Interview et live report – The Lords Of Altamont

Publié par le 26 octobre 2014 dans Interviews, Live reports, Toutes les interviews | 0 commentaire

Seulement quelques mois après la fin de leur dernière tournée européenne, les Lords of Altamont sont de retour en ville avec une dizaine de dates en France et deux petites incursions en Belgique et en Suisse. Après avoir enflammé la charmante bourgade d’Hérouville Saint-Clair, ils étaient en visite à La Pêche Café de Montreuil le 16 octobre pour un live sponsorisé par la mairie (gratuit pour les moins de 5 ans, c’est à noter).

L’occasion de revenir avec Jake « The Preacher » Cavaliere (chanteur,organiste et âme du groupe), Dani Sin (guitariste, une tournée avec les Lords à son actif) et Maarten (tout nouveau batteur, qui officie habituellement avec les Shaking Godspeed) sur leur petit dernier (le très réussi The Lords Take Altamont), l’esprit du groupe, et leur avenir.

 

Vous étiez déjà en tournée ici entre la fin du printemps dernier et le début de l’été et vous voilà déjà de retour. Il y a quelque chose de spécial qui se passe entre l’Europe et les Lords ?

Jake : En fait, ça a vraiment commencé avec Fargo Records. Ils sont ici à Paris et donc nous ont fait une grosse promo en France. J’ai aussi l’impression que les francophones aiment beaucoup les Lords, on se sent très soutenus ici.

Ce rapport à l’Europe, ça a vraiment commencé en Espagne en 2003. Ensuite Michel de Fargo Records [Michel Pampelune, le fondateur du label, ndlr] nous a vus en live au SXSW et nous a dit « je vous veux sur mon label ». Il nous a organisé deux tournées en France avec une grosse promo autour et je pense que c’est vraiment là que ça a débuté. Et ça nous plaît vraiment.

On peut parler d’un lien spécial avec la France ?

Jake : Je sais pas, on est peut-être les Johnny Hallyday du garage en France, ou les David Hasselhoff en Allemagne… !

Plus sérieusement, ça se passe comme ça en France, en Belgique, en Suisse… dans tous les pays francophones. Ça reste cool partout, mais c’est vrai qu’ici vous êtes particulièrement réceptifs. En fait, on a commencé à pas mal marcher ici assez rapidement.  Donc on revient tout le temps. On est peut-être cupides, un peu comme des rats qui s’accrochent à la vie !

Ce soir vous êtes à Montreuil, dans quelques jours vous serez à Paris avec un public qui sera certainement assez similaire. Comment on prépare une setlist dans ces conditions ?

Jake : On joue tout ce qu’on sait jouer ! On en est maintenant à cinq albums, donc c’est pas évident de faire un choix. Mais c’est une bonne chose. Après, on sait quels sont les albums qui ont reçus le plus de promo dans tel ou tel pays. On sait qu’ici Fargo a fait un gros boulot sur notre deuxième album et que c’est donc plutôt ça que le public a envie d’entendre. Je respecte totalement ça. C’est cool, on est là pour les gens qui viennent nous voir et aussi grâce à eux. On sait que c’est important.

Et puis, on a maintenant un joli catalogue de chansons. On prend celles qui marchent le mieux, on continue à en répéter d’autres pendant la tournée et on fait quelques changements.

Vous avez aussi joué à Mexico ?

Jake : Dans un sens le Mexique c’est un peu comme la France. On jouait là-bas deux fois par an avant. C’est fou. Ils adorent le rock and roll, le punk garage, le psyché… C’est assez différent des Etats-Unis, où on joue plutôt devant des kids.

Ça faisait un petit moment qu’on n’y était plus retourné à cause de la situation sur place qui est un peu tendue. Et c’était incroyable, vraiment impressionnant.

Dani : On a fait deux shows là-bas, à Mexico. C’était vraiment excellent.

Et vous sentez des différences par rapport au public ?

Dani : C’est souvent ce que disent les groupes sur l’Amérique du Sud en général. Les gens sont dingues. Ils vivent vraiment le truc, ils viennent pas juste voir un spectacle.

Jake : Ouais, un peu comme la Belgique par exemple. Ils ont une vraie culture rock, punk, garage… Ils sont vraiment là-dedans, plus que beaucoup de monde. C’est cool, ça m’impressionne pas mal !

Dani : C’est peut-être le côté latin. En Espagne c’est un peu pareil. Les gens sont vraiment hardcore par rapport à ce qui leur plaît. En revanche, si tu prends l’exemple de Londres,  les gens suivent plus le courant du moment. En ce moment, le truc c’est le psyché, tout le monde en écoute.

Paris est peut-être un peu comme Londres à ce niveau…

 Jake : Mais à Paris t’as quand même pas mal de passionnés, de mecs qui sont à bloc, c’est d’ailleurs pour ça qu’on est là ! Il y a une sorte de « loyauté envers la tribu » ici, un truc comme ça. On sent que les gens écoutent vraiment ce qu’on fait, et reviennent tout le temps nous voir quand on passe.

Dani et Marteen vous êtes devenus des Lords très récemment. Qu’est-ce que ça fait d’entrer dans un groupe qui a déjà 15 années au compteur, est-ce que vous vous sentez investis d’un certain héritage ?

Dani : En fait, faut comprendre que le concept des Lords ça a toujours été d’être comme un gang, des mecs qui sont dans ce style de musique, dans ce trip, cette culture biker. Tous ces mecs qui ont joué dans les Lords sont incarnés dans ce groupe. Tu en as qui y entrent, d’autres qui en sortent. Je connais Jake depuis plus de 10 ans, on est potes. Puis au bout d’un moment, j’ai eu l’occasion de devenir le guitariste des Lords. J’ai pas répondu à une annonce « cherchons guitariste », tout s’est fait naturellement. Ouais, c’est vraiment un gang. On croit à la même chose.

Jake : C’est un peu comme une bénédiction que ces types soient rentrés dans le groupe. Je vois les Lords pas vraiment comme un gang mais plutôt comme une famille. Je suis extrêmement proche d’eux, peut-être même plus que de ma propre famille. On est vraiment sur la même longueur d’ondes, sur les mêmes ondes un peu démentes… !

Maarten : C’est ce qui m’a fait rentrer dans le groupe. Je suis tout à fait d’accord avec ce que les autres viennent de dire, par rapport à cet aspect gang, cette culture qu’on partage. Et tout ça, je pense que ça se retrouve dans nos morceaux, notre background commun, notre nom, nos idées voire même nos idéaux…

 C’était ton idée Jake, cette espèce de notion de gang, quand t’as monté les Lords ?

Jake : L’idée du groupe n’a pas beaucoup évolué depuis sa création. En gros, après quelques mois et quelques concerts on s’est vraiment dit qu’on aimait ce qu’on faisait et on savait que c’est ce qu’on voulait faire. On peut tenter n’importe quoi, essayer de faire du Queens Of The Stone Age, ça sonnera toujours comme les Lords. Toujours.

On avait un groupe de surf pendant des années avant les Lords, The Bomboras, et on s’est aperçu qu’en fait ça sonnait comme les Lords sans chanteur. Ça a toujours sonné pareil. Je pense que c’est pas forcément volontaire, c’est juste notre truc.

Personnellement, j’ai toujours été dans la sous-culture. Je pense qu’on peut appeler ça comme ça. Pas uniquement la culture biker. Il y a une incompréhension d’ailleurs par rapport à la culture biker, avec cette image de gros gars sur des Harley, ce genre de choses… je pense surtout à ces films en mondovision, ces films d’exploitation, la science-fiction, le hot rod, tous ces trucs. Et bien entendu la musique qu’on écoute. Tous ces éléments sont vraiment importants.

Ça rejoint aussi notre nom, Altamont. Ce festival a changé le monde, au niveau de la musique. Et arrêter les Bomboras nous a aussi totalement changé. J’y vois quelque chose d’assez similaire.

Peut-être qu’on peut nous percevoir un peu comme Kiss dans un sens, même si moi je garde le maquillage quand je vais me coucher (rires) ! J’aime ce qu’on fait et je sais qu’on sera soutenu parce qu’on est suivis par des gens vraiment cool.

 

shoot

 

Parlons un peu de votre dernier-né, The Lords Take Altamont. C’est un album de reprises, uniquement de morceaux joués pendant le festival d’Altamont. Tu peux nous expliquer comment est venue cette idée ?

Jake : Fargo Records nous a demandé de faire un nouvel album. Ils trouvaient Midnight To 666 vraiment bon, et proposait de le faire suivre par un truc un peu différent. Donc ils nous ont suggéré de faire un album de reprises. Bon… Les Morlocks ont fait leur Play Chess quand je jouais avec eux et j’étais pas super chaud à l’idée de refaire un truc dans le même genre.

A ce moment là, le moral du groupe n’était pas terrible. Les autres mecs étaient épuisés avec toutes ces tournées… et pourtant fallait bien faire cet album ! On a commencé à répéter, style des reprises de groupes du label Crypt Records, mais ça sonnait vraiment comme du Midnight to 666 recyclé.

Et là, je me suis dit que, quitte à faire un album de reprises, pourquoi ne pas tenter de faire un tribute à Altamont et raconter une partie de l’histoire ? Les gens pigeraient pourquoi, même si on ne prétend pas du tout être des Hell’s Angels ni un club de biker tuant des mecs pendant les concerts, mais pourquoi ce festival a autant changé la donne. On est parti sur cette idée. Mais on se demandait quand même comment on allait reprendre des morceaux de Crosby, Stills, Nash & Young, de Santana… putain, on n’en avait aucune idée !

Et là, les mecs du groupe se posaient un peu des questions. Donc j’ai dit « okay, on va faire ce tribute et on va demander à tous les mecs qui ont joué dans ce groupe d’y participer ». Certains n’ont pas pu venir pour différentes raisons, du genre logistiques ou parce qu’ils avaient un peu trop « fait la fête »…

Ça a été un gros boulot, assez bordélique à mettre en place pour des raisons pratiques. Mais j’ai vraiment aimé ça, saisir cette occasion pour réunir tout le monde, faire un truc tous ensemble, quelque chose de cool, voir qu’il n’y avait aucune embrouille entre nous, et sortir un disque avec une super pochette. Je pense, et j’espère, que ça fait sens.

Donc ce n’est pas uniquement un tribute au festival d’Altamont mais aussi en quelque sorte aux Lords of Altamont ?

Jake : Oui, on peut dire ça. Michel de Fargo nous a aussi dit que ça sonnait comme un tribute aux Rolling Stones. Mais faut rappeler que c’était leur festival. Et je dois avouer que c’était aussi un petit plaisir coupable vu que c’est un des mes groupes préférés. C’était aussi intéressant de prendre ces chansons et de tenter de nous les approprier, d’en faire un truc à nous. On a vraiment pris notre pied à faire ça.

Justement, en parlant des Stones, on imagine que ça n’a pas dû être évident de faire un choix parmi les reprises potentielles…

Jake : Déjà, il fallait choisir uniquement des morceaux joués à Altamont. C’était super chaud parce que tout le monde connaît ces chansons par cœur. Et changer ça, c’est comme foirer avec la magie du truc, faut pas se louper. Donc celles des Stones étaient compliquées, les plus compliquées à faire. Je crois que celle que je préfère c’est « Live With Me ». On a tenté de la faire dans une version à la « TV Eye » des Stooges, avec ce côté direct dans ta face.

Tous les albums des Lords comportent des reprises, de groupes et de styles très différents. Comment vous les choisissez ?

Jake : Ça dépend. Parfois les fans les plus hardcore nous envoient des demandes et si on trouve ça cool, on le fait. C’était par exemple le cas de « Ain’t It Fun » (des Dead Boys ndlr) ou « Action Woman » (de The Litter) sur Midnight to 666.

Plus généralement, on tente un morceau qui nous plaît et si ça sonne, on le garde.

Pour The Lords Take Altamont, l’idée était de faire ces reprises en se demandant comment les Stooges ou le MC5 auraient fait.

En réalité, quand on a commencé le groupe, on voulait faire uniquement des reprises de groupes garage de Los Angeles. Mais il y avait tellement d’autres trucs qu’on aimait… Puis je pars de l’idée de quelqu’un qui ne nous connaît pas et qui tomberait sur l’un de nos albums chez un disquaire parce que la pochette lui plaît. Il va checker les morceaux et voir une bonne reprise, comme « Knock Knock » des Humane Society. Ça va lui donner envie d’écouter le reste. On fait en sorte que les gens puissent nous associer à quelque chose.

Et puis je suis bien entendu un gros amateur de garage punk (grand sourire).

Bon, et maintenant, à quoi peut-on s’attendre pour la suite ?

Jake : Une retraite prolongée (rires) ! En fait, je ne sais pas trop pour le moment. On m’a demandé récemment si The Lords Take Altamont est un album de transition, mais pour moi c’est juste un album de reprises.

En fait, j’aimerais enregistrer quelque chose avec la formation actuelle. Il y a vraiment un truc qui se passe, un truc assez spécial, et ça mériterait d’être enregistré pour en témoigner.

Maarten : Ou peut-être une comédie musicale à Broadway (petit silence dans l’assistance, le temps que tout le monde réfléchisse à cette idée)…

Jake : Je pense que si on fait quelque chose, ce sera un EP. Ça me brancherait bien de bosser sur ça et de voir comment les gens l’accueilleraient. Mais en même temps, je ne me prends pas trop la tête sur l’accueil du public. J’aime ce qu’on fait, le public aussi, on écoute les mêmes choses, j’ai vraiment l’impression qu’on est dans le même trip. Je suis vraiment excité de voir ce que ces mecs vont donner. Je sais déjà de quoi ils sont capables live, et j’aimerais qu’on fasse au moins un EP ensemble.

C’est du sang neuf…

Jake : Ouais, du sang neuf et peut-être aussi un sang plus sage, plus posé.

Tu sais, je me suis aperçu d’un truc dans le milieu rock à Los Angeles. Tout le monde se connaît, tout le monde joue ensemble. Pas mal de mecs ont le look, les guitares qui vont bien et se prétendent professionnels. Mais quand faut y aller, t’as plus personne. C’est pas le cas de ces mecs, et ça, ça me plaît.

Sur votre page Facebook vous avez récemment écrit que cette tournée est peut-être la dernière chance de voir les Lords en live avant un bon moment. Que doit-on comprendre ?!

Jake : En fait, je suis juste carrément fatigué. On fait entre 150 et 200 concerts par an. Et je suis vraiment crevé à la fin de chaque tournée. Et c’est pas du tout un manque de respect pour le public, parce que je vis pour ça et j’aime ça. Mais parfois, je suis vraiment épuisé. Ça fait 15 ans que j’ai ce groupe, 22 ans que je tourne sans interruption. Les Fuzztones m’ont appris à faire ça, à être pro. Je ne sais juste pas quand je me sentirai de revenir. Je veux être à bloc, à 110%, pas avoir l’impression d’être le pneu crevé du groupe.

Mais les Lords ne sont pas finis hein ! Ces mecs aiment ce groupe, j’aime ce groupe, ils veulent continuer, moi aussi. C’est vraiment une source de motivation pour moi.

 

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The Lords Of Altamont @ La Pêche Café (Montreuil), 16/10/2014

Et ce concert alors ? La Pêche Café fait partie de ce genre de salles sur lesquelles on aime tomber : place et bière pas chères, équipe souriante, scène grande juste ce qu’il faut pour un vrai contact avec le groupe et un ingé’ son qui connaît son métier.  Bonnes conditions pour un bon concert, donc.

Ce sont les Français(es) de Toybloïd qui ouvrent la soirée et font le job de belle manière. A noter que le groupe avait assuré la première partie d’Indochine au Stade de France en juin dernier. Soit quelque chose que l’on imagine bien moins impressionnant que d’ouvrir pour les Lords of Altamont à Montreuil.

Le groupe arrive sur scène un peu avant 22h et force est de constater que le flower power est bel est bien enterré. Ils sont farouches dans leur costumes de scène de cuir et de denim, estampillés LFFL (Lords Forever, Forever Lords). Un vrai gang, échappé d’un enfer en mondovision sur des Triumph rugissantes. Et puis il y a la belle Moana Santana, la go-go qui éclaire de toute sa grâce frénétique la sauvagerie du show. Pas de doute, il n’y aura pas de meilleur endroit où se trouver cette nuit.

 

live

 

Ils envoient en intro de manière surprenante une toute nouvelle compo (notée « Orgone » sur la setlist) avant de repartir sur un Hold Fast plus traditionnel. Le son est nickel, contrairement à leur dernier gig parisien au Point Ephémère, et rend justice au groupe.

Le public d’abord timide se fait plus réceptif au bout de quelques morceaux jusqu’à trouver son rythme de chevauchée sur l’excellente « (Please) Get Back In The Car » et son imparable refrain glitter (hey !).

Les Lords font le boulot avec un plaisir qui semble non feint. C’est toujours aussi plaisant de voir le Preacher s’époumoner tout en maltraitant son orgue avant de lui monter dessus. Après une bonne tournée pour se faire la main, Dani Sin (guitare) et Zim (basse) sont vraiment à l’aise. Le dernier arrivé, le jeune Maarten, fait le job et tabasse du fût.

jakeÇa déroule du hit (« Going Nowhere Fast », « Live Fast », « Buried From The Knees Down », « $4.95 » …) avec quelques incursions vers le dernier opus dont les excellentes « Come Back Baby » et « 3/5 Fifth Of A Mile In 10 Seconds » du Jefferson Airplane. On aura le droit à trois titres en rappel avec un dément « The Split », un démoniaque « F.F.T.S. » avant de se voir achevé sur un énorme « Don’t Slander Me » de Roky Erickson.

Comme d’habitude, on ressort du show totalement lessivé, bien heureux d’avoir fait partie de cette petite poignée (150 personnes grand max) à avoir reçu la bénédiction du soir. La bonne nouvelle c’est que les Seigneurs seront de retour à Paris le 30 octobre au Batofar. Les malheureux qui vivent encore dans le péché sont prévenus !

 

M.A.

Photos : Diégo Antolinos-Basso

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