Noir Boy George – Polytoxicomane de toi 

Posted by on 21 avril 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Pan European Recording, 10 avril 2026)

Au début des années 2000, nous est insidieusement parvenu un son d’outre-cave, celui de la « Grande triple alliance internationale de l’Est ». Nébuleuse (perverse) polymorphe, elle a fait émerger une scène underground de Lorraine et d’ailleurs, point de rencontre d’un certain nombre d’artistes dont l’histoire a été contée en 2022 dans un documentaire (du même nom) de Guillaume Marietta et Nicolas Drolc.

Ni collectif ni structure, c’est en son sein qu’évolue Noir Boy George. Chez Exit Musik, nous sommes quelques inconditionnels de Nafi et sa poésie désabusée. Des projets collectifs et solos, des pseudos en pagaille, de A.H. Kraken à Scorpion Violente en passant par The Dreams, et en son nom une discographie faite d’abord de LPs et mixtapes. C’est ainsi qu’en 2011, sur Metz Noire, on le découvrait « Messin plutôt que français ».

Quelques « tubes » pour enfants du siècle tristes plus tard (y a-t-il plus belle ritournelle qu’ « Enfonce-toi dans la ville », sorti en 2014 ?), Polytoxicomane de toi est son troisième album, publié le 10 avril sur Pan European Recording. Six titres pour lesquels il a adjoint un gros vocoder à son synthé légendaire et sa boîte à rythmes.

Pas une apologie de la drogue et pas une critique non plus (sa Méthadone mixtape était vendue en 2023 dans les boîtes de son traitement de substitution), il ne faut toujours pas compter sur Noir Boy George pour donner les clés du bonheur. Et pourtant, quelle déclaration que ce disque : « A l’est de ton corps » ou « Le samedi c’est Agnès », amours schlags et moites de la vie réinventée.

On y retrouve aussi quelques-uns de ses thèmes de prédilection : « Je ne comprends pas vraiment les rapports de production, je ne comprends pas vraiment l’aliénation », chante-t-il dans « Les rapports de production ». Si la société ne va pas vraiment mieux, il reste encore et toujours la musique. En témoigne le très bon titre « Comme Alan Vega », ou la reprise des déambulations nocturnes dans la ville, hommage à la figure tutélaire de cuir noir vêtue, sur lequel il fera bon danser dans un rade surchauffé qui sent la bière tiède. « Satan vit dans mon ventre », conclut-il sans mélancolie. Amen.

Sur Polytoxicomane de toi, il y a des fulgurances et de la tristesse, il y a de l’amour aussi. Le bruit et la fureur, encore.

Marie Garambois 

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