LE COIN BD // Doctor Mirage (Roberto de la Torre & Jen Van Meter)

LE COIN BD // Doctor Mirage (Roberto de la Torre & Jen Van Meter)

(Bliss Editions, 2019) Croisée notamment dans les pages de son comparse Shadowman, le Doctor Mirage avait clairement le potentiel pour avoir sa propre série depuis le relaunch de Valiant Comics en 2012. C’est chose faite avec les deux mini-séries contenues dans cet album (The Death Defying Doctor Mirage et Doctor Mirage: Second Lives), publiées entre 2013 et 2016. La même équipe artistique, Jen Van Meter au scénario et Roberto de la Torre aux dessins, est aux commandes ce qui confère une vraie unité à ces quelques neuf épisodes. Le pitch est simple et efficace. Selon l’éditeur Bliss Editions, « le Docteur Mirage peut parler aux morts. Mais un esprit reste introuvable malgré les talents de Shan Fong : celui de son défunt mari, Hwen. Lorsqu’un occultiste au passé classé secret défense fait appel à ses services, Shan trouve une piste qui pourrait bien lui permettre de résoudre la plus grande énigme de sa carrière : retrouver Hwen ! ». © Roberto de la Torre/Jen Van Meter, Bliss Editions Le récit permet donc de retrouver l’un des pans les plus intéressants de l’univers Valiant, Le Monde des Morts. Celui-ci se développe au gré des publications (Shadowman, Ninjak, Rapture, etc.) et présente un gros potentiel auquel chaque auteur peut apporter sa petite touche. Malheureusement, et c’est le principal reproche à faire à la série, l’auteure ne profite pas assez de ce gros bac à sable pour tisser son récit. Le Monde des Morts occupe certes une large part de la première partie mais il est peu exploité, sinon au travers de quelques nouveaux personnages et zones, que l’on ne reverra d’ailleurs peut-être plus dans d’autres publications. Le tout n’est pas assez immersif et Le Monde des Morts apparaît comme assez lambda. C’est vraiment dommage car c’était l’une des promesses de la série. Ce point négatif mis de côté, la série se laisse agréablement suivre. Mirage est un personnage attachant et l’auteure arrive à lui donner juste ce qu’il faut de nonchalance pour ne pas tomber dans la caricature. Il en va de même pour l’histoire d’amour entre les deux principaux protagonistes, plutôt bien écrite et sans mièvrerie. L’ensemble manque néanmoins de souffle et de moments marquants. Tous les éléments sont présents mais la mayonnaise n’arrive pas vraiment à prendre. Si la première histoire est la plus importante, elle est trop confuse malgré de très bonnes intentions. Elle a néanmoins le mérite de présenter quelques bribes d’origin story pour son couple de héros. Le second récit est plus anecdotique et aurait juste pu être un petit arc narratif dans un run plus long. Il est néanmoins mieux mené, l’équipe créative donnant la sensation de mieux maîtriser son sujet. Aux dessins, Roberto de la Torre fait...

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Turbonegro – ROCKNROLL MACHINE

Turbonegro – ROCKNROLL MACHINE

Recroiser un vieux pote après une longue période d’absence peut être étrange. Surtout quand celui-ci compte beaucoup à vos yeux. Chacun fait sa vie, évolue, et on se demande si l’on sera encore sur la même longueur d’ondes. Je n’avais plus vu Turbonegro depuis un bon moment. La dernière fois c’était il y a six ans, en 2012, période Sexual Harasment. D’abord troublé, j’avais finalement été emballé par ce qu’il était (re)devenu, bien aidé par sa nouvelle voix, le Grand-Breton Tony Sylvester, qui lui avait redonné une jeunesse après le départ du tout aussi grand (par le talent) que gros (par le tour de taille ), Hank von Helvete. Mais 2012, c’est loin. J’avais continué à entendre parler de TRBNGR, et principalement de ses derniers concerts. Et ceux-ci m’inquiétaient pas mal, notamment quand il reprenait du Queen ou revisitait ses propres morceaux en les badigeonnant de synthé. Parce que oui, on évolue tous plus ou moins, mais pas toujours de façon parallèle. Turbonegro a en effet depuis 2015 une nouvelle fréquentation, un mec qui s’appelle Haakon-Marius Pettersen. Claviériste de son état. Et ils ont l’air de très bien s’entendre. Attention, je n’ai rien contre le type en lui-même (qui m’a l’air fort sympathique), ni contre le clavier en général. L’apport minimaliste de Pål Pot Pamparius à Turbonegro a été selon moi énorme. Mais Turbonegro semble avoir embrassé ce nouveau membre au point de lui donner une place prépondérante à ses côtés, parfois même au détriment du reste. Quoi qu’il en soit, ce ROCKNROLL MACHINE signe donc pour moi des retrouvailles marquées par l’attente, l’espoir et l’inquiétude. Est-ce que ce que j’ai entendu est vrai ? As-tu à ce point changé Turbonegro ? Pouvons-nous encore nous entendre ? Parlons-en autour d’une bière. 20 ans jour pour jour après Apocalypse Dudes, Turbonegro tient tout d’abord à me rassurer, il est toujours celui que j’ai aimé. Preuve en est ce “Part II: Well Hello”. 1 minute 53 de pur bonheur qui rappelle les bases : “We are just living for the week-end / We are just dying for the show”. Simple, redoutablement efficace, de l’instant classic dans la grande tradition d’ouverture d’album comme Turbonegro sait si bien le faire. Mais cette voix robotisée sur l’intro du titre suivant, l’éponyme mais orthographiée différemment “RockNRoll Machine“, me fait comprendre que quelque chose cloche. Ces effets synthétiques, ce bridge de chœurs féminins, ce clavier omniprésent… TRBNGR, my old friend, ne filerais-tu pas de mauvais collants fluo te conduisant tout droit vers les sombres abîmes du hard rock ? Par le passé, tu as flirté avec cette frontière mais tu es toujours parvenu à t’en sortir, même quand je te trouvais en manque d’inspiration, comme sur...

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Ramones – Ramones (Sire)

Ramones – Ramones (Sire)

Comment écrire un article sur le premier album des Ramones sans bêtement répéter ce qui a déjà été dit des milliers de fois ? Ou plutôt, comment ne pas s’arrêter à un péremptoire « rien n’a été fait de mieux depuis, exceptés leurs deux albums suivants ! » ? On se confronte à ce type de problématiques en voulant chroniquer quelque chose d’aussi universellement connu que les Ramones. Une petite quinzaine d’années plus tôt, cela aurait encore proposé un certain challenge. Pour beaucoup, les Ramones restaient en effet ce groupe aux chansons très courtes et toutes similaires, faites de trois voire quatre notes différentes, et qu’un musicien débutant pouvait facilement reproduire. La hype du revival rock and roll du début des années 2000 est ensuite passée par là. Les Ramones sont entrés dans les références au même titre que, voyons large et brouillon, les Sex Pistols, les Stooges, Led Zep, les Clash, les Stones, les Sonics, les Who… Beaucoup de groupes à guitares ont commencé à être étiquetés d’un sympathique mais souvent creux « ils ont un petit côté Ramones ». Hier, on nous disait qu’ils ne savaient pas jouer, aujourd’hui ils sont le summum du cool et on les a toujours adorés. Au-delà de ce petit monde égocentré, le groupe est devenu une sorte de marque plus ou moins reconnue par le grand public. Bien que croiser un t-shirt des Ramones fasse toujours plaisir, il y a quelque chose d’étrange à le savoir acheté chez H&M tellement cela semble antinomique avec ce que les Ramones ont été : l’anti-cool, la loose pas très beautiful, le pas glamour du tout, l’objet de moqueries complaisantes, les mecs que logiquement on ne célèbre pas sur MTV. Bon, c’est sympa de nous dire que l’image des Ramones a bien changé, mais cet album alors, ça donne quoi 40 ans après ? Et bien, déjà il s’ouvre par « Blitzkrieg Bop ». Et ça, c’est pas rien. Entendu des milliers de fois, l’hymne absolu « Hey ! Ho ! Let’s go ! » reste d’une efficacité extraordinaire. Assez archétypal du son Ramones : compressé, dépouillé et rentre-dedans, avec ce gimmick inoubliable. Un assaut très punk qui sonne très pop. Le vrai tour de force des quatre faux-frères est peut-être à retrouver ici : parvenir à réinsuffler de l’âme dans un rock and roll qui, en 1976 donc avant la vague punk, en manque sévèrement. Retrouver l’esprit innovant et fun de ce qui se faisait quelques décennies plus tôt (la pop, la surf, les girls band des 50’s…), le jouer plus vite et y ajouter de grosses guitares. En somme, faire du bubble-gum. L’album offre une belle variété de morceaux (en déplaise aux tenants du « ouais, c’est tout pareil » qui n’ont jamais dû vraiment l’écouter), allant du pur punk avec la...

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Turbonegro – Sexual Harassment (Scandinavian Leather Recordings)

Turbonegro – Sexual Harassment (Scandinavian Leather Recordings)

Groupe au parcours tumultueux, Turbonegro a été décrit par son bassiste, Happy Tom, comme le plus gros groupe de la scène indépendante ou le plus petit du mainstream. Que ce soit en Europe (sauf en France…) ou aux Etats-Unis, TRBNGR est durablement installé après plus de vingt ans de carrière, soutenu par une horde de fans fidèles, arborant fièrement les couleurs du groupe : les Turbojugend. Du fait des problèmes de drogue de son chanteur, le groupe, alors en pleine tournée pour soutenir leur meilleur album à ce jour, Apocalypse Dudes, a splité en 1998. Une manière assez terrible de détruire une carrière au moment où celle-ci commençait enfin à décoller. Néanmoins, leur héritage n’a cessé de hanter des fans de plus en plus nombreux, jusqu’à les mener à une triomphale reformation en 2002. S’en suivent trois albums et un vrai succès d’estime. Mais en 2010, bis repetita, le chanteur Hank von Helvete quittait TRBNGR, cette fois-ci apparemment pour de bon. Hank. Hank et son charisme diabolique, Hank et sa voix féline, Hank et son humour dévastateur, Hank et les démons qui coulaient dans ses veines… Pour résumer, considérant que faire partie de Turbonegro le replongerait irrémédiablement vers l’héroïne, il suit un programme de désintox estampillé scientologie et devient membre prosélyte de cette « église ». Le reste du groupe ne veut pas s’y voir affilié et Hank saisit l’occasion pour fuir ses vieux démons. Leur dernier album en date, cyniquement nommé Retox, sentait déjà clairement le groupe en fin de cycle. Le cœur n’y était plus vraiment, ni le contenu (malgré quelques bons morceaux). Un nouvel album est donc, en soi, un véritable petit événement. Et nos amis norvégiens savent qu’ils sont attendus au tournant. Outre une formation resserrée avec seulement deux guitaristes, et non plus trois comme c’était le cas auparavant, et un nouveau batteur, le plus grand bouleversement réside dans le changement de chanteur avec l’arrivée de l’Anglais Tony Sylvester aka The Duke Of Nothing. Ancien attaché de presse du groupe en Europe, TRBNGR lui avait proposé de monter sur scène pour quelques morceaux lors d’un concert où les chanteurs se relaieraient. Après une répète, le groupe ravi, l’enrôle finalement comme membre à part entière. Il est donc le lead singer de ce Sexual Harassment. Les inconditionnels étaient ainsi réellement excités par l’annonce cet album, sans pour autant pouvoir masquer leur inquiétude. Certes, les deux têtes pensantes du groupe que sont Happy-Tom (basse) et (peut-être le meilleur guitariste vivant) Euroboy n’ont pas bougé. Mais dans la « pop music », au sens le plus large du terme, le chant est certainement ce qui est le plus mis en avant, ce que l’on entend en premier. Le guitariste rock a certes un...

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Interview et live report – The Lords Of Altamont

Interview et live report – The Lords Of Altamont

Seulement quelques mois après la fin de leur dernière tournée européenne, les Lords of Altamont sont de retour en ville avec une dizaine de dates en France et deux petites incursions en Belgique et en Suisse. Après avoir enflammé la charmante bourgade d’Hérouville Saint-Clair, ils étaient en visite à La Pêche Café de Montreuil le 16 octobre pour un live sponsorisé par la mairie (gratuit pour les moins de 5 ans, c’est à noter). L’occasion de revenir avec Jake « The Preacher » Cavaliere (chanteur,organiste et âme du groupe), Dani Sin (guitariste, une tournée avec les Lords à son actif) et Maarten (tout nouveau batteur, qui officie habituellement avec les Shaking Godspeed) sur leur petit dernier (le très réussi The Lords Take Altamont), l’esprit du groupe, et leur avenir.   Vous étiez déjà en tournée ici entre la fin du printemps dernier et le début de l’été et vous voilà déjà de retour. Il y a quelque chose de spécial qui se passe entre l’Europe et les Lords ? Jake : En fait, ça a vraiment commencé avec Fargo Records. Ils sont ici à Paris et donc nous ont fait une grosse promo en France. J’ai aussi l’impression que les francophones aiment beaucoup les Lords, on se sent très soutenus ici. Ce rapport à l’Europe, ça a vraiment commencé en Espagne en 2003. Ensuite Michel de Fargo Records [Michel Pampelune, le fondateur du label, ndlr] nous a vus en live au SXSW et nous a dit « je vous veux sur mon label ». Il nous a organisé deux tournées en France avec une grosse promo autour et je pense que c’est vraiment là que ça a débuté. Et ça nous plaît vraiment. On peut parler d’un lien spécial avec la France ? Jake : Je sais pas, on est peut-être les Johnny Hallyday du garage en France, ou les David Hasselhoff en Allemagne… ! Plus sérieusement, ça se passe comme ça en France, en Belgique, en Suisse… dans tous les pays francophones. Ça reste cool partout, mais c’est vrai qu’ici vous êtes particulièrement réceptifs. En fait, on a commencé à pas mal marcher ici assez rapidement.  Donc on revient tout le temps. On est peut-être cupides, un peu comme des rats qui s’accrochent à la vie ! Ce soir vous êtes à Montreuil, dans quelques jours vous serez à Paris avec un public qui sera certainement assez similaire. Comment on prépare une setlist dans ces conditions ? Jake : On joue tout ce qu’on sait jouer ! On en est maintenant à cinq albums, donc c’est pas évident de faire un choix. Mais c’est une bonne chose. Après, on sait quels sont les albums qui ont reçus le plus de promo dans tel ou tel pays. On sait qu’ici Fargo...

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