Aphex Twin – Syro (Warp/Differ-Ant)

Publié par le 15 octobre 2014 dans Chroniques | 0 commentaire

FINAL MASTER SYRO DIGIPAK.inddDisparu des radars depuis 13 ans et l’inénarrable Drukqs, Aphex Twin a donc effectué il y a quelques semaines son come-back. On ne parle pas là de 13 ans d’inactivité mais 13 ans sans rien publier sous ce nom qui a fait toute sa renommée. Ça fait long.

Et nous on arrive après la bataille, comme des fleurs, alors que toi lecteur, tu as déjà lu 48 chroniques sur le sujet. Voici donc la 49e.

Le mois dernier, tu as donc bouffé du Sarko jusqu’à l’indigestion et si tu es un minimum branché musique tu as sans doute fait aussi une overdose d’Aphex Twin, ce qui avouons-le, peut gonfler mais est quand même bien moins désagréable. Le premier a tenté de faire avaler à qui veut bien l’entendre qu’il est le messie envoyé pour nous sortir du pétrin dans lequel il avait contribué à nous fourrer, le second n’a pas eu à faire grand chose – son logo sur un dirigeable, une broutille quoi – pour être considéré comme tel (comme un messie donc) et susciter une prodigieuse attente. La comparaison s’arrête là, évidemment.

Comme s’il voulait emmerder les chroniqueurs, Richard D. James nous a concocté une série de titres aux noms tous plus imbitables les uns que les autres. On ne lui en aurait pas voulu si ces titres étaient tous plus brillants les uns que les autres. C’est loin d’être le cas.

Et pourtant, certaines pièces sont à classer parmi ses perles, à commencer par les deux titres d’ouverture (un quart d’heure à eux deux) qui viennent nous rappeler qu’il n’y en a qu’un capable de tels exercices de funambule. Un seul capable de nous chambouler avec ce qui, de prime abord, ne ressemble en rien à la définition d’une chanson. Rien qui ne semble construit, logique, pertinent. Ça l’est pourtant dans l’esprit d’Aphex Twin, et ça l’est devenu dans le nôtre, nous spectateurs hallucinés, à la merci de ces mélodies irréelles surgissant au beau milieu d’un nombre incalculable de bruits informes. A l’opposé de tout formatage, Aphex Twin reprend son cavalier seul imposant comme une évidence son magma sonore torturé.

« CIRCLONT6A [141.98][syrobonkus mix] » réussit également à nous scotcher à mesure que le morceau progresse et s’enfonce dans l’impalpable, noyé sous une avalanche de sons n’ayant pour seul but que de nous malmener, mélangeant avec bonheur beats fracassés (et évidemment forts instables) avec bruitages déglingo et incursions furtives dans le style clubbing. Plus évidente, « PAPAT4 [155][pineal mix] » renvoie à l’inoubliable mélodie de « Polynomial-C ». Nostalgie.

Mais puisqu’il faut aborder les choses qui fâchent, disons-le tout net, le reste du temps, on cherche en vain l’extase. A notre grand désespoir, tout cela est assez plat, sans grande consistance. Le palpitant est épargné, les secousses limitées. On en viendrait même à penser qu’on a affaire à un vulgaire plagieur, qui certes imite parfaitement son idole – et rien que pour ça il faut un talent monstre – mais qui fait avant tout mumuse avec ses machines, ses synthés et ses logiciels comme un gosse de riche pourri gâté. Sans que ça nous procure grand-chose, si ce n’est bâillements et inquiétude après vérification que oui, il reste pas mal de morceaux de cette « trempe » à se farcir.

Le sieur James a dit qu’il avait sous le coude de quoi publier une flopée d’albums. Il devrait faire un tri et ne sortir que l’indispensable. S’il avait agi de la sorte, Syro aurait pu faire un formidable EP. Et on ne serait pas là à se demander si on doit, oui ou non, oser le mot échec pour qualifier ce retour.

 

JL

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