La vie après Hüsker Dü : Bob Mould solo, Sugar free (discographie)

Tous les fans des Pixies connaissent la fameuse anecdote de l’annonce de recrutement de Kim Deal : « Band seeks bassist into Hüsker Dü and Peter, Paul & Mary. » (NdRC : on l’avait d’ailleurs évoqué dans le papier sur leur discographie). Les plus curieux d’entre eux ont probablement jeté une oreille sur la discographie des premiers, un trio qui a ouvert la voie à plusieurs générations de groupes power pop / punk mélodique. Ces mêmes fans des Pixies ont peut-être également croisé la route du groupe Sugar et de son tube « A Good Idea », qui ressemble furieusement à un plagiat (une parodie ?) des Pixies.
Derrière ces deux groupes se cache Bob Mould, une personnalité attachante dont la longue carrière solo lui a valu une reconnaissance et un certain succès dans son pays (au point d’avoir fourni un générique du Daily Show, rien que ça) et dans les îles britanniques, mais est passée complètement inaperçue dans notre beau pays. Alors que Bob Mould vient de retrouver le chemin de Paris après 17 ans d’absence, avec un concert solo électrique en novembre dernier et une date de Sugar à l’Elysée-Montmartre le 13 juin prochain, il me paraissait important de revenir sur ses quinze albums solo (soit plus que Hüsker Dü et Sugar réunis).
Workbook

Coup d’essai, coup de maître. Après la fin chaotique de Hüsker Dü, Bob se retranche dans la cambrousse pour écrire et enregistrer son premier album solo, le plus dépouillé de sa carrière. Fini la Flying V et la disto, remplacées par une Stratocaster et une Yamaha acoustique. Pour bien marquer le changement, il ouvre les hostilités par un très bel instrumental en arpèges intitulé « Sunspots », que n’aurait pas renié Steve Hackett, l’ex-gratteux de Genesis. Bob 1, hardcoreux intégristes 0.
Pour l’accompagner, il est allé chercher une section rythmique aguerrie dans le vivier de Pere Ubu : Tony Maimone à la basse et Anton Fier à la batterie. Il a également piqué à R.E.M. Jane Scarpantoni, une violoncelliste entendue sur Green, et qui opérera trois ans plus tard sur le crépusculaire Automatic for the People (dont on dit qu’il doit pas mal à ce Workbook). La proximité avec R.E.M. s’entend également sur le très beau « Dreaming, I Am », qui semble sorti de l’album Murmur. La qualité des compositions et des arrangements est clairement au rendez-vous : les chœurs de « Lonely Afternoon » sont un modèle du genre.
Malgré ce dispositif en rupture claire avec ce qui faisait la singularité de Hüsker Dü, la rage est encore présente, comme en témoignent ces bijoux de colère retenue que sont « Brasilia Crossed with Trenton » et « Poison Years ». Cet album somptueux apporte également à Bob son plus gros hit en solo, « See a Little Light », et une belle revanche après la fin de Hüsker Dü, le premier groupe issu de la scène punk-rock US à signer sur une major, et à ne pas y avoir survécu (il y en aura d’autres).
Morceaux recommandés : Brasilia Crossed with Trenton – See a Little Light – Poison Years – Lonely Afternoon – Dreaming, I Am
Black Sheets of Rain

On prend les mêmes et on recommence (sans violoncelle, cette fois). Armé de la section rythmique de Workbook, Bob rebranche l’électricité pour revenir à des ambiances plus familières. Cet album ne retrouve pas tout à fait l’efficacité de Hüsker Dü ; la faute à un son un peu terne – malgré l’empilement des couches de guitare – et à des rythmiques un peu trop alambiquées. Je parlais de l’influence de Workbook sur Automatic For The People de R.E.M. ; ici, le son de guitare évoque plutôt Monster.
Même si certains morceaux sont moins intéressants, la qualité de composition est toujours là, aussi bien dans les morceaux énervés (« Out of Your Life », « Turning of the Tide ») comme dans les chansons plus calmes (la byrdsienne « Hear me Calling » aurait fait bonne figure sur Workbook).
Comme son prédécesseur, l’album a trouvé son public : la trop formatée (à mon goût) « It’s Too Late », aux faux airs de Tom Petty grunge (même si ce qualificatif n’est pas encore utilisé à l’époque), sera son second hit. Mais à l’instar des punk-rockers américains de l’époque, on sent que Bob Mould cherche la bonne formule pour se glisser dans le sillage des Pixies (eux-mêmes inspirés par… Hüsker Dü). Il la trouvera quelques mois plus tard en recrutant la section rythmique de ce qui deviendra Sugar, et en quittant Virgin (qui lui a subtilisé ses droits d’auteur par un vilain tour de passe-passe) pour un attelage entre le label britannique Creation (dont le fantasque fondateur Alan McGee porte à bout de bras la scène shoegaze en attendant de découvrir la poule aux œufs d’or Oasis), et Rykodisc pour la distribution américaine.
Morceaux recommandés : Turning of The Tide – Hear Me Calling – Out of Your Life
Hubcap

En 1995, les trois membres de Sugar jettent l’éponge, essorés par le barnum qu’est devenu le rock alternatif, à base de festivals géants aux côtés des primadonnas du show business. L’industrie musicale a eu la peau de Kurt Cobain, elle n’aura pas celle de Bob Mould. Celui-ci décide de revenir aux sources et, pour la première fois, de se débrouiller tout seul, sans même un batteur, pour enregistrer cet album sans titre dont le nom usuel vient de l’enjoliveur qui orne la pochette. C’est lui qui enregistre tous les instruments et programme la boîte à rythmes qui fait merveille sur ce disque (et dieu sait que je ne suis pas fan de ce genre d’engins).
Pas de révolution pour autant : ça avoine sec, sans fioritures. Dès la deuxième piste, il règle ses comptes dans un brûlot simplement intitulé « I Hate Alternative Rock », proclamant « I knew you when you had something to say ». Avec ses synthés et ses chœurs, la magnifique ballade musclée « Fort Knox, King Solomon » aurait fait bonne figure sur le dernier Sugar. Et la suivante « Next Time That You Leave » rappelle les ambiances de Workbook, en un peu moins austère.
Cela ne l’empêche pas de proposer une chanson folk presque aussi touchante que les (rares) moments mélancoliques de Hüsker Dü (« Thumbtack »). A l’arrivée, un album soigné, nerveux et varié, et une envie retrouvée pour le désormais vétéran du punk-rock.
Morceaux recommandés : Fort Knox, King Solomon – Egoverride – I Hate Alternative Rock.
The Last Dog and Pony Show

Le titre de ce quatrième album solo annonce la couleur : ça fait vingt ans que Bob se trimballe entre hébergements miteux et salles de concert, et il est en train de découvrir le milieu gay et la scène électro de la côte est. Il est temps de livrer une dernière galette d’indie rock à Rykodisc avant de passer à autre chose.
Contrairement à son précédent album, pas question de batterie en boîte : le batteur s’appelle cette fois Matt Hammon. Il bossera plus tard avec Verbow, le groupe d’un certain Jason Narducy, dont Bob vient de produire le premier album. De ce groupe vient également Allison Chesley, qui sera plus tard connue pour ses prestations échevelées sous le nom de scène Helen Money. Elle pose un violoncelle pas encore en roue libre sur le premier morceau, le très bon « New #1 », et sur la très belle ballade « Along the Way » qui clôt l’album. Pour autant, la qualité est toujours au rendez-vous sur des morceaux plus rock comme « Taking Everything ».
Un aperçu de sa reconversion à venir figure sur l’album : le pénible « Megamanic », une sorte de rap-électro parodique qui me rappelle le groupe d’activistes Consolidated, qui sévissait dans les années 90 avec une formule vaguement inspirée des Beastie Boys. En dehors de cette digression, le reste est du Bob Mould pur jus, de bonne facture et relativement apaisé.
Morceaux recommandés : New #1 – Along the Way – Taking Everything
Modulate / LoudBomb – Long Playing Grooves


Il y a une vie en dehors du rock : après vingt ans à creuser ce sillon, Bob Mould a pris la tangente. Le voilà qui s’installe à Washington et qui commence à fréquenter le milieu gay, puis qui accepte un job de scénariste de catch qui va l’accaparer pendant sept mois. Il se lance ensuite dans le projet pharaonique de sortir trois albums simultanément, un de bidouillages électroniques (Modulate), un d’électro dansante (Long Playing Grooves, sous le pseudonyme de Loudbomb) et un plus classiquement rock (qui deviendra quelques années plus tard Body of Song). En parallèle, il commence une carrière de DJ en montant le projet Blowoff avec Richard Morel.
Paradoxalement, c’est dans cette période d’épanouissement personnel qu’il est le plus à côté de ses pompes au niveau créatif. Je passe rapidement sur Long Playing Grooves, une succession de pistes dansantes sur lesquelles se pose une petite voix trafiquée à l’autotune, pour un résultat très en dessous de ce que Daft Punk et leurs potes produisent à la même époque.
Attardons-nous un peu sur Modulate, sans doute l’objet le plus curieux de toute sa discographie : des morceaux pop noyés dans une bouillie de sons électroniques, et entrecoupés de quelques collages sonores assez fatigants. On pourrait presque croire à un album remixé par Animal Collective, si ces derniers n’en avaient pas été à cette époque qu’à leurs balbutiements.
Au bout de quelques écoutes, on finit tout de même par distinguer au milieu de cette gangue de vraies bonnes mélodies mouldiennes, comme dans « Comeonstrong » ou « Semper Fi ». Il y a peut-être une idée à creuser ici : un album (restons raisonnables : un EP devrait suffire) de sauvetage de ces chansons saccagées, en les réarrangeant et les interprétant façon Sugar. Le travail serait clairement plus simple sur « Slay/Sway » et surtout « The Receipt », deux vrais morceaux de rock planqués au milieu de l’album, qui auraient sans doute mérité l’intervention d’un vrai batteur, mais qui laissent un peu d’espoir pour la suite de sa carrière.
Car il faut rendre ce mérite à Bob Mould : s’il s’est fourvoyé sur la direction artistique (il le paiera cher avec le fiasco de la tournée qui suivra), il n’a jamais complètement perdu son songwriting.
Morceaux recommandés : The Receipt – Slay/Sway
Body of Song

Il aura fallu trois ans à Bob pour accoucher du troisième volet de sa trilogie. Après avoir bossé un temps avec David Barbe, le bassiste de Sugar, puis avec Richard Morel, son pote de platines, il reprend les choses en main en ne gardant que deux batteurs (Brendan Canty de Fugazi et Matt Hammon), et la violoncelliste Amy Domingues – qui joue avec Canty dans Garland of Hours – sur deux morceaux.
Le résultat n’en est que plus décevant : plus de la moitié des pistes ressemblent à de la dance music autotunée sur laquelle on aurait ajouté des pistes de guitare saturée, de basse et de batterie. Le reste est hétéroclite : quelques morceaux de rock FM, dont un façon Alan Parsons Project (« Days of Rain »), et deux ballades au mieux un peu longuette (« Gauze of Friendship »), au pire qu’on croirait écrite pour le générique de fin d’une comédie romantique (« High Fidelity »).
Au milieu du marasme surgissent deux morceaux rock de très bonne facture, estampillés « classic Bob Mould » : « Circles », qui ouvre l’album (et rend par contraste la suite assez pénible), et « Best Thing ». On s’en contente, en attendant des jours meilleurs.
Morceaux recommandés : Circles – Best Thing
District Line

Dix ans après son changement de vie, Bob Mould continue de se chercher musicalement. S’il a gardé Brendan Canty à la batterie et Amy Domingues au violoncelle, il ne s’est pas encore affranchi de sa passion pour les gadgets électroniques. « Stupid Now », qui ouvre l’album, en est l’exemple parfait : un couplet prometteur avec ce qu’il faut de violoncelle, et un refrain gâché par l’autotune.
Bob est d’humeur mélancolique, et avec ce son très produit, cela devient vite sirupeux (« Old Highs, New Lows », « Miniature Parade »). Même les deux jolies ballades ont fini par me lasser par leur longueur et leur côté larmoyant (« Again and Again », « Walls in Time »). Comme sur l’album précédent, deux morceaux surnagent, malheureusement gâchés par des gimmicks électroniques agaçants : le single « The Silence Between Us », et un « Return to Dust » toutes guitares dehors.
Le tout laisse une impression de flottement, notamment si on mentionne l’insupportable intermède dancefloor échappé de Long Playing Grooves en plein milieu de l’album (« Shelter Me »). Décidément, les années 2000 ne lui réussissent pas au niveau artistique.
Morceaux recommandés : The Silence between us – Return to Dust
Life and Times

Cela fait bientôt une décennie que Bob Mould épuise ses fans hardcore à surcharger ses chansons d’effets électroniques. Rassurez-vous, c’est bientôt terminé : ce nouvel album est déjà plus sobre, et surtout, une lueur d’espoir apparaît : Jason Narducy lui a présenté le fabuleux batteur de Superchunk, Jon Wurster. Au départ embauché comme pompier de service pour une tournée mal embarquée, Jon a tellement bien fait le job qu’il s’est vu proposer d’assurer les parties de batterie de l’album suivant. On pourrait regretter que Bob n’ait pas encore compris qu’il tient là une doublette fabuleuse, mais il a encore de la mélancolie à purger, et préfère s’occuper de tous les autres instruments.
Premier signe encourageant : c’est le premier album depuis The Last Dog and Pony Show dont je n’ai pas envie de zapper un morceau sur deux. Le morceau-titre, assez sympa, ouvre l’album sur un arpège de guitare acoustique, et une montée progressive vers un final électrique. La suite est plus inégale, avec des mélodies encore un peu trop sirupeuses à mon goût, mais il y a de belles choses, et surtout deux explosions pop-punk qui préfigurent les albums suivants : « Argos » et « Spiraling Down ». Un album de transition et d’échauffement pour le tandem Bob Mould-Jon Wurster.
Morceaux recommandés : Argos – Spiraling Down – Life and Times
Silver Age

C’est sur cet album que se met en place la formule magique qui va permettre le retour de Bob au sommet de son art : un groupe, un son, et un label.
Le groupe, d’abord : Jason Narducy et Jon Wurster ont déjà joué séparément sur des albums solos de Bob, mais la bonne idée, c’était de les mettre ensemble. Bob Mould dispose désormais d’un turboréacteur puissant pour faire décoller ses chansons. Cette doublette fonctionne tellement bien que Jason Narducy sera embauché l’année suivante comme bassiste de tournée de Superchunk, quand Laura Ballance décidera d’arrêter de tourner.
Le son ensuite, agressif et dépouillé. Une production brute de décoffrage, sans effets, aux antipodes de ses albums précédents.
Dernière bonne idée : sceller l’alliance avec la bande de Chapel Hill, dont est issu Jon et que va bientôt rejoindre Jason, par une signature sur Merge Records.
Dès l’entame, on sent que quelque chose a changé : un « Star Machine » en mode bien énervé, sans la moindre trace de synthé ou d’effet sur la voix, enchaîné avec un morceau-titre surpuissant. Le single qui arrive derrière (« The Descent ») paraîtrait presque un ton en dessous, alors qu’il ferait bonne figure sur un album de Sugar. Et pour conclure cette première partie d’album, ma préférée, en mode Superchunk : « Briefest Moment ».
Le tempo baisse sur la suivante, mais pas la qualité : « Steam of Hercules » rappelle les ambiances de Beaster. Et après nous avoir collé quatre autres pavés dans la face, dont la cavalcade de « Fugue State », qui figure parmi les morceaux de bravoure de l’album (et de Jon Wurster), Bob Mould conclut l’album avec un « First Time Joy » plus subtil et plus arrangé, mais pas moins efficace. Histoire de montrer qu’il n’a pas abandonné ses ambitions de songwriter, et qu’il a encore de quoi nous épater pour la suite.
Morceaux recommandés : Briefest Moment – Fugue State – First Time Joy
Beauty & Ruin

Dans les années 2010, Bob Mould est en pleine renaissance, comme le montre la pochette de ce Beauty & Ruin, qui juxtapose une photo d’un jeune Bob voûté et crispé sur sa clope, et un portrait récent avec sa barbe grisonnante et son regard droit de vieux sage derrière des lunettes. Il a retrouvé son mojo, et il y ajoute même ici un ingrédient supplémentaire : le trio est allé enregistrer au mythique studio Electrical Audio de Chicago. Et si Steve Albini, le maître des lieux, n’est pas de la partie, c’est rien moins que Bob Weston (bassiste de Shellac) qui a assuré le mastering de ce nouveau déluge de sons.
Après un début tout en retenue (« Low Season »), le trio nous assène trois morceaux à couper le souffle : « Little Glass Pill », suivi de l’excellent single « I Don’t Know You Anymore », et pour nous achever, le punkissime « Kid with Crooked Face ».
Tout est de très bonne facture, même les morceaux byrdsiens sans disto (particulièrement « Let The Beauty Be »). « Fire In The City » ou « Tomorrow Morning » auraient fait également d’excellents singles. Après avoir marqué son retour à un punk-rock mélodique mais sans concession avec Silver Age, Bob Mould nous montre qu’il n’a rien perdu de son talent en signant l’un de ses meilleurs albums solos.
Morceaux recommandés : Little Glass Pill – Kid with Crooked Face – Tomorrow Morning – I Don’t Know You Anymore
Patch the Sky

Le troisième volet de la trilogie de ce qui est devenu dans l’esprit de beaucoup le Bob Mould Band est plus sombre et un peu moins pop (Bob Mould vient de perdre sa mère), mais maintient le niveau de songwriting élevé de son prédécesseur. S’il s’ouvre sur un (très bon) morceau plutôt lent en son clair (« Voices In My Head”, qui sera le deuxième single de cet album), on sent très vite un voile de saturation qui ne va pas nous quitter jusqu’à la fin de l’album. Est-ce la patte de l’ingé son Beau Sorenson, qui vient de rejoindre la dream team ? Quoi qu’il en soit, dès la deuxième piste, un riff dévastateur nous emporte (« The End of Things »), puis c’est le single « Hold On », sombre et saturé, du pur Bob Mould.
On comprend entre les lignes que Bob a perdu le sommeil (« Losing Sleep », l’autre perle pop de cet album) et du temps (« Losing Time », du pur punk psychédélique en mode Hüsker Dü). En tout cas, il n’a pas perdu son temps en enregistrant ce superbe album. (Notre chronique lors de sa sortie)
Morceaux recommandés : Voices In My Head – Hold On – Losing Sleep – Losing Time.
Sunshine Rock

Voilà un album qui porte bien son nom. Car quand Bob va à Berlin, ce n’est pas pour créer des albums dépressifs comme Bowie et Iggy Pop : c’est pour rajouter des orchestrations à son punk rock mélodique. Sauf que cette fois, il a trouvé le bon équilibre : au milieu des chœurs, des nappes de clavier et des arrangements de cordes du Czech Studio Orchestra, les guitares et la basse restent tranchantes et la batterie surpuissante. Le meilleur exemple en est probablement « Lost Faith », dont la rythmique du couplet rappelle ses tentatives électro pop, mais avec un refrain bien rock et des arrangements de cordes somptueux.
Cet album varié (le monolithe « I Fought » et son final jouissif semblent tout droit sortis du répertoire de Hüsker Dü période SST) n’est pas très loin d’un opéra rock. D’ailleurs, la très pop « Camp Sunshine » m’évoque deux sommets du Tommy des Who, dont Bob Mould est un grand admirateur : « We’re Not Gonna Take It » pour la structure et « Tommy’s Holiday Camp » pour le titre. Cet album contient également une chose rare dans ses albums solo bien que fréquente dans ses concerts : une reprise, celle jouissive et bien punk de « Send Me a Postcard », un tube soul psychédélique signé par les Néerlandais de Shocking Blue en 1968 (également auteurs de « Love Buzz », repris en son temps par Nirvana). Mais Bob a gardé le meilleur pour la fin avec « Western Sunset » : un mix parfait de rock énergique et mélodique qui témoigne de la maturité musicale atteinte par Bob Mould en quarante ans de carrière.
Morceaux recommandés : Western Sunset – Camp Sunshine – Lost Faith – Send Me a Postcard
Blue Hearts

Dans la foulée de son escapade berlinoise, Bob est de retour au studio Electrical Audio, et ce n’est pas pour distribuer des guimauves. La pandémie de COVID-19 et la campagne pour la réélection de Donald Trump battent leur plein, et on sent notre homme bien énervé (NdRC : impression confirmée en interview) : treize brûlots de moins de trois minutes (dont trois de moins de deux minutes) avant un morceau un peu plus posé et plus long pour conclure l’album (« The Ocean »). Le premier (« Heart on My Sleeve ») a beau être joué par Bob seul à la guitare acoustique, il n’a pas grand chose à voir avec les ballades mélancoliques de District Line. S’ensuit un blitz étouffant de trois morceaux punk enchaînés sans transition, dont le premier single « American Crisis » et son intro pachydermique. On est presque soulagé quand arrive « Forecast of Rain », un morceau à peine moins speed mais arrangé soigneusement avec ce que Bob a gardé de cordes de son album précédent et final à l’orgue d’église.
Si le rythme d’enfer de cet album est à la longue un peu épuisant malgré la qualité des compositions, il reste tout de même quelques pépites pop-punk, comme « Siberian Butterfly », quintessence des talents du Bob Mould Band avec une chouette mélodie transportée par une cavalcade millimétrée et sublimée par des chœurs impeccables, « Baby Needs a Cookie » et sa rythmique qui rappelle « Police on My Back » des Clash, ou « Little Pieces » en mode R.E.M. aux amphétamines.
En somme, pas grand-chose de neuf sur le plan musical, mais la qualité et l’engagement sont toujours au rendez-vous. (Notre chronique lors de sa sortie)
Morceaux recommandés : Siberian Butterfly – Baby Needs a Cookie – Little Pieces – Forecast of Rain
Here We Go Crazy

Voilà maintenant quinze ans et six albums que Bob Mould s’éclate avec sa dream team. Même si on ne voit aucun signe d’essoufflement dans la qualité de la musique produite par le trio, on ne peut que se poser la question : ce quinzième album solo marque-t-il une fin de cycle ? Cette idée ne m’est pas venue à l’esprit l’an dernier, en le découvrant, mais des indices le laissent penser : d’abord, il s’est écoulé cinq ans (et une pandémie) depuis le dernier album. Jon Wurster s’est retiré de Superchunk quelques années plus tôt après un bail d’une durée et d’une qualité plus qu’honorable (et on peut supposer que son style de jeu nécessite une sacrée condition physique) et Bob vient de reformer Sugar pour une tournée mondiale agrémentée de deux singles.
Que ce soit le cas ou pas, rien ne nous empêche de profiter de cet album : le son est jouissif (toujours Electrical Audio et Beau Sorenson), les chansons sont de qualité et arrangées avec soin malgré la rage qu’elles expriment. Cette rage est perceptible jusque dans la pause acoustique que représente « Lost Or Stolen ». « When Your Heart is Broken » ou « Breathing Room » sont de beaux exemples du savoir-faire intact du trio, et la sautillante « Fur Mink Augurs » illumine l’album. Ce n’est certes pas son meilleur album, mais s’il devait être le dernier dans cette configuration, ce serait une très belle conclusion pour cette magnifique aventure du Bob Mould Band. (Notre chronique lors de sa sortie)
Morceaux recommandés : Fur Minks Augur – When Your Heart is Broken – Breathing Room
Myfriendgoo