Exek – Advertise Here

Publié par le 2 mars 2022 dans Chroniques, Toutes les chroniques

(Castle Face, 4 février 2022)

Je ne sais trop ce que l’Australie essaye de nous dire, mais entre les cacas nerveux de Kyrie Irving et ceux de Ben Simmons, la pochette du dernier album d’Amyl and the Sniffers, et maintenant celle de Exek, je crois que toute une nation est en train d’appeler à l’aide.

Si dans le cas des deux premiers, un bouquet de sauge brulé dans le désert, sous la lune nouvelle, pourrait éventuellement faire l’affaire, je ne saurais trop conseiller aux deux autres de revoir complétement leur plan de com’. Je peux comprendre que pour Amyl and the Sniffers, présenter un album avec la pire pochette de l’histoire, est une façon comme une autre de rehausser la fadeur de leur punk rock de mémés accros au bingo, mais il en va différemment avec celui de Exek, qui s’avère au moins aussi bon que sa pochette est moche. C’est vous dire si ça vaut le coup de tenter l’écoute.

Advertise Here ravira les amateurs de kraut pop (ça existe ?) qui ne sont jamais tant heureux que lorsque des nappes de claviers psychédéliques enrobent délicatement des rythmiques teutonnes et des basses à la limite du dub. On pense à Suuns, sans le côté névropathe, et Albert Wolski n’est pas Ben Shemie, mais il existe un ADN commun aux deux groupes.

Après une première plage instrumentale qui pose le décor, arrive déjà le fantastique « (I’m After) Your Best Interest » qui fascine d’emblée et durablement. Un long développement introduit la voix de Wolski dont on ne sait alors si elle est nonchalante, désabusée, hautaine, ou un peu tout ça à la fois. En arrière-plan, la guitare finit par supplanter le clavier. Le tango entre les deux sera un des points d’appuis de l’album.

L’intro du troisième titre « Unseasonnable Warmth » renvoie immédiatement à Kid A, avant de s’éloigner vers des couleurs plus proches de celles de Parquet Courts (de loin… grand écart relativement improbable, j’en conviens), et d’y revenir, via un saxophone presque free, et une descente parfaitement chaloupée. Tout au long du disque, Exek donnera cette impression de se tenir sur une jambe, entre deux feux. On prendra peur, toutefois, avec l’intro au piano de « Sen Yen for 30mn of Violin » qui aurait vraiment pu tourner au tragique, ou à la farce, si Wolski ne s’était pas décidé à la jouer cold wave. Le pire a été évité. « Beyond Currency » rassure avec son atmosphère Krautrock, à la The Phantom Band et la fin du disque dévoilera son lot de surprises avec un étonnant violon sur « ID’ed » qui n’est pas sans rappeler, une nouvelle fois, Radiohead (A Moon Shaped Pool). Le disque se termine comme il a commencé, avec un instrumental que l’on aurait souhaité plus long mais qu’Exek a jugé devoir raccourcir. C’est d’ailleurs qu’une fois le disque terminé que l’on réussit à mettre le doigt sur quelque chose qui nous gène depuis sa découverte. Le groupe nous donne l’impression d’avancer sur la pointe des pieds, en restant toujours très prudent. Leur talent est indéniable et on trouve de la grandeur sur plusieurs morceaux (« (I’m After) Your best Interest », « ID’ed »), mais un parfum d’inachevé flotte dans notre esprit.

Huit titres, dont deux instrumentaux relativement courts, appelez ça un LP si ça vous dit, mais wink wink, quoi… On évoque un parfum d’inachevé pour ne pas avoir à parler d’arnaque ou de malhonnêteté Intellectuelle (oui, avec la majuscule), et la situation dommage car Advertise Here aurait fait un EP plus que correct, et un album surement incontournable, s’il avait compté deux titres supplémentaires du niveau des autres.

Max

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