Elliott Smith – Either/Or

Publié par le 27 août 2017 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Kill Rock Stars, 1997)

« Papy, papy ! Germaine est encore en train d’écouter ses chanteuses à la con qui crient comme des chèvres qu’on égorge ! J’en peux plus ! Mais quand je lui demande d’arrêter d’écouter ça, elle me dit que les chanteuses à voix qui chantent l’amour, y a rien de plus puissant en termes d’émotion. J’ai essayé d’écouter, par acquis de conscience, je suis tombé dans les pommes tout de suite. Si elle écoute encore une fois « My Heart Will Go On », je pense que je vais tuer quelqu’un. Elle, certainement. Et comme Maman et Maman m’ont défendu de commettre un sororicide, je ne sais plus quoi faire… »

Allez, allez, calme-toi, viens-là, assieds-toi et prends une petite menthe à l’eau. Moi non plus, je ne pensais pas voir un jour le revival des chanteuses à voix. Quand on a enterré toutes ces connasses au début des années 2000, j’espérais bien que ce serait pour de bon. Comment on a fait pour survivre à ça ? Ah, c’était dur, très dur. Mais c’est faisable, avec un peu de détermination. Certes, c’était un autre temps, à l’époque Germaine c’était un nom de vieille rombière, pas de petite pétasse de 14 ans comme ta soeur, et dis-toi bien que si quelques résistants considéraient déjà que les chèvres bêlantes à la Céline Dion étaient déjà affreusement ringardes et la lie de la musique, beaucoup collaboraient et achetaient leur disque sans honte. Ils se sont tondus lors de la libération du rock, mais c’est une autre histoire.

Chiale pas partout, je vais te donner une solution. On avait une arme secrète pour survivre, une arme secrète qui pouvait même convertir les petites poufs comme ta soeur, pour peu qu’elles n’aient pas le cerveau trop atrophié par l’écoute intensive de leurs conneries. Parce que tu vois, écouter du rock alternatif dans ta chambre, c’est super en soi, mais ça te fera toujours passer pour un tordu, et c’est pas comme ça que tu vas tirer ton coup. Les midinettes, ce qu’elles veulent, c’est de l’émotion, et j’ai justement ce qu’il te faut ! Tiens, vas me chercher le disque, là-bas. Alors là tu as l’arme ultime, la bombe nucléaire, fais gaffe à pas le faire tomber où tu vas tout péter. Mets-le sur la platine, je vais t’expliquer.

Oui, je sais, il paie pas de mine, le Elliott, avec sa gueule burinée, mais quand bien même. Niveau émotion, c’est de la bonne, de la pure ! Houla, malheureux, te trompe pas de disque ! Tu veux tous qu’on se tranche les veines, ou quoi ? Non, non, Elliott Smith, ça se commence toujours par Either/Or, surtout pas les premiers, sinon c’est l’overdose émotionnelle direct ! Souviens-toi de ça, c’est une mesure sanitaire ! Either/Or ou un qui suit, mais tant qu’à faire, Either/Or, parce que c’est le meilleur.

C’est toujours de l’émotion forte balancée avec une petite voix feutrée et des mélodies à faire chialer un SS en plein interrogatoire, mais cette fois il y a quand même une instrumentation qui apporte un petit quelque chose de lumineux, limite sympathique. Et toute la force de l’artiste, c’est une chose que ta soeur n’a jamais entendu dans la moindre note de ses chanteuses à la con : la subtilité. Car tu vois, malgré cette instrumentation qui rend le disque moins dépressif que les précédents, malgré la mélancolie évidente et la tristesse presque facile qui se dégage de compos comme « Say Yes » ou « Rose Parade », l’écriture est fine, la composition pleine de talent, et des titres a priori pop rock cool comme « Speed Trials », « Ballad Of Big Nothing » ou « Pictures Of Me » sont beaucoup plus sombres qu’il n’y parait. On pourrait même dire que le Elliott était un sacré enragé, mais tout en finesse !

En fait, j’ai même pas besoin de t’expliquer : le disque parle de lui-même. Il y a vraiment de quoi plaire à tout le monde et émouvoir les plus insensibles. Tu sais que cette pute de Céline Dion a raflé un oscar à Eliott Smith avec sa purge « My Heart Will Go On » ? Ouais, une époque sombre. Tu veux le venger ? Fais écouter Either/Or à ta soeur. Assure-toi bien après qu’elle brûle ses disques de connasses. Ce sera une petite victoire, mais ce sera déjà pas mal.

BCG

 

LIRE LA CHRONIQUE DE ROMAN CANDLE

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