Bandeau provisoire

Porcelain – Today’s Minor Victories

Posted by on 7 octobre 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(TODO Records, 10 octobre 2026)

Il y a quelque chose d’un peu malheureux à attendre impatiemment une sortie d’album et à se dire… que le reste du monde s’en fout. Bon, je ne suis peut-être pas complètement seul, on doit être quinze dans le même cas en France. Et heureusement, les quinze en question liront probablement cette chronique. Alors que vendredi, tout le monde va se ruer sur le nouveau Fontaines D.C.* (encore une fois médiocre, soit dit en passant, m’enfin passons…), Porcelain s’apprête à dégainer dans l’anonymat le plus complet son deuxième album, au moins au niveau du premier qui nous avait réjouis au plus haut point. Si la curiosité vous guide et l’inconnu ne vous effraie pas, peut-être vous laisserez-vous tenter. Vous viendrez ensuite nous remercier, c’est promis.

Porcelain, cela s’écoute fort et cela se danse mal. De façon désarticulée, la seule qui ait un quelconque intérêt. Écouter ce groupe, c’est effectuer un voyage dans le temps, direction 1995. Environ. Entendre la musique que l’on préfère au monde. Replonger immédiatement.

Bandcamp nous invite à commencer par le titre en deuxième position et il n’a pas tort. « Apocalypse » ne tortille pas du fion. Il fonce, sans détour ni complication, il saisit au col d’emblée et relâchera quand bon lui semblera mais ce n’est visiblement pas sa priorité. Avant lui, « Yarn » était plus sournois. Un chant presque sur la défensive, une bonne dose de mélancolie, une basse qui bourdonne en fond, attendant son heure avant de prendre le relais pour amorcer l’attaque finale et décisive. Ça le ferait bien en première partie d’Unwound. Ils pourraient peut-être même leur voler la vedette sur quelques dates. Juste pour voir de quel bois ils sont faits (on a cherché le jeu de mots bois-porcelaine. En vain. Si vous avez des idées, contactez-nous**). Unwound donc. Ils n’y échapperont jamais, ils l’ont bien cherché et pas sûr que ça les dérange. Porcelain conduit aussi parfois comme Jehu et l’excès de vitesse est fréquent mais largement toléré. De la tension, du grabuge, des soubresauts, des freinages brutaux, toute la panoplie essentielle, que certains oublient parfois de saupoudrer de mélodie. Erreur fatale que Porcelain ne commet pas. Et au final, si tous les morceaux sont riches en rebondissements et illustrent parfaitement la grande histoire du post-hardcore, l’ensemble est idéalement distillé et équilibré. Il suffit de prendre l’enchaînement entre la cavalcade effrénée (« New Sex ») et la petite ballade d’apparence innocente (« Waltz » qui finira – on ne vous la fait pas – par hausser singulièrement le ton) pour observer que le contraste fonctionne à pleins tubes. Le quatuor maitrise son sens du récit et dialogue de manière très complémentaire. Eli Deitz et Jordan Emmert à la section rythmique, essentielle comme dans tout groupe d’obédience similaire, et Steve Pike (déjà excellent dans Exhalants) à la guitare et au chant, épaulé par Ryan Fitzgibbon, tout à fait à la hauteur dans les deux exercices sus-cités.

Inévitablement codifiées, les parties de grattes se révèlent toujours inventives (« DSD », quel régal), qu’elles se tordent en circonvolutions (le morceau-titre d’une folle intensité qui joue aux montagnes russes), s’autorisent tantôt une session bruitiste incontrôlée à en émouvoir Thurston Moore (« Shotgun »), tantôt une ballade acoustique où se joint une pedal steel (« Scene From a Living Room »). Porcelain se permet même parfois d’arrêter le temps, pris en flagrant délit de surdose de Codeine (la fin d’« Infodump » ou les 8’41 de « Closure » qui font, défont, frisent, défrisent et raflent la mise).

Porcelain fait la même chose que sur son premier album, en au moins aussi bien. Ne minimisons pas les choses : c’est déjà une grande victoire. La plus belle serait que vous cochiez tous sur votre agenda la date de sortie de son troisième album. On se sentira moins seuls et on aura le sentiment de servir (un peu) à quelque chose.

Jonathan Lopez

*Eh bien non, je réalise après coup que je me suis planté, il sort la semaine suivante ! Je compte sur vous, vous n’êtes au courant de rien, on fait comme si… Ou alors remplacez FDC par un groupe de votre choix dont la popularité vous semble démesurée par rapport à son réel intérêt.

**Pas avec « fragile », on l’a déjà fait. Et vous valez mieux que ça.

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *