Dernière Transmission – Dernière Transmission (Zéro Égal Petit Intérieur)

Publié par le 2 juin 2016 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

ZERO018 - Derniäre transmissionLa musique est un travail d’équipe. Bien sûr, il y a des exceptions, certains excellent en solo, composant tout intégralement mais bien souvent la magie d’une musique provient de l’alchimie trouvée par un groupe où chacun connait l’autre et sait ce qu’il va pouvoir lui apporter.

Le trio qui forme Dernière Transmission en est bien conscient, puisque chacun des membres n’en est pas à son coup d’essai. A vrai dire, ils n’en sont même pas à leur première collaboration. Emmanuel Boeuf (Emboe, feu Sons Of Frida) avait déjà croisé le fer avec Guillaume Collet et Jérôme Orsoni, le temps d’un EP commun (très réussi) entre Sons Of Frida et Rome Buyce Night.

Les voici cette fois au sein d’un étrange et ambitieux attelage. Synthés et boite à rythme métronomique (Guillaume Collet) donnent l’illusion d’une construction bien carrée, immuable que rien ne viendra perturber. Et puis il y a la guitare d’Emmanuel Boeuf, empêcheur de tourner en rond qui s’amuse à démolir l’édifice, détricoter patiemment et finalement emmener ces morceaux dans des contrées inattendues. Pour couronner le tout Jérôme Orsoni vient poser sa voix, là où on ne l’attendait pas. Car son chant n’est que parole et Jérôme, à l’exception de quelques haussements de ton bienvenus, déblatère, imperturbable, au milieu de tout ce raffut. L’attelage est étrange, perturbant au début, l’équilibre paraît précaire… Mais tout ceci fonctionne.

Pourtant, les textes de Jérôme Orsoni, au demeurant riches et intéressants, pourraient user à la longue tant ils paraissent sombres, mécaniques et parfois – osons le mot – quelque peu dénués de musicalité. Ils parviennent toutefois à s’intercaler à merveille dans ce chaos, comme si sa voix venait s’ajouter en instrument supplémentaire et que la répétition des mots agissait comme une sentence inexorable. Parfois l’acharnement noisy qui nous tombe dessus est difficile à encaisser (« Apprendre à Commencer » un brin rude et irritante, « Un Matin » et son terrible « colonne dressée par une étoile tissée » répété à l’envi). Quand, en revanche, les mélodies claires-obscures parviennent à se faire une place, qu’on ne sait plus vraiment si Robert Smith ou Thurston Moore tient la guitare, le mélange devient savoureux (« L’amour Des Éclipses »), les couches de guitare s’additionnent alors avec bonheur au fracas électronique, et les mots s’insinuent avec davantage d’efficacité (« Seule Façon De Vivre Avant De Disparaitre »).

Parfaite conclusion, « La Grande Communion » ne pouvait pas mieux porter son nom, elle, qui parvient grâce à une impressionnante montée en puissance finale à se faire une place dans notre esprit, de plus en plus réceptif.

Dernière Transmission aurait pu se perdre dans sa volonté d’explorer, quelque part entre new wave, electro, noise, post rock et spoken word (si avec ça vous arrivez à vous y retrouver…). Ils ont finalement trouvé leur chemin, créant les déviations nécessaires. Un chemin peu commun, aussi déroutant que passionnant à explorer.

JL

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