Fátima – Primal

Pour une des premières chroniques de l’année, c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on retrouve un des fleurons frenchy des musiques heavy. Seulement deux ans après Eerie, Fátima revient avec un cinquième album en huit ans, excusez du peu.
Premier constat, l’artwork, toujours entièrement réalisé en DIY par le groupe (#boycottIA) est superbe. Sur les réseaux, on peut en trouver le making-of et mesurer le talent, considérable, déployé. Chapeau bas. Deuxième constat, avec ces huit nouveaux titres, Primal, est un bon cru, un de plus, du trio parisien. Après avoir parfois un peu lorgné du côté de la cold wave sur le précédent disque, Eerie, Fátima continue de déployer son bestiaire singulier.
Et si Fossil, son troisième album, pouvait (plus) facilement le ranger du côté du doom et du grunge, avec des rythmes magmatiques et des refrains ravageurs, Primal entérine son évolution vers un format moins monolithique, avec des compositions plus directes. L’opener furieux « Sassquatch » se charge de vous calmer d’entrée. Comme si le poing du primate de la pochette venait de nous assommer. Basse et batterie dictent un rythme (bi)polaire, un temps frondeur dès les premières secondes du disque, puis massif et tellurique lors d’un break maousse, comme une avalanche de guitares en slow-motion qui nous engloutirait. Le contraste est flagrant avec le titre final, « Waters of Babylon », mid-tempo élégant et minimaliste d’à peine trois minutes, aux harmonies vocales superbes, et qui renoue avec la vibe psyché du trio. On trouvera ainsi quelques délicieuses sucreries orientales, comme ce lick de guitare à l’octaver en fin de refrain sur « Chilled Monkey Brains », puis son solo mystique façon cithare. Une tradition bienvenue dans le vocabulaire du trio. Quoique plus discrète depuis Eerie. Ce deuxième single pourrait être l’archétype parfait du style Fátima. Basse bondissante, rythme échevelé, loukoums sonores, freinage doom pour reposer (ou pas) les cervicales, avant un outro massif. Le premier single, « Primal », apparu dès novembre dernier, avait pavé le terrain avec, notamment, une seconde partie plus enlevée, l’assaut bien lancé par une basse ronde, et une guitare en totale divagation. Et comme on aime bien les 90’s, difficile de ne pas en déceler quelques réminiscences dans « Gazelle Horns » (ce riff inquiet façon Jerry Cantrell) mais surtout dans la mélodie vocale du rampant et superbe « Mammoth Graveyard » qui rappelle celle d’un certain… Layne Staley sur « Dirt ». Ce n’est pas par ici que l’on se plaindra de telle référence. Et le timbre savamment éraillé d’Antoine et ses chorus d’imprimer durablement notre mémoire (« Killer Wart Hog », « Dog Ham »). Mais nous sommes bien en 2026.
Vous l’aurez compris, Fátima et son nouveau bestiaire de créatures légendaires (coucou Castle Rat) sont bien partis pour régner sur ce début d’année. Alors, mois de janvier oblige, en guise de bonne résolution (révolution ?) – et en attendant un nouveau SLIFT et un Gojira – keep calm, fuck the fascists, and listen to French Heavy Rock.
Sonicdragao