Les « oubliés » 2025 de Jonathan Lopez

Posted by on 14 janvier 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

Comme Yann Giraud avant moi, je vous propose une session de rattrapage en revenant brièvement sur mes « oubliés ». À savoir, quelques albums fortement appréciés et pour la plupart cités dans mon top, que je n’ai pu chroniquer.

Rions un peu pour commencer en consacrant quelques lignes à un album qui subjugue les uns, semble débecter les autres (ils ont la débecte facile) et divise donc tout le monde : Una Lunghissima Ombra de Andrea Laszlo de Simone. Une partie de la presse spécialisée et/ou branchouille s’extasie devant le bellâtre italien à moustache et ça ne nous ressemble pas de les suivre. Mais son précédent EP, Immensità, qui touchait parfois au sublime, nous avait déjà sérieusement tapé dans l’oreille. Précisons (aussi pour vous rassurer un peu) que l’Espagnole qui « révolutionne la pop » (rires à gorge déployée) n’aura pas les honneurs d’un article en ces pages (du moins je l’espère, personne n’a encore osé me le proposer). Una Lunghissima Ombra évoque les grands espaces bien sûr mais plutôt que le grand Ouest californien, la campagne française (ou sans doute la Toscane mais on connait moins) en R5 rafistolée qui tombe légèrement en ruine. C’est doux et inoffensif, ça transpire la nostalgie par tous les pores, ça flirte gentiment avec la ringardise aussi (cette abondance de cordes…), ne nous voilons pas la face, mais ça fait du bien à nos petites âmes endolories. C’est un peu un disque qu’on adorerait écouter avec feu nos grands-parents, il inspire l’insouciance évaporée depuis un bail.

Vous connaissez new Noise ? Alors, vous avez sans doute entendu parler de Miltown tant son rédacteur en chef, Olivier Drago, en a parlé avec une obsession maladive passion. La raison de cet enthousiasme débordant tient autant à la qualité (indéniable) de l’album qu’au petit miracle que constitue la sortie de Tales of Never Letting Go. Pour de sombres histoires de droits, ce disque dormait dans un tiroir depuis près de trois décennies et les plus acharnés en avaient poncé quelques démos, sans trop d’espoir d’entendre un résultat abouti un jour. Ce jour a eu lieu et évidemment pour tout amateur de post-hardcore 90s, c’est une bénédiction. Certains découvriront peut-être à cette occasion Jonah Lenkins, le chanteur d’Only Living Witness, ce qui est également une chance.

Le cas Point Mort est très différent (même si les fidèles du magazine en question auront noté qu’ils en avaient fait la couverture) mais il s’agit d’un petit miracle là aussi. Point question de résurrection mais d’un équilibre, sur le papier, quasi impossible à trouver. On trouve bien quelques repères ici ou là mais ils s’envolent très vite et sont passés à la moulinette multigenre. On y entend du (nu et/ou post) metal, du djent… et même de la pop moderne, qu’on exècre la plupart du temps. On trouve surtout d’énormes riffs, un sacré groove et beaucoup d’idées. Et puis, pour porter le tout, Sam Pillay, une chanteuse ébouriffante au charisme bluffant, une Mike Patton au féminin, dotée de multiples personnalités vocales. Bref, c’est éminemment casse-gueule mais ça tient la route. On n’y revient pas tous les jours pour préserver notre santé mentale mais on l’affronte régulièrement, à volume déraisonnable, et on se dit à chaque fois qu’on vient de vivre une drôle d’expérience.

À Terre ne fait rien pour nous tendre le main avec son nom accablant et sa biche lacérée et défigurée sur la pochette. Mais en y réfléchissant bien, des noms de morceaux comme « Acab » ou « Paris sous les tombes » sont extrêmement aguicheurs. Et vous n’avez encore rien entendu. Sévèrement plombé, hurlé en français, délesté de tout espoir, À Terre tient promesse et désespère. À côté de ça, Chaos E.T. Sexual c’est du ska punk festif.

Au rayon hip hop, en 2025, il y eut les énièmes confirmations de Brother Ali, Atmosphere, Aesop Rock (quand c’est la 15e fois, le terme « confirmation » devient usurpé), la quasi-révélation clipping. (dans le sens où jamais un album du groupe de LA ne m’avait autant séduit dans sa quasi intégralité que ce ) ou les retours honorables des légendes Mobb Deep et Nas avec DJ Premier aux platines mais aussi quelques découvertes qu’il était temps de faire. La plus notable se nomme Boxmonx II, nouvelle collaboration entre Bloody Monk Consortium et Boxguts. Des flows de tueurs à gages sur des instrus qui donnent envie de longer les murs. Mais en remuant la tête, toujours.

La rappeuse sud-africaine Yugen Blakrok avait déjà frappé fort avec Anima Mysterium, son album précédent qui remonte à 2019. The Illusion of Being est peut-être moins immédiat (quoique) mais toujours aussi réussi avec des ambiances particulièrement soignées, la rapprochant davantage du trip-hop. Et le flow de madame s’avère plus hypnotique que jamais.

J’ai sans doute attendu le bon moment pour vous parler du captivant An Endless Winter, sorti il y a pile un an (mais les flocons se faisaient alors plus rares). Collaboration remarquable entre deux hyperactifs, Innocent But Guilty et Grosso Gadgetto, tisseurs d’ambiances hors pair, œuvrant chez Lotophagus, label expérimental défricheur dont chaque sortie est digne d’intérêt et mériterait une bien plus grande exposition*. Comme beaucoup d’autres avant celui-ci, l’album – éminemment cinématographique – se révèle très inspirant et passionnant d’un bout à l’autre. À écouter dans son chalet isolé du reste du monde. Mais dans un métro bondé, ça fonctionne également.

Jonathan Lopez

*Jetez donc une oreille à l’excellente sortie hip hop As We Used to Say de ce même Innocent But Guilty avec NLC et Black Saturn (sorti chez La Voix du Désert, pendant hip hop de Lotophagus) et replongez-vous dans le somptueux Turning Shadow Into Transcient Beauty de NLC – encore – et Wolf City que nous avions salué l’an passé.

Pour écouter tout ça :

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