Clegane – Ocean of Black Thoughts

Trio francilien aux idées noires, c’est écrit dans le titre, Clegane ne rigole pas. Ocean of Black Thoughts porte parfaitement son nom. Troisième album du groupe sorti chez le tout aussi bien nommé Almost Famous Records, ceux qui voudront s’y coller devront se préparer à encaisser la violence sourde déversée par le groupe aussi bien que la mélancolie aride qu’il réussit à faire émerger entre deux coups de caillasses. Le spleen dont il fait preuve est de ceux qui prennent toutes les formes susceptibles de te maintenir la tête sous l’eau. Chaque fois que tu crois que le groupe va enfin faire rentrer un peu d’air et de lumière, ses caresses glacées se transforment en serres et te voilà à nouveau traîné vers le bas.
Il faut dire que l’ADN de Clegane ne baigne pas forcément du côté des ravis de la crèche. Il est impossible de ne pas penser à Alice In Chains sur un titre comme « Luminose » ou encore à Soundgarden sur le fantastique « Sun Decay ». Le versant lourd de la musique de Seattle, en somme. Si l’influence est évidente, il ne faut ni la mésestimer, ni la considérer avec condescendance, car c’est peut-être la première fois qu’on a autant l’impression d’y être, avec un groupe influencé par… Ce n’est pas tant qu’il ait poncé les Dirt et autre Badmotorfinger, c’est qu’il les a parfaitement compris et digérés. La voix de Laurent fait évidemment penser à celle du regretté Layne Staley, mais elle tend aussi du côté de Greg Dulli sur « A Room Full of Strangers », ce qui donne une sensualité nouvelle à l’album tout en le maintenant dans cette atmosphère résolument trempée dans les affres des années 90.
Pour autant, la démarche de Clegane se distingue de celle de ses aînés par son minimalisme et sa sobriété. Les riffs se cachent, le groove est sec et comme extirpé d’une plaie pas encore refermée. D’un premier abord monolithique, Ocean of Black Thoughts est en réalité un disque parsemé d’entailles et d’arêtes qui finissent par dessiner un paysage désolé, certes, mais un paysage quand même. Tendre l’oreille, c’est découvrir des parties de guitare de Guillaume que l’on n’avait pas remarquées, c’est se retrouver totalement pris dans le tourbillon du jeu de batterie d’Olivier alors même qu’on le croyait en retrait, c’est penser à tous les groupes que l’on a cités, tout en les regardant s’effacer au loin.
En dépit de sa noirceur, de l’aridité de sa composition et de la mélancolie parfois insoutenable qui le transperce, l’album passe vite. Six chansons pour quarante-deux minutes, vous avez la moyenne. C’est toutefois une épreuve qui invite à recommencer l’effort, car il y a tout de même une dernière caractéristique de la musique de Clegane dont on n’a pas fait mention : la rage.
Une rage qui se conjugue avec la nôtre alors qu’une jeunesse se fait taper dessus par le pouvoir en place à la télévision et sur tous les réseaux. Une rage qui trouve un écho revigorant dans cet océan de pensées noires.
Max