CHVE – Kalvarie EP

Publié par le 17 juin 2024 dans Chroniques, Notre sélection, Toutes les chroniques

(Relapse, 31 mai 2024)

La création est une progression très lente, une force constante qui trace une courbe presque invisible, un élan qui accumule de l’énergie avant de faire un autre pas en avant. Colin H. van Eeckhout a gravi les échelons d’un pèlerinage personnel. Une pulsation, un grincement, un bruit sourd, la flamme tremblotante des bougies. Une silhouette à genoux, déterrant la lumière, arrache le passé aux éboulis du temps.

La musique d’Amenra a valeur de témoignage et trouve une résonance profonde, en dehors des univers sonores habituels, un assemblage musical à la fois brut et fragile. En parallèle, Colin incarne le prolongement de la matière minérale, son corps n’est pas délimité par des méridiens. L’image sensible d’un corps jusqu’à l’instant fatal de sa perte et de sa force ne peut être qu’une voie pour en approfondir les ressources. Kalvarie est une prière, une supplique, objet de repentance dont la potence est le symbole. L’ombre n’est jamais loin, esclave qui dresse son tapis de fleurs fanées. Kalvarie s’inspire de l’art brut de Jean-Marie Massou, des mondes intérieurs dans lesquels il déclamait la fin des temps, une vie solitaire où les sculptures se dressaient telles des pyramides, des enregistrements sur bande, roulements de pierre, complaintes et avertissements à l’égard de la civilisation. « Eternit » n’est pas là pour amuser la galerie, c’est un creuset dans lequel le reflet se perd, une sépulture dans laquelle le personnage christique trouve le repos.

En percutant la pierre au rocher, l’écho se propage en profondeur, dans la chair même, en une beauté rituelle d’une beauté absolue. La voix de Colin est le miroir harmonique des pierres, roches et ricoche à la surface des eaux pour s’implanter dans le tréfonds des abimes. Le chant en français, solennel et accablé, est annonciateur de la fin des temps. Aux roulements des pierres, se succèdent des chœurs proches du chant grégorien. L’écho rebondit sur les parois, pour se propager dans chaque interstice. Dans cette tanière, la symbolique revêt plusieurs significations. Le chemin du calvaire est long, douloureux, seule l’éternité compte, une fois le pèlerinage accompli.

Franck Irle

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