Interview – Shea Roberts (The Richmond Sluts)

Publié par le 17 février 2019 dans Interviews, Non classé, Toutes les interviews | 0 commentaire

On dit que les interviews organisées en dernière minute et non préparées sont les meilleures, voyons ce qu’il en est en cette soirée du 7 février 2019 où j’ai la chance de revoir Shea Roberts, chanteur des Richmond Sluts (pour rappel, même Rock & Folk classe le premier album des Sluts parmi les 500 meilleurs de tous les temps).

Nous sommes chez lui, dans le centre de San Francisco, dans le quartier de “Tendernob” (contraction intentée par Shea entre Tenderloin et Nob Hill). Il estime que ce quartier résistera à la gentrification car il y a trop de SDF et de tox autour des centres sociaux du coin. Il vit ici depuis plus de 10 ans. Son chez-lui lui ressemble. Avant l’interview, on écoute des oldies du Pérou, des soundtracks de films soft porn des 70’s, du psychédélique de Turquie… Et on s’y met !

Shea a eu une année assez dense avec une participation croissante dans le groupe Natural Pear de son ami de toujours, Jérémie. Ensuite son album solo dont nous allons reparler en détail. Enfin, plusieurs nouveaux morceaux pour un futur album des Sluts prévu cette année. Pour ce dernier, Chris Beltran et lui ont recommencé à composer ensemble. Idem avec Jessie Nichols et Justin. Le groupe fera quelques shows au printemps afin de tester les morceaux et l’enregistrement se fera dans le nouveau studio de Jessie à Oakland. Comme toujours, me dit Shea, les premières prises sont les meilleures, quand personne du groupe ne connait les morceaux. Shea a écrit l’essentiel du dernier LP des Sluts mais il souhaite revenir à beaucoup plus de contributions de chacun, dans l’esprit Richmond Sluts. Le prochain sera un retour aux sources “garage”, sans aucun doute. 

On parle ensuite de son nouvel album solo, disponible sur Bandcamp et dont le pitch mentionne un style Americana. J’avoue que, comme beaucoup d’européens sans doute, je ne vois pas bien ce qu’est l’Americana. Non, ce n’est pas exactement de la country, genre tout à fait respectable s’il date d’avant 1978, me glisse Shea avec cette étrange précision. Non, au départ, c’est la musique des pionniers, les hymnes entonnées par les marins ou les aventuriers au coin du feu. Shea a toujours composé des tracks dans le genre, mais jamais avec l’intention de sortir quoi que ce soit. En fait, son ami Chris Beltran a forcé le destin en annonçant largement cette sortie qui n’en était pas une au départ. Les paroles parlent de son histoire ou racontent des histoires du coin, comme cette prostituée qui raconte à Shea qu’un type venait la payer régulièrement, sans que rien ne se passe, simplement pour la soustraire à la vie de trottoir pour quelques heures. L’ultime histoire d’amour urbain à la sauce Tenderloin. Maintenant que l’album est sorti grâce à Chris (“accidentellement, ha ha“), Shea ne refuserait pas des propositions de concerts. L’Europe lui plairait parce que “les gens y sont plus fun et plus ouverts à entendre de nouvelles choses” mais rien n’est encore décidé. On enchaîne sur un festival au Pérou, “fucking Peru and Machu Pichu kinda shit” dixit Shea. 

La soirée avançant, on parle de l’évolution du rock’n roll. Je fais part à Shea de mon impression, initialement évoquée par Johnny Witmer des Stitches lors de leur passage à Paris, que le public avait tendance à blanchir des tempes. La prochaine vague, c’est pour quand ? Je parle des cycles 1958, 1965, 1973, 1977, 1992, 2001… Shea semble dire que beaucoup de choses se passent malgré tout. Par exemple, Ty Segall venait aux concerts des Sluts et est devenu populaire internationalement. Il fait aussi le parallèle intéressant entre des types comme lui et moi qui avons connu la période sans internet où on débarquait au magasin de disques et on achetait un peu au pif, avec au mieux une vague écoute sur une platine vieillissante. Un parallèle donc avec les jeunes de 2019 qui recherchent frénétiquement des sons nouveaux sur internet et se font une culture musicale comme ça. Bien entendu, la pulsion du zapping est là et peu écoutent un LP entier sur YouTube mais internet peut être une excellente porte d’entrée sur plein de genres musicaux. On tombe d’accord aussi sur le fait que les versions digitales des albums devraient être gratuites ou presque, juste un “teaser” pour pousser les gens dans les salles de concert et acheter du merch dans un élan d’enthousiasme après un super gig ! A part ça, Shea m’annonce une bonne nouvelle (petits curieux, va !) et me parle des mois à venir.

Joignez-vous a moi pour l’inviter en Europe tout bientôt ! Il est tard, le taxi m’éloigne de “TenderNob”, je suis fatigué et heureux de cette interview, il me reste à écouter tranquillement une bonne grosse dose d’Americana version 2019 !

Manu

L’album de Shea Roberts, Good Times Don’t Last Forever, est en écoute et téléchargement GRATUIT sur son bandcamp que voici.

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