DOPPLeR – Pourquoi ce disque ?

Posted by on 22 avril 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Bigoût, 24 avril 2026)

En apparence, DOPPLeR est un enfer pour chroniqueur, une musique qui se vit plus qu’elle ne se « raconte ». Mais pour le chroniqueur qui a de la bouteille (associée à un manque d’humilité navrant) et éprouve parfois une certaine lassitude à ressortir la plume par crainte de déblatérer inlassablement la même chose, c’est finalement dans un groupe comme celui-ci que réside tout l’intérêt de remettre un coup de collier.

Un groupe dont la musique ne ressemble guère à celle des autres, qu’il est bien difficile de faire rentrer dans des cases mais qu’on identifie dès qu’il se remet à jouer. Ils se nomment Xavier-Alexandre Amado, Yoann Brière et Yann Coste. Enfermez ces trois gus dans la même pièce, même s’ils n’ont pas mis les pieds en studio depuis 17 ans : il en sortira inévitablement du DOPPLeR. S’il se trouve que la pièce en question n’est autre que le Black Box de Peter Deimel, le même qui avait accouché du merveilleux Songs to Defy, et il en sortira du DOPPLeR qui sonne de feu.

On reprend donc les mêmes et ils recommencent. Ils nous refont le coup de nous pondre une musique complexe en apparence qu’ils ont le don de rendre simple. Des prestidigitateurs. De fieffés menteurs, également. DOPPLeR ne joue pas « une musique que personne ne danse » comme ils aiment le déclamer, tant elle a tout pour susciter engouement et frénésie. On n’a certes jamais su sur quel pied danser avec ce trio-là mais on s’est toujours exécutés bon an, mal an, répondant à nos doux instincts primaires. Alors on danse et on savoure cet art de manier la tension, de conserver une intensité de tous les instants. On se fait cueillir par l’étrange mélodie et la lente montée/méchante explosion du fantastique « Piano cassé ». « On fait du prog », nous clamaient-ils gaiement pour le compte de new Noise. Ce n’est pas tout à fait limpide à nos oreilles mais un morceau comme celui-ci tendrait à le confirmer (ou du post-rock, ça fait moins vieux).
En tout cas, c’est bien simple, avec DOPPLeR, on éprouve ce sentiment que chaque seconde compte, qu’aucun plan ne tourne à vide, que rien ne sert à remplir l’espace de manière factice, à faire tourner le chrono. On part d’un point A, on arrive au point B après être passé par le Y et le R (dans cet ordre) et tout nous semble étonnamment cohérent. D’une logique implacable. C’est passionnant les maths quand c’est si bien exposé. D’où peut bien venir ce break dans « Incipit Excipit » où on se retrouve soudainement dans une cabine en Alaska, bloqués par ces foutues tempêtes de neige à se demander qui bouffera l’autre en premier ? D’où sort ce final assez déjanté de « Of Pieces That Break » qui part joliment en vrille ? De leurs esprits tordus mais toujours aussi inspirés. Plus serein qu’hystérique, « The Last Drop », très mélodique, chanté avec application (plutôt que samplé ou hurlé, ça nous change !) ouvre une nouvelle porte et renvoie au meilleur de We Insist!, autre groupe qui nous manque cruellement (Etienne, si tu nous lis…).

À l’approche de la ligne d’arrivée, « Snowflakes in Avalanche » (oscar du meilleur titre) met trois plombes à démarrer mais nous fait ravaler notre impatience lorsqu’il s’abat sur nous et nous offre un parcours épique qu’on n’est même pas certains d’avoir vraiment mérité. « Where We Started » siffle la fin de la récré sous le son d’enfants rieurs cavalant dans le préau et nous voilà renvoyés, sinon dans notre prime jeunesse, dans un temps où la noise française brillait de mille feux.

Pourquoi ce disque ? Parce que la vieille garde (on n’oublie pas Zëro et Arnaud Fournier) n’est pas encore prête à rendre les armes. Et parce que que DOPPLeR se devait bien de rappeler qui est le maitre de ce jeu étrange dont il est le seul à détenir les règles.

Jonathan Lopez

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