Sebadoh – Bakesale (Sub Pop)

Publié par le 3 septembre 2014 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

sebadohOn fête cette année les vingt ans de Bakesale de Sebadoh ? Putain, vingt ans, déjà…

Bakesale, le 5e et à la fois le premier album de Sebadoh. En tout cas, le premier album sans Eric Gaffney, et ça s’entend. On sait qu’au départ, Sebadoh était plus un projet comme ça en passant de Barlow et Gaffney, chacun composant ses petits morceaux dans son coin, l’un ne jouant même pas forcément sur les compos de l’autre, logique puisque souvent c’était enregistré à l’arrache dans le salon, et puis le tout donnait un gloubi-boulga de créativité. Les tentatives de devenir un « vrai » groupe pour Bubble & Scrape n’ayant rien donné de plus que des batailles d’égo (et un putain d’album quand même), Gaffney a pris ses cliques et ses claques et est allé faire sa vie. Donc Barlow et Loewenstein en ont profité pour cimenter une formule de groupe qui mine de rien tient encore aujourd’hui, avec l’aide du premier batteur disponible fusse-t-il une boite à rythme. À l’époque, c’est Bob Fay qui officie derrière les fûts, et s’il n’aura jamais l’impact de Gaffney, il a certainement permis à une dynamique Barlow/Loewenstein de s’affirmer.

Bakesale, une leçon de rock pop par un groupe réputé pour ses compos décalées voire inaudibles. Franchement, elle semble bien loin, l’époque des 20 à 30 chansons par disque, expérimentales, énervées, bordéliques. Ici, on a l’impression que les musiciens ont eu une approche plus professionnelle, ce qui bizarrement ne leur nuit pas. Car au fond, ils seront toujours ces losers touchants qui écrivent et composent avec leurs tripes. Et du talent. Au contraire, la production plus propre permet de se rendre davantage compte de tout ça.

Bakesale, 15 chansons absolument parfaites. Bon, allez, à la limite on peut retirer « Dreams », « Mystery Man » et « Temptation Tide ». Et encore, elles sont bonnes. Mais entre les ballades magnifiques style « Together Or Alone » ou « Skull », et les titres plus dynamiques genre « License To Confuse », « Magnet’s Coil », voire carrément énervés (« Shit Soup »!), on se demande ce que quiconque de sain d’esprit pourrait avoir à redire. Et puis l’album contient « Careful », peut-être une des plus puissantes chansons jamais écrites.

Bakesale, la preuve irréfutable que Lou Barlow et Jason Loewenstein sont parmi les plus grands musiciens de rock de leur époque. Quand on pense que certains osent dire que Barlow vendrait toutes ses basses pour écrire des lignes comme celle de certains morceaux des Cure… Je pense plutôt qu’ils se comptent par millions, les musiciens qui vendraient leur âme pour écrire des recueils de morceaux aussi bons que ceux-là. Loewenstein n’est pas en reste. Les deux qui pouvaient passer pour des rockers indés bruitistes avec un héritage hardcore bien visible démontrent ici l’intensité émotionnelle que portent leur composition, grâce encore une fois à un son policé qui permet à cette intensité de ressortir.

Bakesale, un chef-d’oeuvre tout simple, et tout simplement. Et la preuve que beaucoup d’amateurs de rock indé sont bêtement snobs pour lui préférer le très bon, mais inégal III, dont le seul « mérite » est d’être moins accessible.

Bakesale, une preuve comme on en voudrait plus souvent que la musique populaire et accessible n’est pas un sous-genre, qu’elle peut également toucher le cœur et élever l’âme, et surtout qu’elle peut être faite avec talent et sincérité.

Bakesale…non, impossible. On ne trouvera jamais les mots pour dire tout le bien que mérite cet album.

 

BCG

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