EXEK – Prove the Mountains Move

Posted by on 10 mars 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(DFA, 27 février 2026)

Du groupe EXEK, j’avais beaucoup aimé Advertise Here sorti en 2022 et davantage encore son successeur l’année suivante, The Map and the Territory. Pour autant, je suis resté bloqué sur ces deux-là, sans chercher à remonter le fil de sa discographie. J’ai toujours trouvé qu’il y avait un truc très fun qui se dégageait de ce groupe, de même qu’une humilité potache que traduit plutôt bien leurs immondes pochettes. Il a suffisamment de talent pour exister à l’échelle internationale, mais il est trop limité pour véritablement faire chavirer les foules et me sortir de ma procrastination maladive. Pourtant, le nouveau venu, Prove the Mountains Move, arrive tout de même à me faire croire qu’il est meilleur qu’il ne l’est en réalité. Du moins, se passe-t-il quelque chose d’inédit qui m’oblige à le considérer sous une nouvelle lumière.

Déjà, la première écoute du disque m’a profondément rebutée, ce qui n’était jamais arrivé. J’ai eu le sentiment qu’aucun morceau n’était réellement terminé et j’ai ressenti comme une déliquescence qui se dégageait de l’ensemble avec rien pour s’accrocher et rien qui ne semblait fonctionner. Il m’a fallu deux ou trois jours avant de retenter l’expérience, dans l’idée de vérifier que c’était bien aussi mauvais que je le pensais. Or, vous voyez le truc venir, ça n’est pas ce qui s’est passé. J’ai ressenti, au contraire, une profonde émotion à laquelle je ne m’attendais évidemment pas. Tout a coup, les chansons se dévoilaient de manière totalement différente à mesure que je les écoutais. Tout ce qui paraissait mal fichu la première fois s’emboitait soudainement de la manière la plus naturelle – Est-ce que je regrette d’avoir utilisé cette image ? Oui, un peu.

Alors que je l’avais trouvé particulièrement fade, le titre d’ouverture, « Sidestepping », m’apparaît désormais comme un petit miracle de composition kraut, avec ce refrain insaisissable et bouleversant, à la fois épique et délicat, qui m’évoque la rencontre totalement souhaitable entre Brian Eno et les Flaming Lips. Et que dire du titre suivant « You Have Been Blessed » ? Le gimmick de guitare me hantera longtemps, comme l’aurait fait la musique de Vladimir Cosma s’il avait décidé de se la jouer lo-fi. La proposition est peut-être maladroite, mais je ne peux m’empêcher de voir se bousculer dans ma tête des images vues ou rêvées de films des 70’s ou des 80’s.  Tout au long du disque, Albert Wolski et sa bande dégagent cette impression de second degré qui peut déraper à tout moment vers le grotesque (« Tyres » est un bon exemple), mais on trouve ici une vraie délicatesse qui rend la chose plus précaire encore et donc plus impressionnante et attachante. Il y a quelque chose du Magical Mystery Tour dans Prove the Mountains Move… cette corruption du familier par de l’étrange et du bizarre. 

Je ne me souviens plus quels étaient mes griefs lors de la première écoute qui semble si lointaine, alors qu’elle ne date que d’une semaine à peine. Aujourd’hui,  le disque ne me quitte plus et j’y trouve à chaque écoute de nouvelles raisons d’en tresser les louanges. Je ne suis pas certain pour autant que le sextet de Melbourne fasse chavirer les foules, cette chronique prouve toutefois qu’il a réussi à me sortir de ma procrastination maladive. 

Max

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