Special Friend – Clipping

Posted by on 16 mai 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Howlin Banana, 20 mars 2026)

Au moment où je commence cette chronique, un beau soleil envoie ses rayons régénérants, balayant (presque) les dernières grisailles hivernales (bon, il fait encore que 13 degrés à 16h, this is l’Alsace aussi).

Mais à l’heure de retrouver Special Friend pour son troisième album, il faut dire qu’on a de furieuses envies de printemps. Et le duo, composé d’Erica Ashleson (batterie, chant) et Guillaume Siracusa (guitare, chant), revient avec un disque lumineux qui nous cueille en pleine floraison. Ça fait même longtemps qu’on n’avait pas ressenti ces vibrations solaires de l’indie rock mélodique. Si j’osais, j’emprunterais bien à la BD le terme de « ligne claire » pour désigner le goût du duo parisien pour des compositions minimalistes, qui pourtant, colonisent durablement les oreilles. Ou les yeux au détour d’un artwork très réussi signé Erica Ashleson (il y a même un joli chat and i like that). Ça sort chez Howlin Banana Records, pas les derniers pour le rock indé mélodique, et on trouve à la production, en plus d’Alexis Fugain, Margaux Bouchaudon du groupe En Attendant Ana, soit mon dernier gros coup de cœur frenchy en matière d’indie pop qui met le sourire. Association de bienfaiteurs. 

Et le résultat est à la hauteur. Les compositions sont élégantes, et gagnent sur ce disque une nouvelle ampleur. Lorgnant toujours avec brio vers le meilleur versant pop d’un Yo La Tengo, au gré d’une guitare lead bien fuzzy, comme sur le superbe « Clipping ». Les harmonies vocales du duo, superbes, irradient cette power pop (« Paints a Picture », « Unwound ») qui n’hésite pas à moduler le tempo, prendre la poudre d’escampette dès le « Breakfast » avalé (joli combo avec « Theoretical »), ou contempler, mélancolique, en slowcore motion, le temps qui passe (« Sanctuary », « Mold » voire l’interlude lo-fi de « Village »). Mais on trouve également de bien jolies ballades folk, parfois lézardées d’une guitare au grain délicieusement overdrivé (« Nothing », « Isolation »). Et au jeu des similitudes, le duo parisien pourra parfois ainsi évoquer d’autres duos créatifs, comme ceux de King Hannah ou de Low. Au rang des surprises, on se délectera avec gourmandise au son noisy du génial « Mustard », qui vrombit tout synthés en avant. Et envoie valser la sinistrose ambiante dans un outro ascensionnel du plus bel effet. Un plus loin, on flânera au gré des rêveries kraut sur le final minimaliste et inattendu de « 000 », qui clôture en apesanteur et un peu plus de sept minutes ce disque sans fausse note. Et de quelle manière !

Vous l’aurez compris, Special Friend continue d’être ce talentueux représentant de l’indie-rock frenchy… et un compagnon bienvenu dans ces temps où une belle mélodie peut sauver bien des journées sclérosées par la folie du monde.

Sonicdragao

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