un dernier album aussi brillant qu’incisif, La Canaille se devait de confirmer son statut.

Et c’est couteau entre les dents que Nammour lance la charge. L’insidieuse « Quelque Chose Se Prépare » reprend les choses là où Par Temps De Rage les avaient laissées… « Non vraiment rien n’a changé Monsieur l’président et c’était prévisible, c’était même clair, limpide et lisible. Deux trois promesses foireuses histoire d’être éligible et comme d’habitude après on passe aux choses sérieuses, on passe à la casse et c’est les mêmes qui passent à la caisse, avec en fond de trame une crise montée de toutes pièces. »

« Redéfinition » possède ce souffle épique qui donne envie de prendre les armes. Et d’entonner le chant unificateur « c’est la canaille et bien j’en suis« . Même démonstration sur l’imparable « Jamais Nationale » où Nammour décrète l’état d’urgence et fustige les politicards (le FN en premier lieu) et leur obsession à diviser et attiser la peur de l’autre, l’autre étant évidemment l’étranger. « Cette voix n’a pas de couleur, comme la connerie ou l’ignorance. Elle puise sa force dans la douleur, l’humiliation et les offenses. C’est l’éloquence pour nous monter les uns contre les autres. Elle te rabâche sans continu qu’il y a l’étranger et y a les nôtres. » Avec force, intelligence et conviction, La Canaille vise juste.

Mais l’album ne se contente pas de déployer un rap militant et agressif. Sur beat minimaliste, Nammour ne rappe pas mais parle. Pari risqué.

Il dépeint la bourgeoisie sur un ton grinçant et acide (« Monsieur Madame ») avant que les cuivres ne se montrent narquoises à leur tour sur le refrain. Et d’évoquer la déchéance de l’homme, celle d' »Omar » avec un Serge Teyssot-Gay qui fait hurler sa guitare pour mieux illustrer une vie aux abois. Le résultat laisse de marbre au début puis prend une toute autre dimension une fois digéré.

A l’exception d’un raté notoire (« Pornoland », vite exaspérante) et d’une deuxième partie d’album globalement moins réussie, La Canaille assume son côté décalé (comme sur le titre du même nom), prend des risques, dénonce et s’impose un peu plus comme un des acteurs majeurs du rap français d’hier et d’aujourd’hui.

JL

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :