Bandeau provisoire

-ii- – Ars Erotica Volume 1

Posted by on 18 septembre 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Mystic Cave, 4 septembre 2026)

À travers une panoplie de titres étranges, Ars Erotica Volume 1 convie l’auditeur à se perdre momentanément dans un espace-temps de 29 minutes, pour ensuite revenir au monde réel. -ii- réussit à infléchir les contradictions de l’esprit par sa musique hautement charnelle. Un combustible qui s’alimente d’une musicalité charbonneuse, d’une tension permanente.

« No Angels Allowed » ouvre cette compilation de titres inédits. Accroche imparable, fougue classieuse, chavirement instantané. En s’y penchant de plus près, les paroles – d’une arborescence minutieuse – invitent seulement quelques âmes damnées à former un cercle restreint. Justement, -ii- (prononcez Two Eyes) nous embarque, non dans un road-movie, mais dans un voyage imprégné de poésie sombre dont il se dégage quelque chose de transcendant. C’est en quelque sorte une musique imperméable à toute forme d’analyse tant elle échappe à l’étreinte que l’on aimerait s’autoriser.
Déjà le dernier album, Apostles of the Flesh, était doté de cette capacité d’envoûtement. Ars Erotica Volume 1 enfonce le clou rouillé, là où le corps exsangue réclame un substrat (« Liquid Love » qui conclut le disque). « The Excess » emprunte des corridors encore plus ténébreux, lieux hantés, où défilent des visions furtives, menant à des portes interdites. « No Shame » se charge d’une abondance industrielle magnifiquement orchestrée. À mesure que l’on explore cet album, les ombres de Caravage planent, s’entrelacent et ligotent le corps (« Flying Ropes ») et même l’esprit. Les initiés ne pourront qu’apprécier ce recueil.

« Supreme » laisse entrevoir un répit de courte durée, une percée lumineuse vers un dancefloor gothique où les corps se disloquent. Hypnotisés par cette musique venue d’un autre ailleurs, nous ne sommes pas de simples auditeurs mais devenons intimement liés à cet univers habité. Il y a une connotation cinématographique que chacun pourra projeter sur le mur de son imaginaire. La température monte graduellement, la machine s’emballe, distillant sa liqueur brûlante que l’on boit sans modération, capable de réveiller les morts. Entre trip-hop et musique industrielle, -ii- reste cependant inclassable. Qu’importe, pourvu que le charme agisse.

Franck Irle

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