Nothing – A Short History of Decay

On aimerait parfois être du côté des gagnants mais que voulez-vous, loser un jour… Avec ce groupe, c’est tout ou Nothing et on fait partie des, sinon éternels, souvent insatisfaits, ce qui engendre de la frustration pour tout amateur de musique qui ne demande qu’à être emballé par une nouvelle sortie. Surtout lorsque le premier contact avec ledit groupe (Tired of Tomorrow, 2016) s’était avéré fort enthousiasmant. Depuis, l’enthousiasme s’est sérieusement dissipé ce qui ne nous empêche pas de vérifier à chaque sortie si c’est de leur faute ou de la nôtre. Après tout, le groupe n’est sans doute pas devenu mauvais du jour au lendemain et Dance on the Blacktop (2018) puis The Great Dismal (2020) ont été grandement appréciés par bon nombre de mélomanes aux goûts pas si douteux. Ce nouvel album du groupe de Philadelphie voit un line-up largement remanié (Cam Smith de Cloakroom à la guitare, Bobb Bruno de Best Coast à la basse, Zachary Jones à la batterie) derrière l’immuable Nic Palermo, lequel se livre comme de coutume, et peut-être plus que jamais, sur ses démons que l’on sait éminemment envahissants. Un tournant ? On retente. Fleur au fusil. Sans attente démesurée.
Et on constate d’emblée que le groupe s’est assagi et propose quelques morceaux franchement pop. Attention, on ne tombe pas de l’armoire non plus mais on a le sentiment que plus ça va, plus ça se calme. Au menu, quelques ballades enivrantes (« Never Come Never Morning » habilement rehaussé de cuivres en fin de morceau), d’autres plutôt lénifiantes (« The Rain Don’t Care » démesurément tire-larmes, « Ballet of a Traitor ») voire, comme sur le morceau « Purple Strings », Thom Yorkiantes (ce qui peut correspondre aux deux qualificatifs cités, dans notre cas plutôt au premier). Bilan contrasté pour la version molle de Nothing, donc. Ce n’est pas la seule heureusement. Le contraste est effectivement assez saisissant entre les morceaux les plus tranquilles/comateux et ceux très agressifs où la disto fait trembler les murs, à l’image de « Cannibal World », MBV en diable qui s’appuie sur une rythmique drum’n’bass trépidante. Situé en deuxième position et à la suite de la belle ouverture éthérée (« Never Come Never Morning », citée plus haut), elle a le mérite de nous prévenir contre toute somnolence.
Dans la foulée, « A Short History of Decay » ne manque pas d’efficacité avec son « Over and over again » du refrain qu’on jurerait avoir déjà entendu mais qu’on n’oubliera peut-être pas de sitôt (en tout cas, il nous trotte régulièrement dans la tête). C’est en cela qu’il se démarque et fait malheureusement figure de rareté au sein d’un disque… qu’on jurerait avoir déjà entendu (de nombreuses fois) et qu’on risque d’oublier assez vite (« Toothless Coal » en est un « bel » exemple).
Il y a aussi tout l’art de façonner une tracklist. Si l’alternance entame calme (et réussie)/suite rentre dedans (et efficace) évoquée précédemment était plutôt bien vue, il est assez suspect d’avoir placé les trois morceaux les plus efficaces (en tout cas, ceux qui ont suscité l’engouement le plus franc de notre part) aux trois premières positions. En conséquence, les vingt-huit minutes restantes nous paraissent bien longues. Et Nothing y semble sûr de ses forces mais un peu trop engoncé dans ses souliers (blâmons ici Palermo puisque les autres membres viennent de rejoindre l’aventure). On n’écrira certainement pas que A Short History of Decay est un mauvais album mais pour le trouver vraiment mémorable, pour nous donner envie d’y revenir régulièrement, il faudrait pouvoir occulter certaines références qui sont gravées en eux, mais aussi en nous. C’est là tout leur problème…
Comparons à un groupe à qui il doit beaucoup mais dont il s’est peu à peu éloigné… Contrairement à Deftones* dont on a suffisamment rabâché les influences (beaucoup moins ténues que ne veulent bien le croire ses détracteurs), Nothing semble n’avoir pas forcément encore digéré toutes les siennes, n’a pas un son proprement identifié même s’il penche désormais plus du côté noisy (hors ballades) que heavy, et on ne peut s’empêcher de penser aux uns (pas mal de groupes de la scène shoegaze ou juste « alternative » 90s) et aux autres (de plus en plus nettement My Bloody Valentine) quand on l’écoute. Tout en arrivant à la conclusion qu’on ferait finalement mieux de réécouter ces derniers. Certains bâtissent toute une carrière là-dessus, ce n’est pas infamant, mais on pensait Nothing capable de mieux que ça.
Jonathan Lopez
* fonctionne aussi avec Hum.