The Notwist – News From Planet Zombie

Posted by on 14 mars 2026 in Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques

(Morr Music, 13 mars 2026)

Depuis son virage pop électronique amorcé à la fin des années 90, The Notwist ne cesse de tutoyer l’excellence. Non pas que les propositions antérieures du groupe allemand manquaient d’intérêt, elles étaient surtout différentes, flirtant plus avec l’emo, le punk, le metal alternatif, voire le post-hardcore. En embrassant un tournant assurément plus doux et mélancolique, The Notwist fait sa mue et se crée une véritable identité sous la forme d’un enchevêtrement de plus en plus racé entre de belles mélodies pop/rock et une certaine idée de la musique électronique relevant plus de l’electronica et du mélange des genres. Cette formule originale en a fait un groupe essentiel des années 2000, qui a su si bien mettre en musique le passage au nouveau millénaire, entre angoisse existentielle et technologie envahissante.

Quelques décennies plus tard, The Notwist revient enfin avec un nouvel album chez Morr Music : News from Planet Zombie*. La première impression qui en ressort, c’est d’avoir affaire à un groupe serein, conscient de ses forces, qui évolue dans une forme d’aboutissement et n’a plus rien à prouver, seulement l’envie de jouer et de dérouler en se faisant plaisir. Dès l’entame, « Teeth » prend son temps, c’est un titre à l’émotion palpable qui avance progressivement, avec maîtrise, sans éprouver le besoin de « sortir les muscles » à des fins d’émerveillement. Il travaille plutôt sur la nuance, les subtilités et profite de la présence délicate d’une voix féminine, celle d’Enid Valu (qui reviendra d’ailleurs plusieurs fois au cours de l’album). D’autres morceaux relèvent de cette science doucereuse et de la volonté que le groupe a d’émouvoir sans choisir la facilité ou prôner l’approbation du plus grand nombre. « Snow » et « Who We Used To Be » empruntent les mêmes chemins apaisés et creusent, sans avoir l’air de le faire, de profonds sillons gorgés d’émotions. Leur recherche continuelle de formes dignes et gracieuses rappelle parfois la sensibilité appliquée des frères Kadane (Bedhead, The New Year) et de Brian Eno, sentiment renforcé par l’apparition de notes de piano très aériennes dans la deuxième partie de « Who We Used To Be » et une référence directe à l’auteur de « By This River » dans le beau morceau qui clôture l’album, « Like This River ». Deux autres titres tranquilles finissent de parfaire la magnificence du disque, « Red Sun », une reprise réussie de Neil Young (issue de Silver and Gold, 2000) que l’on a du mal à reconnaître de prime abord car remodelée à travers un arrangement empreint de musique contemporaine, ce qui évacue toute volonté country du morceau original. Et « Projectors », une très belle ballade folk traditionnelle, aux accents européens, que n’aurait pas renié Chris Eckman ou Kurt Wagner et qui racle au plus profond de l’inconscient collectif, pour prendre la forme d’un poème vital, adressé à une personne afin de communier avec elle et d’apaiser ses plus grandes craintes.

Cependant, l’album ne résume pas uniquement à des morceaux calmes. Grâce à un tracklisting équilibré et un enchaînement élaboré, il alterne brillamment avec des pop songs calibrées dont The Notwist a le secret. « X-Ray » donne le coup d’envoi juste après « Teeth », les instruments rugissent, la batterie martèle, on se croirait presque revenu au temps des premiers albums. C’est un morceau complètement taillé pour la scène, mais qui se suffit à lui-même sur disque, grâce à cette capacité du groupe à créer de petits condensés énergétiques doublés d’un sens mélodique hors pair. Dans le même genre, « The Turning » fonctionne sur un rythme très soutenu qui contraste avec le chant presque nonchalant de Markus Acher, sans doute l’une des particularités les plus flagrantes du groupe, c’est-à-dire arriver à submerger son auditoire tout en retenant ses coups. Dans un registre tout aussi rapide, « Silver Lines » se démarque par ses moments d’accalmie dont une longue introduction qui prépare à la soudaine envolée rythmique. Le chant se fait ici plus vif, presque plus concerné, ce qui est aussi le cas avec « How the Story Ends », une reprise du groupe américain Lovers et un des morceaux parmi les plus entraînants de l’album. Il ne faudrait pas oublier l’instrumental « Propeller », pensé comme une jolie respiration entre deux titres et qui rappelle la fructueuse époque où le groupe comptait Martin Gretschmann (Console) dans ses rangs.

Il y a encore et toujours chez The Notwist une envie de recherche et d’expérimentation, que ce soit dans l’utilisation de sonorités diverses et d’arrangements étonnants jusqu’à se frotter à la musique acoustique et contemporaine , mais aussi grâce à un savant mélange qui sait tirer profit de toutes les contradictions et envies qui animent le groupe. Un soin de tous les instants est apporté aux structures et au développement des morceaux et leur permet de faire preuve d’audace et de liberté au sein même de cadres très organisés, sans jamais se laisser aller à des décrochages non maîtrisés ou non voulus. Ce qui marque véritablement, c’est le travail organique d’osmose effectué tout au long de l’album, un aboutissement de premier plan qui a tendance à inscrire durablement toute nouvelle velléité électronique et expérimentale au sein même du groupe, sans que cela ne paraisse jamais forcé. Malgré une évidente mélancolie thérapeutique, avec ses grands moments de tristesse, doublés de soudains accès de joie éphémères, News from Planet Zombie ne se départit pas d’une certaine luminosité et même d’ironie et de détachement par rapport au sérieux des émotions transmises. The Notwist s’est de nouveau donné les moyens d’embrasser un prisme conséquent d’émotions mêlées, à la fois contradictoires et complémentaires, comme pour mieux coller au chaos ambiant de notre monde ; saluons donc bien bas cette volonté retrouvée d’en découdre avec toute la beauté et la complexité de l’expérience humaine et, au passage, de guérir nos failles en le faisant.

Julien Savès

* La plus récente sortie date de 2025, Magnificent Fall, sous la forme d’une compilation de Faces B, d’inédits et de remixes. Le précédent album Vertigo Days date, lui, de 2021.

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