Corrosion of Conformity – Good God / Baad Man

Posted by on 20 avril 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Nuclear Blast, 3 avril 2026)

La longévité d’un groupe dépend de sa capacité à maintenir une énergie créative au-delà des cycles imposés par l’actualité. Depuis sa genèse initiée en 1982 et la publication deux ans plus tard du cultissime Eye For An Eye, Corrosion of Conformity résiste à l’épreuve du temps et se bonifie par l’entremise de Pepper Keenan qui arrive à insuffler une tension permanente dans un canevas en perpétuelle évolution. Il suffit de dérouler le fil des douze albums précédents pour mesurer l’ampleur de la cartographie musicale dessinée au fil des ans. Si le diable se cache dans les détails, ce nouvel album dépasse largement les ambitions entrevues sur In the Arms of God (2005). Good God / Bad Man s’impose comme une œuvre à double détente, pensée pour être appréhendée en deux mouvements complémentaires. Depuis No Cross No Crown en 2018 — l’une des plus longues périodes de silence dans leur discographie — rien ne laissait présager un retour du groupe en studio. Woody Weatherman a retrouvé avec Pepper la voie de l’inspiration suprême dans ce double album qui mérite une analyse approfondie.

Le fil conducteur réside dans cette manière de créer le riff fédérateur. Pour s’en convaincre, il suffit de tendre l’oreille et que celle-ci soit aspirée par le détonant « Good God? / Final Dawn » dont le galop rythmique prend une ampleur étonnante sur le titre suivant « You or Me ». Du grand Corrosion of Conformity qui parvient toujours aussi bien à trouver l’équilibre entre lourdeur metal et inflexions southern rock. La reformation autour de Mike Dean et du batteur Stanton Moore (qui succède à Reed Mullin, disparu en 2020) apporte une assise rythmique solide.

Officiant également aux côtés de Phil Anselmo au sein de Down, Pepper Keenan a élargi son terrain de prédilection et se complait toujours en zone incandescente. « Asleep on the Killing Floor » nous assène ainsi un dévastateur bombardement de projectiles sonores. Sans jamais perdre la flamme qui l’anime, le groupe maintient une parfaite unité de ton et une cohérence à toute épreuve. « The Handler » en est la démonstration. Isolé du reste de l’album, il fait naitre une frustrante sensation d’incomplétude. Une impression fort heureusement comblée par la magnifique ballade acoustique « Brickman ». Autre titre remarquable, « Forever Amplified », magnifié par la voix de Anjelika Joseph, originaire de La Nouvelle-Orléans, détail qui a son importance, apportant cette touche 90’s au crossover du groupe. Le voyage que propose Corrosion of Conformity fait escale entre metal spatial, doom et rock outlaw. Une traversée dans un trip ultime de jam psychédélique.

Le disque est séparé en deux parties qui forment une œuvre complémentaire, que l’on peut déjà considérer comme un des meilleurs enregistrements de l’année.

Franck Irle

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