truck violence – the weathervane is my body

« My dog would fuck the air ». Avouez qu’on a d’emblée envie d’aimer un groupe qui commence son album par un nom de morceau pareil. Et non seulement ce n’est pas le seul titre qui nous fait pouffer intérieurement mais en plus, le morceau en question est bon.
Pourtant, tout avait si mal commencé. Le chanteur de truck violence, Karsyn Henderson, a eu une enfance difficile. Il a grandi dans un trou paumé en Alberta et se sentait différent des autres. Pire, il écoutait Slipknot. Pauvre gosse. Lui et ses actuels comparses du groupe dont il est ici question ne savaient guère quel chemin emprunter, ont pas mal tâtonné, testé à peu près tous les instruments, touché à de nombreux genres (hip hop, hardcore et même electro) avant de se consacrer à truck violence. Tout ceci, vous ne l’auriez sans doute pas déduit en tombant sur le premier single, « New Jesus », qui ressemble quand même fortement à un morceau inédit de Chat Pile. Mais même pas du sous-Chat Pile. Du bien lourd, de la basse groovy, du beau dégueulis dans l’enceinte. Conquis, nous avons poursuivi. Charmés également par cette pochette DIY qui attire l’œil indéniablement. Quelque chose de magnétique. Et la musique de truck violence, même quand elle s’affranchit de l’évidente filiation, l’est tout autant.
Le chanteur-poète Henderson fait un métier épuisant. Lui qui pratique par instants un spoken word qui semble à l’abri de tout danger (sur le premier album, il rappait carrément), se retrouve régulièrement malmené et termine éreinté comme sur le très mouvant « Jaundiced and reaching for a mother ». Le quatuor fait rarement dans la facilité, lui qui aurait pu se contenter de nous appâter avec son enthousiasmant riff initial s’octroie quelques détours subtils en territoires post-punk, et ressort l’enclume sludge sur la fin. Sur le rampant et désabusé « Compelled by Christy », Henderson semble au bout du bout, au fin fond de son trou. Après une formidable montée/explosion mélodique, un petit banjo discret fait son apparition en fin de morceau. Avec lui, c’est un soupçon de mélancolie qui se pointe.
Ah oui, on a failli oublier. LE BANJO. Tenu par le guitariste Paul Lecours, d’habitude moins précautionneux, le banjo ne se contente pas d’apparitions furtives, il est la star de certains morceaux, l’invité impromptu qui vient ajouter une touche décalée pour renforcer le charme de cette bande de brutes québécoises. Voici donc, sans prévenir, le country-folk « House caught fire »*. Totalement dépouillé, il donne le sentiment qu’une note sur trois est fausse et le chant, tout en fragilité après avoir exhibé des muscles rudement saillants juste avant, rend le morceau fort attachant. Plus loin, c’est le chouette « Gerard, be quiet », folk plus classique et moins dénudé, qui fait preuve de la même sagesse. « Your name, It’s walking » tente même (et réussit) l’audacieux mélange de ces genres a priori antinomiques. Après tout, Chat Pile (encore lui) vient aussi de faire le coup en collaborant avec Hayden Pedigo. Et d’après à peu près tout le monde (sauf moi), c’était merveilleux. On ne va pas se mentir, ces instants de répit font parfois du bien car globalement, on morfle. Ainsi, les éprouvantes cinq minutes de « Stomach as a tower and the globules descending » (ah on avait dit que d’autres titres vous plairaient) ne sont pas qu’une partie de plaisir mais notre résistance est récompensée par la montée finale accompagné d’un bon gros cri libérateur.
Une demi-heure, c’est très bien. Et pour finir, le beaucoup moins agressif (croit-on naïvement) « Kindly, Wash Yourself », qui semble sans qu’on se l’explique vraiment avoir un petit quelque chose de Slint dans la partie illuminée précédant la survoltée, nous offre un refrain qui reste bien en tête. Ce qui est évidemment une excellente idée pour conclure un disque. The Flenser a donc dégoté le petit frère de son autre poulain Chat Pile, un gamin à forte personnalité qui fout bien le bordel et n’en fait qu’à sa tête. Et c’est très bien ainsi.
Jonathan Lopez
*Les vrais, pas comme nous, ne tomberont pas des nues puisque l’alternance était déjà en vigueur sur le déjà bien costaud premier album répondant au doux nom de Violence (2024).