Maunah – Hjarta

On aurait pu ranger tout un pan du metal dans un casier cadenassé, à l’abri des oreilles et des regards pour quelques années, pour finalement s’apercevoir que beaucoup de groupes rattachés aux différentes chapelles du doom ont souvent été réduits à une musique ennuyeuse, comme si une malédiction étrange s’était abattue sur le genre, telle la foudre sur un arbre centenaire.
Les rapports ont changé. Les obédiences du doom ont ouvert leurs voies aux artistes féminines, à une sensibilisation aigüe envers la nature et à des thématiques empreintes de références littéraires classiques. Le modernisme n’a pas entaché les intentions des artistes, c’est en cela que le groupe danois Maunah revisite dans son premier album un pan non négligeable de cet héritage. Par sa beauté absolue, ses compositions exerçant un magnétisme quasi-immédiat, Hjarta renferme dans son socle une musique addictive, capable de faire surgir des images et des sensations.
« Heimaland », qui ouvre l’album, évoque par ses harmonies vocales celles de groupes comme Alice In Chains, influence revendiquée à l’unanimité. En schématisant à l’extrême, on obtient une musique faite de mystérieux enchantements. L’album se veut être l’exploration du plus inconnu des domaines de l’humain, trouvant dans l’espace un interstice sur lequel prendre appui. Il suffit d’écouter « Solin Vaugna » pour s’en convaincre, son introduction planante, ses guitares entremêlées et ce chant flottant à la surface d’une rythmique plombée installe une atmosphère qui évoque celle qui précède un drame. Ces moments d’immobilité traversent la banalité quotidienne comme des éclairs. Cette musique jaillit du cœur avec une ardeur lyrique rare. Le chant accompagne la musique de manière littérale, à la recherche d’un calque parfait.
« Theinajau » est nettement plus nerveux, ses riffs dérivent vers une structure impétueuse. « Saivør » prend une direction plus ancrée dans le metal, les harmonies s’accordent avec la puissance dévastatrice des guitares. Maunah trouve ainsi l’équilibre entre l’exalté et l’ordinaire. En disséquant la cruauté humaine et en sublimant la nature, Maunah révèle l’étrange beauté des choses auxquelles le quotidien finit par nous rendre indifférents. En juxtaposant le passé et le présent, le groupe crée une musique qui dit parfois ce que les mots ne peuvent exprimer.
Franck Irle