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All Them Witches – House of Mirrors

Posted by on 19 septembre 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(BMG, 29 mai 2026)

Hormis un album live sorti en 2022 (Live on the Internet), le dernier disque des Américains de All Them Witches remonte déjà à 2020. Je considère même ce Nothing as the Ideal comme leur magnum opus. Un disque pourtant assez singulier dans leur discographie, plus sombre et heavy, flirtant aussi parfois avec le post-rock épique et/ou atmosphérique. En délaissant presque les racines americana et blues du groupe formé… à Nashville.

Depuis 2020, le line-up a évolué avec un (nouveau) passage en quatuor avec le retour d’Allan Van Cleave (déjà présent entre 2012 et 2018) aux claviers et violon. Et surtout un changement de batteur, Robby Staebler, membre fondateur ayant été remplacé par Christian Powers. Autant dire que je craignais la première écoute de ce House of Mirrors, septième album du groupe du Tennessee, un de mes préférés dans la so-called galaxie stoner, whatever that means.

Envoyé en éclaireur dès février, le premier single « Red Rockin Chair », long de presque sept minutes, reprise bipolaire et doomesque d’un classique folk traditionnel des Appalaches, aura servi de lien évident avec le précédent disque. Arpège famélique, vibe crépusculaire, power chords détunés et un Ben McLeod toujours diabolique, sa Les Paul en bandoulière. Le quatuor passant pas trop loin de chez moi, j’ai eu l’occasion de voir (enfin) ce guitariste, un des plus talentueux héritiers d’un son lead… gilmouresque. Pas de surenchère technique, mais un toucher sublime, des soli  et un son à se damner. Ampli Marshall, une tête Orange, classique pour tout stonerboy, board minimal avec une Blues Driver always on et la Les Paul de Ben McLeod chante et/ou gronde comme on aime (#instantmatos). Après ce concert de haute volée de 1h45 dans une salle d’une moiteur dantesque sponsorisée par la canicule Pouyanné, force est de constater que ce House of Mirrors passe très bien l’épreuve de la scène (six titres joués sur dix). Et je revois à la hausse mon jugement à son égard. S’il n’atteint clairement pas les hauteurs de Nothing as the Ideal, son noyau dur constitue quelques-unes des chansons les plus marquantes du quatuor. Ne manque au final qu’un morceau au long cours où toutes leurs influences sont en parfaite symbiose. Comme « Harvest Feast », « Rats in Ruin », « See You Next Fall » ou le monumental « Blood and Sand / Milk and Endless Waters » dont la version live de onze minutes chez KEXP (pas loin de 3 millions de vues) laisse toujours sans voix. What a guitar tone!

House of Mirrors propose des titres plus compacts (un seul titre dépasse les cinq minutes), où la science du riff de Ben McLeod illumine et/ou électrise des chansons qui auraient pu n’être que d’humbles ballades (blues-)rock old fashion autrement (« Starting Line »). Dans « Culling Line », c’est après le plus beau solo gilmourien du disque que la Les Paul crache (enfin, oserais-je) ses plus beaux riffs stoner. Délaissant presque ses ambiances psyché et autres divagations instrumentales habituelles (brève incursion sur le trop court « Go Getter »), et avec un Michael Parks (le bassiste) qui semble ainsi plus bavard au chant, les morceaux se transforment en chansons courtes, presque catchy plutôt qu’en ces jams aventureuses des disques précédents. Ce qui est une bénédiction autant qu’un regret selon l’humeur du jour. Comment ne pas succomber par exemple à la doublette « Saturn Song » – « Hold Up, Say What? » ? On peut d’ailleurs retrouver ces deux titres habilement enchainés dans la même vidéo de la dernière session du groupe… chez KEXP. Et décoller en direction… de Saturne donc, après le solo à la wah-wah de la deuxième chanson citée. Venu de Nashville, le quatuor distille forcément sa sucrerie bluesy syndicale, ici par le biais du groove solide de « Aethernet », seul titre joué en live avec une autre guitare que la Les Paul (en l’occurence une SG). J’avais envie de trouver des poux à la triplette « Turn on the Light » – « Angel on the Wayside » – « The Welterweight » à la première écoute, le tiers du disque le plus faible me disais-je. Mais finalement, fausse impression. Changements de tempi inattendus, claviers élégants, riffs dévastateurs ou un Michael Parks qui n’avait jamais aussi bien chanté, il n’y aura finalement aucune mauvaise chanson sur ce disque. Tout au plus, les amateurs de stoner et autres doomeries qui aiment leur blues bien concassé par des rythmiques sabbathiennes, en seront un poil pour leurs frais.

Il y avait suffisamment d’étincelles pour faire de cette House of Mirrors un brasier d’exception (pourquoi « Saturn Song » ne fait pas huit minutes de plus quelque part dans les étoiles ?). Mais le terrain avait été débroussaillé de presque tout combustible (doom) qui trainait. Ce n’est pas un pétard mouillé non plus. En soufflant un peu sur ces braises, on s’y réchauffera avec plaisir dans quelques mois. See you next fall.

Sonicdragao

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