Frustration – Uncivilized (Born Bad)

Publié par le 1 mars 2013 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

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Bon je suis un peu à la bourre pour chroniquer ce disque sorti il y a presque un mois mais on a fait bien plus fort avec Jake Bugg (4 mois de retard ni vu ni connu, ça passe…) et je me dis que ce serait quand même bien dommage de ne pas partager cette formidable découverte qui tourne désormais sans relâche chez moi. Et bientôt chez vous z’allez voir.

D’autant qu’on se lamente fréquemment du niveau du rock français là où nos voisins d’Outre-Manche sortent 10 révélations par an. Et bien c’est fini ce temps-là. Réjouissons-nous, v’là un quintette parisien qui vient foutre un bon coup de latte dans la fourmilière et remettre en cause la morosité ambiante.

Leur premier album Relax était déjà un sacré tour de force et sa bardée de tubes incendiaires avait vite fait de nous rendre accros.

Difficile de décrire la musique de Frustration sans évoquer Joy Division. Basse aux avant-postes, batterie martiale, riffs répétitifs et tranchants… Et Fabrice Gilbert a dû se mater pas mal de vidéos de Ian Curtis tant la ressemblance dans la façon de chanter (ce ton monochorde) est parfois troublante.

Malgré cela, on n’a pas du tout affaire à de vulgaires clones des légendes mancuniennes. D’abord parce que la musique de Frustration a ce grain de folie, cet enthousiasme débordant qui donne immédiatement envie de se remuer le popotin frénétiquement. Et c’est là où les parigots font très forts, ils sont capables d’allier efficacement une ambiance oppressante à un côté dansant. Le groupe revendique une filiation avec des groupes comme The Fall et ESG ce qui sonne comme une évidence.

Et pour en revenir au chanteur, ce gars-là semble avoir un grain et se lâche méchamment derrière le micro (écoutez « Around » vous comprendrez) ce qui lui confère un grand charisme qui nous entraîne sans peine dans son sillage. On a parlé de ressemblance avec Curtis mais il faut ajouter que Fabrice Gilbert n’hésite pas à changer de registre et s’adapter selon les morceaux (adoptant par exemple une voix haut perchée fort à propos sur « Believe Me Or Not »).

Il faut également saluer le grand talent de Fred Campo aux synthétiseurs, qui joue un rôle prépondérant au sein du groupe. Officier aux synthés est un métier plus difficile qu’il n’y paraît, on a vite fait de se vautrer dans des sons bien kitsch. Le jeu est périlleux, la frontière est mince et Mr Campo tombe presque toujours du bon côté et excelle dans l’art de composer des hymnes obsédants au possible et terriblement classes. Des sons qui ont le don de nous rendre dingues (les fabuleux « Uncivilized » et « Worries ») et nous pousse à effectuer machinalement des danses improbables dont on ne se serait pas pensé capable. Bon ça ne prend quand même pas à tous les coups (« Dying City » est un peu lourdingue) mais on frôle le sans-faute.

Si le son navigue entre post-punk et cold wave associé à un côté dansant non négligeable, on retrouve l’immédiateté et l’urgence propre au punk d’antan, le vrai, notamment sur les refrains bien « rentre dans le chou » (« Assassination », « Around »). On a comme l’impression qu’on s’acharne sur nous avec un marteau-piqueur mais la sensation est loin d’être désagréable. Ça sonne parfois simpliste, c’est pourtant très abouti et le résultat est bien souvent imparable (« It’s Gonna Be The Same »).

Alors on cherche des faiblesses on se dit merde ils sont français, inexpérimentés, on a dû louper un truc. Y a bien un moment où ils ont fait les cons. Ben pas vraiment, même quand ils délaissent sciemment le côté dancefloor pour insister sur une ambiance dark ils parviennent encore à nous captiver (l’inquiétante « One of Them »).

Bon ce groupe a quand même un défaut bien emmerdant : il prend son temps pour concocter ses albums. Deux disques en dix ans, c’est peu. À l’image des ouvriers sur la magnifique pochette de l’album – réalisée par le graphiste Baldo – qui colle parfaitement avec leur univers, les gars de Frustration sont des bosseurs. Alors OK ils prennent soin de leurs créations, les peaufinent, se foutent pas de la gueule des auditeurs mais merde quand on a entre les mains de tels albums on a qu’une envie c’est d’entendre la suite.

 

JL

 

Écoutez « It’s Gonna Be The Same ».

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