Bandeau provisoire

Kristin Hersh – Sugar on Blackstone

Posted by on 19 septembre 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Fire Records, 18 septembre 2026)

Il y a bientôt deux ans, je me lançais dans une exploration exigeante mais passionnante : celle des onze albums studio sortis en un peu plus de quarante ans par le groupe Throwing Muses. Des albums très différents, pas toujours faciles d’accès mais émotionnellement chargés. Il me restait pourtant un chantier tout aussi vaste : celui des onze albums solo sortis par sa tête pensante Kristin Hersh (auxquels il faudrait ajouter les deux albums de son autre groupe 50FOOTWAVE).

Je vais peut-être vous décevoir, mais je suis encore loin d’avoir fait le tour de ce nouveau chantier. J’en ai juste écouté assez pour être frappé par la diversité de l’œuvre de cette légende de l’underground américain : depuis Hips and Makers, son premier album à dominante acoustique en 1994, marqué par une chanson entêtante en duo avec Michael Stipe (« Your Ghost »), jusqu’à son désormais avant-dernier Clear Pond Road, très doux mais un peu décousu, en passant par des albums plus rock comme l’excellent Sunny Border Blue, Kristin Hersh mixe avec un talent incroyable douceur et dureté, aussi bien dans sa voix tantôt aérienne, tantôt rauque, que dans ses arrangements, souvent minimalistes mais toujours créatifs, et ne lésinant pas sur la disto quand c’est nécessaire.

Pourtant, rien n’est facile avec elle : ni la lecture de Rat Girl: A Memoir, son journal de jeunesse, jubilatoire mais tellement décousu, ni l’écoute de ses albums, qui requièrent toujours plusieurs passages pour que je commence à me repérer dans les morceaux. En revanche, une fois qu’on y est installé, le plaisir est souvent à la hauteur de l’effort.

Ce nouvel opus, intitulé Sugar on Blackstone (son douzième en solo, donc) ne déroge pas à la règle. Sa créatrice a taillé dans le gras pour obtenir des morceaux épurés et un son homogène sur l’ensemble de l’album : une guitare crunchy et légèrement saturée, un violoncelle omniprésent, une batterie rudimentaire et ce chant unique, à mi-chemin entre Patti Smith et Kim Deal. Pour autant, pas d’uniformité dans ces douze ballades intimistes : la dame est suffisamment bonne musicienne pour varier les rythmiques et les ambiances. Et si l’album n’est pas exempt de deux ou trois longueurs, il culmine sur deux titres que j’écoute en boucle de manière obsessionnelle depuis leur découverte : « Dark Eyed Junco », qui ouvre l’album dans une ambiance féerique, donnant l’impression d’observer avec la chanteuse ce petit passereau caractéristique de l’Amérique du Nord (© wikipédia), avant une entrée en scène de la batterie qui fait décoller le morceau ; et puis « 101 Run », sorte de mazurka grunge entêtante.

Outre un jeu de guitare bien à elle, Kristin Hersh partage avec la folkeuse Joni Mitchell le besoin de dérouler son œuvre à sa façon, en dehors de la chaîne formatée de l’industrie musicale. Ça la rend plus difficile d’accès, mais au-delà de la beauté de cet album, l’authenticité qui s’en dégage fait du bien en ces temps de formatage généralisé par les modèles de l’IA.

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