Atrides – LEDA

Comme l’éclair furtif d’un glaive fendant la nuit en deux parts égales, Atrides émerge d’entre les mondes mythologiques, en se jouant de la désirabilité convenue d’une musique instrumentale réduite à un post-rock d’ambiance. L’intérêt du groupe pour la mythologie, dont les nombreuses lignées engendrées par Léda (personnage emblématique et central de cet album en proie à une lutte intestine), se répercute jusqu’au présent. Si l’histoire ne se finit jamais, ou a tendance à se répéter (ce qui reste à vérifier), les civilisations antiques laissent dans leurs sillages une part de mystère. Et c’est là qu’intervient Atrides, monstre colossal dont « Served Fresh » est l’offrande : un titre inaugural où la noirceur s’épaissit dans une charpente rythmique resserrée, se contorsionnant autour d’une ligne mélodique obsédante, avant de laisser entrevoir un faisceau de lumière, après une montée de riffs dévastateurs. On pense dès lors à Pelican, Russian Circles, Caspian, pour les corrélations.
S’il s’agit d’une épreuve initiatique, éprouvée par le feu, celle-ci se poursuit sous les traits enflammés de « Parricide », dont le prélude résonne comme une guitare échappée d’un western spatial, sauf qu’ici, le duel oppose directement Aphrodite à Léda. La tension monte d’un cran, les deux guitares s’étiolent dans l’ossature vertigineuse de la basse, renforcée par la frappe d’une batterie proche du tonnerre. De la glaise, le groupe extrait une sorte de limon ressuscité de l’antiquité, comme un parchemin dont la reconstitution rejoint la cosmologie ancienne.
Œuvre conceptuelle déclinée en plusieurs chapitres, le corpus qu’incarne Atrides est hanté par un cortège d’images légendaires, réveillant les ombres attardées et endormies de figures oubliées. Outre la perspective mythologique qui nous parvient en éclats musicaux, Atrides interroge le présent. Le thème principal de LEDA, décliné en deux parties, délivre une armada de riffs obsédants, capable de rivaliser avec la prestigieuse scène qu’ont auguré Sleep et Windhand.
Le groupe montpelliérain croise le fer dans une cristallisation historique, digne des grandes épopées. Les messages véhiculés par la musique instrumentale se lisent selon plusieurs voies transversales. Ils invitent à deviner ce que le silence ne peut exprimer et ce qu’impose le réel. Forcément, l’intérêt pour cette écriture musicale, illustre des voix intérieures en marge des comportements classiques.
Franck Irle