Bandeau provisoire

Ty Segall – Chrome

Posted by on 5 octobre 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Drag City, 28 août 2026)

À l’instar de son aîné Robert Pollard de Guided by Voices, Ty Segall n’est pas facile à suivre : si ses albums ne sont jamais désagréables à écouter et alternent du sympa au carrément jouissif, le rythme des sorties – une bonne vingtaine en dix-huit ans de carrière, en comptant ses différents groupes et collaborations – peut provoquer une certaine saturation. Et ce n’ est pas faute de varier les styles : du folk au hard rock en passant par le rock psyché, le glam et le garage-punk, sa palette est particulièrement étendue.

Si j’étais allé voir le lutin blond californien lors de son précédent passage à Paris en 2024, j’avais un peu décroché de sa discographie durant les années Covid. C’est seulement au début de cette année que je me suis penché sur sa production de 2025, le lumineux et très pop Possession, que j’aurais probablement glissé dans mon top albums si je l’avais découvert à temps. À peine me suis-je immergé dedans qu’un petit nouveau sort de nulle part : intitulé Chrome, sa pochette en noir et blanc tranche avec celles plus colorées de ses deux précédents albums. Elle le représente avec les membres de son groupe, qu’il a pleinement mobilisés dans ce nouvel enregistrement, après deux albums à jouer de presque tous les instruments (une habitude chez lui). Seul changement dans le line-up, le fidèle Charles Moothart est remplacé à la batterie par Evan Burrows de Wand, qui apparaissait déjà sur Emotional Mugger il y a près de dix ans.

Avec ce dispositif, je m’attendais à un album plutôt musclé, et je n’ai pas été déçu. Ce son de guitare gavé de fuzz n’est pas nouveau et irrigue depuis longtemps la scène garage californienne, de Flat Worms à Meatbodies (pour ne citer que ses anciens collaborateurs). Pourtant, c’est loin d’être un album uniformément bourrin : le talent d’écriture de Ty et sa complicité avec ses amis et musiciens parviennent à régénérer avec des sonorités plus modernes une quantité invraisemblable de styles de la fin des années 60 et du début des années 70. Neuf chansons bien rock et bien foutues qui varient les plaisirs.

Dès l’intro, un arpège de clavier saturé nous projette dans un univers rock psychédélique tranchant et flamboyant (« Hospital »). Les killer riffs pleuvent (« Everything You’ve Been », « Separation », « Let Go ») et alternent – parfois dans la même chanson – avec des arpèges mélancoliques entre Neil Young et George Harrison (« Glass », « Play Cowboys »). Et pour nous achever, le bouquet final : un morceau-titre dantesque dans lequel un riff boogie piqué aux Black Keys est emporté par une cavalcade rythmique et noyé dans une tornade de guitares cosmiques. Une sorte de « Roadhouse Blues », version Mad Max.

Ty Segall n’a pas encore 40 ans. Il a déjà prouvé beaucoup de choses, mais il en a encore sous la pédale (fuzz).

Myfriendgoo

Nos articles sur Ty Segall

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *