Février – Rosevalent

Posted by on 16 mai 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Kerviniou / Araki / Renégat, 10 avril 2026)

Nous revoilà au Black Box de Peter Deimel. On ne le quitte jamais bien longtemps. Comme souvent avec lui, on y entend de l’indie rock à tendance noisy. Des mélodies qui s’enveniment. Des tempêtes qui s’amoncellent. Février, c’est un climat capricieux où l’orage guette toujours, entre deux éclaircies de courte durée. La guitare de Don Lurie aux tonalités graves, la batterie de Mat Cotton qui a rejoint l’aventure en cours de route et Emilie Pelletier, au chant plein d’autorité, porte le trio.

« Fields of Glory » lève le voile délicatement, puis fonce dans le tas et donne le ton. Mais c’est l’imparable « Cinematic », dans la foulée, qui a toujours eu notre préférence. Dès son intro, il captive, emporte. À défaut d’une basse, absente des débats, Mat Cotton s’empare ici d’un synthé pour seconder la guitare, apporter une touche d’innocence sans jamais trop s’éloigner des tonalités grises et foncées. Le scénario se répète, immuable, sans pour autant répondre à un schéma trop prévisible. L’évidence s’impose peu à peu, les mélodies impriment. « For Sarah » entame une cavalcade, tout en intensité. Tension à tous les étages. En 2’33, tout est dit. Mais certains morceaux prolongent le plaisir, explosent allègrement les carcans, sans jamais paraitre tirer inutilement sur la corde. « Love » s’embrase ainsi lentement mais surement, grimpe en intensité lorsque la batterie entre dans la danse. Puis Emilie accélère la diction, « Taking a hole down my legs, taking a hole down my hands ». Et nous voilà, répétant comme des couillons, de plus en plus vite, avec un enthousiasme de plus en plus incontrôlé.

« Hate » et son « city sunset’s over me » renvoie au fantastique « This Mess We’re In » de PJ Harvey (comparaison qui ne manquera pas de revenir régulièrement — quitte à en lasser certains, à commencer peut-être par l’intéressée). On peut également penser à Shannon Wright ou à Come mais Février n’a pas besoin de points de comparaison flatteurs et inégalables. Le chemin entamé se suffit à lui-même. Le trio a bien trop de qualités pour n’être perçu que comme un vulgaire ersatz. C’est for(midablemen)t intelligent, redoutablement prenant. Ça transpire la passion et les longues heures de session. À écouter douze mois par an.

Jonathan Lopez

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