Grosso Gadgetto & Jon Shuemaker – The Sentence Isn’t Certain

Posted by on 15 mai 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Lotophagus / Cœur sur toi, 29 avril 2026)

Swans, Sonic Youth, Mudhoney, Butthole Surfers, Helmet… Ne vous fiez pas aux posters qui décorent le studio dessiné dans le visuel intérieur du CD, il pourrait y avoir méprise. 

Le Lyonnais Grosso Gadgetto est peut-être amateur de dissonances, de punk débridé, de transe habitée ou de noise rock azimuté mais n’espérez pas en trouver dans sa musique. Même si on retrouve un soupçon de rock, il sévit davantage dans une veine (tr)hip hop/electro/ambient depuis plus de deux décennies. Et il fait preuve d’une productivité délirante. Le temps d’écrire une chronique, il compose trois albums. Pas le temps de niaiser. Une volonté de laisser sa trace également. Quand l’inspiration est aussi facilement au rendez-vous, pourquoi se priver ? Friand de collaborations, il croise ici le fer avec le chanteur américain Jon Shuemaker, autre habitué du label Lotophagus. Les deux hommes avaient déjà sorti Hallways avec Nouvelles Lectures Cosmopolites l’an passé, soit une semi éternité en espace temporel Grosso Gadgettien.

Shuemaker se fait remarquer d’emblée en trimballant son spleen sur l’excellent morceau-titre, qui a quelque chose d’UNKLE dans le mystère et l’aura qu’il dégage, nappés d’un parfum de mélancolie. Centré autour de la problématique de la santé mentale, tout l’album ne se révèle pas aussi fascinant que cette piste éponyme mais il s’avère assez insaisissable et foisonnant, changeant régulièrement de registre, et opérant ces mutations avec une certaine habileté. Comme un écho aux fluctuations émotionnelles que peuvent rencontrer des personnes à l’équilibre psychique instable. Il offre quelques highlights comme « Standing Tall » où, sur le refrain, Shuemaker a des faux-airs de Damon Albarn (même constat sur le rêveur « It’s Okay »). Plus rappé, « Waiting Game » n’évolue pas dans le domaine dans lequel il excelle le plus ici mais le côté big beat du morceau, redoutable d’efficacité, emporte l’adhésion sans peine. Au milieu de tout ceci, d’étonnantes déambulations urbaines nous invitent à rester aux aguets face à la multitude de bruitages qui viennent nous percuter (« Never Cease », « Look Out, Look Up »). Et pour fuir ce bouillonnement interne incessant, la palme revient à l’envoûtant « Took Directions From a Ghost » qui, sans déployer d’immenses moyens, nous transporte ailleurs, à l’abri du tumulte.

Pour cette énième collaboration, Grosso Gadgetto qui nous avait enchantés l’an passé avec An Endless Winter en compagnie de Innocent But Guilty, fait une fois de plus parler son immense savoir-faire et confirme s’être trouvé en la personne de Jon Shuemaker un autre associé à sa taille. La sentence tombe, sans appel : c’est une franche réussite.

Jonathan Lopez

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