David Bowie – The Next Day (Columbia)

Publié par le 10 mars 2013 dans Chroniques | 0 commentaire

David Bowie's The Next DayDix ans ! Une éternité pour l’insatiable David Bowie ! Dix ans qu’on attendait le successeur de Reality. Depuis sa retraite (pour raison de santé), tout au moins des studios d’enregistrement, le rocker caméléon, n’est certes pas resté inactif, mais plus rien de neuf à se mettre entre les oreilles. Les fans (dont je fais évidemment partie) étaient orphelins de l’icône des seventies. Faut dire, que ma génération a connu le Bowie touche-à-tout génial des années 70, décennie qu’il a marqué de son sceau, toujours en avance d’un coup sur la meute.

Après la retraite des Beatles et le début de la dégringolade des Stones, Bowie a repris le flambeau et brandi avec classe l’étendard du rock britannique. Enchaînant une dizaine d’albums époustouflants en huit ans seulement, passant d’un style musical à un autre avec une aisance déconcertante. Évoluant du Glam Rock, où il a tour à tour incarné « Ziggy », « A lad insane » et « Halloween Jack », avant d’entamer son virage soul/funk cocaïné sous les traits du « Thin white Duke » avant sa fameuse trilogie berlinoise, aux sons précurseurs de l’indus et du krautrock.

Des hymnes à la pelle qui ont jalonné cette période d’une créativité peut-être sans égal dans le rock, « Rebel Rebel », « Jean Genie », « Heroes », « Fame », « Aladdin Sane », « Sound And Vision », « Stay ». En 1980, il balance le grand  Scary Monsters, et tire le rideau. Sa période la plus créative et prolifique était irrémédiablement derrière lui. Mais bon, après tout ça, il pouvait s’accorder un « break ».

De faux départs en retours ratés, il se noie dans les années 80, comme tant d’autres. Mister mode à la crinière peroxydée se trémoussant sur des titres funky qui n’apportaient rien à sa gloire, même si le succès était évidemment au rendez-vous. Ses derniers grands disques datent du milieu des années 90, avec à nouveau une prise de risque plus en accord avec son image. « Earthling » et « Outside », contenaient quelques fulgurances et démontraient qu’il pouvait encore étonner et se remettre en question.

Ses dernières productions (début des années 2000) n’apportèrent rien de plus à sa gloire, mais c’était Bowie, alors… Alors, après cette parenthèse aussi longue, qu’attendre de ce Next Day ? Sincèrement, sûrement pas un chef d’œuvre à la hauteur de The Rise And Fall Of Ziggy Stardust ou Heroes, on s’en doute, mais l’annonce de ce retour, alors que les rumeurs les plus folles couraient autour de lui, ont déclenché un buzz énorme. Impatience d’entendre ce disque aiguisée avec la parution du premier titre « Where Are We Now ? », publié à la surprise générale le jour de son 66anniversaire. Superbe ballade désenchantée, sur laquelle sa voix fait encore merveille, même si le clip est un brin ennuyeux et pas d’une folle gaieté, je dois l’admettre.

Entièrement écrit par Bowie (une fois n’est pas coutume il n’y a aucune reprise au menu), et co-produit par le fidèle Tony Visconti, il fut enregistré dans le plus grand secret à New York. Quelques musiciens fidèles comme Gail Ann Dorsey (basse), Earl Slick (guitare), Sterling Campbell (batterie) l’accompagnent sur ce disque.

Comme un clin d’œil sûrement pas innocent, la photo de pochette est celle de Heroes, dont le titre est rayé. Un carré blanc portant le titre The Next Day dissimule le visage de Bowie. Plus un héros, c’est sûr, mais peut-être encore capable d’émouvoir.

« The Next Day » ouvre l’album, et sonne comme un inédit retrouvé  deLodger. La voix n’a pas bougé, c’est réjouissant de le retrouver en si bonne forme. Bowie ralentit dès le second titre le rythme du disque, mais ne relâche plus l’étreinte. Sur « Dirty Boys », plutôt mid-tempo, les vagissements d’un saxo accompagnent le chant, encerclés de guitares cisaillantes. Excellente entame avec ces deux premiers morceaux.

Quelques titres dispensables parsèment le disque, comme  le niais « How Does The Grass Grow ? » Quelle question franchement ! ou « (You Will) Set The World On Fire » rock FM plutôt balourd, mais l’ensemble est plutôt bien troussé, très éclectique, évidemment à son image et on est en terrain familier. Les meilleurs titres sont les morceaux plus lents, où Bowie excelle sur le chant (« Love Is Lost », « Where Are We Now ? », « Valentine’s Day », « I’d Rather Be High ». Le disque s’achevant sur la magnifique « Heat » dans une ambiance éthérée et mystérieuse, dans laquelle Bowie répète à l’envi qu’il ne sait pas qui il est.

Les guitares sont très présentes sur tout le disque, émaillant de solos remarquables certains titres. La production très classieuse de Visconti apporte un liant remarquable à l’ensemble. Incontestablement un retour réussi pour le Grand David. En forme, toujours présent avec à la clé un album plus intrigant et passionnant que bon nombre de ceux produits par ses jeunes et nombreux émules. Il bouge encore le bougre, ce n’était donc pas un « Rock & Roll Suicide ».

Et la suite, me direz-vous, disons qu’à l’âge respectable de 66 ans, le beau David ne va sûrement pas enchaîner les albums au rythme auquel il nous avait habitués, avant ce long repos. En tout cas, moi il y a quelque chose me turlupine depuis des lustres, et je n’ai toujours pas la réponse : « Is There Life On Mars » ?

 

El Padre

 

The Next Day by David Bowie on Grooveshark

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