Détroit – Horizons (Universal)

Publié par le 23 novembre 2013 dans Chroniques, Toutes les chroniques

horizonsVoici donc Détroit, nouveau projet de Bertrand Cantat accompagné de Pascal Humbert (16 Horsepower). Les deux premiers extraits dévoilés (l’épurée “Droit dans le Soleil” et la splendide mélancolie de “Null and Void”) nous avaient vraiment séduits, c’est donc avec une certaine fébrilité qu’on attendait l’album Horizons qui vient enfin de voir le jour en ce mois de novembre. Place aux ballades et aux mélodies sulfureuses, qui font honneur à la voix de Cantat, lequel se montre encore plus à fleur de peau que par le passé.

En effet, Cantat a rarement à travers Noir Désir exposé à ce point ses sentiments, hormis peut-être sur le titre  “Là-Bas” (disponible sur la compilation 3 CD En Route Pour la Joie), où il partageait une grande détresse et une solitude que l’on sentait véridique. De l’eau a coulé sous les ponts depuis, Cantat n’est évidemment plus le même homme et nul doute que coucher sur papier ses émotions fut une thérapie au moins aussi importante que de retrouver le chemin des studios.

Il parle aussi bien de ses années de prisons (la brillante “Horizon” et son final rageur), du manque de l’être cher, sa hâte de le rejoindre (sur le beau et très déconcertant “Ange de Désolation”, également sur le titre en anglais “Glimmer in Your Eyes”, véritable ode a l’amour). Il semblait difficile d’imaginer Cantat faire abstraction des événements de Vilnius et des suites. Quoi qu’il en soit, quoi qu’on en dise, force est de constater que Bertrand Cantat n’a rien perdu de son talent de compositeur (on pourrait presque dire d’écrivain), à classer au rang des poètes contemporains. À l’image de son aîné Léo Ferré, l’une de ses influences majeures dont il avait repris le poème  “Des Armes” sur le dernier opus de Noir Désir (Des visages des Figures sorti en 2001). Cette fois-ci, il lui rend hommage en reprenant “Avec le Temps”, titre ô combien évocateur, où seul le texte reste fidèle à  l’original. Le morceau est en revanche complètement revisité s’appuyant sur une basse lourde et une rythmique quasi électro, un titre qui clôt à la perfection ce premier chapitre qui on l’espère aura droit à une suite.

Si ce projet et cet album s’écartent clairement de l’ère Noir Désir, quelques titres auraient pu constituer une suite logique à la discographie du groupe, d’abord dans leur structure musicale, plus rock, puis dans des textes faussement évasifs et enfin dans un chant plus assuré. On peut citer le sublime “Terre Brûlante” ou le plus dispensable “Sa Majesté”. Le plus évocateur restant “Le Creux de Ta Main”, qui nous enchante dès les premières mesures et où l’animal rageur d’antan vient remplacer l’homme blessé d’aujourd’hui. Dommage que le refrain gâche un peu le plaisir d’un titre qui avait pourtant le mérite de redynamiser le contenu. On constate également que Cantat n’a plus les mêmes préoccupations, lui qui tout au long de sa carrière n’a eu de cesse d’exprimer son engagement et son esprit critique envers la société, délaisse ici les revendications hormis sur “Sa Majesté”.

Quels que soient les registres choisis et thèmes évoqués, Cantat a toujours eu le mot juste et le chic pour trouver de brillantes tournures. Cet album en est la preuve irréfutable. Difficile de rester de marbre devant la qualité des textes et la force émotionnelle de son chant. Sa collaboration avec le bassiste et multi-instrumentiste Pascal Humbert est également une franche réussite tant ce dernier parvient avec ses compositions à épouser à merveille le timbre de voix de son chanteur. En résulte donc un premier essai qui mérite d’être entendu par ceux qui n’auront envie de juger que son contenu, aussi troublant que magnifique.
JR

 

Regardez le clip de “Horizon” (épileptiques prenez garde)

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