It It Anita – Hi Hi Ha Ha

It It Anita revient. Pour un cinquième album en une décennie. Vu que l’on a chroniqué les trois précédents, cela vous donne une petite idée de notre estime pour le trio belge. On ne pouvait décemment pas laisser passer l’occasion d’autant que ce nouveau disque fait encore Mouche. Hi Hi Ha Ha, c’est donc son titre… (et non votre rire à cette tentative de bon mot).
Mais s’il vous prend l’envie de sourire voire de vous marrer à gorge déployée, ne vous privez pas. L’époque est étrange et ce début d’année plutôt… cataclysmique, pour peu que l’on se range du côté des progressistes. Si bien que l’on est presque surpris (ou pas en fait) de découvrir dans le communiqué de presse qui accompagne le disque, une tonalité plutôt sombre dans les propos de Michael Goffard (et par extension dans les lyrics du disque). Qui propose toutefois un antidote optimiste : un besoin vital de Musique, « de sortir et de rire. Sinon on ne tiendra pas le coup ». Mis en musique, cela donne un album parfois inquiet, lézardé d’une tension sourde mais toujours prêt à reprendre ce flambeau noisy de la jeunesse sonique européenne qu’ils portent avec aplomb et talent depuis dix ans. Toutes guitares dehors. D’entrée, « Beef Up », son riff dissonant, les hurlements à l’arrière-plan du bassiste Elliot Stassen, et des parpaings de guitares entament un fight avec les virilistes et autres mascus toxiques. Les belges l’emportent par KO.
« …I take the pills just to feel alive
more is never enough i just strive to survive
feel like a king but inside i’m a ghost
Can’t trust the mirror, that’s the image i boast… »
Dans la foulée, c’est sous les palm-mute carrément metal (!) de « Modern Architecture » que les Liégeois annoncent, acerbes, les lendemains qui (dé)chantent : Future is bright. Et si parfois, ils semblent jouer la carte de l’apaisement, au gré d’un couplet basse-batterie faussement inoffensif, c’est pour mieux relâcher la tension qui couve et balancer une bouteille de gaz dans le brasier pour voir comment vous allez courir derrière l’outro de « Social Dodger ». Ça s’écoute à fort volume.
« … Don’t start making a fuss, the city is on fire
But it’s no big deal for loyal customers… »
Sur « BIMB », pourtant pas forcément le titre que j’ai préféré, il faut reconnaitre que le duo vocal high energy Goffard-Stassen et un talent éprouvé du refrain et de l’ironie finissent par remporter l’adhésion. Comme ce sens de la formule plutôt… corrosif du bombastique single « Cassowary ». Cowbell et riff dissonant addictif en prime. Un régal.
« … Did David Cameron stick his dick inside a pig
While spitting cognac in an immigrant’s face?
Ambitious Sabotage
Just call oppression something else than slave
We’re just a couple billion bucks from the grave… »
Et si « Trevor » confirme vers la fin de disque ce mode opératoire frontal et furieux, c’est pourtant sur le minimaliste « Lion Tamer », aux arpèges inquiets, la basse discrète, que les Belges balanceront la plus grosse déflagration dans un outro noisy aux vocalises saturées du plus bel effet. Ça devrait décoller votre papier peint. Le final et superbe « Over / Under » qui s’étire sur plus de six minutes, avec cette guitare délicieuse qui rappelle… un quatuor new-yorkais, apporte son lot d’étrangetés : du spoken word, une trompette dissonante qui divague… et ce refrain en boucle qui clôture a cappella le disque. Déroutant. On s’était demandé avant la première écoute comment et à quel niveau on allait retrouver les belges. Ces huit nouveaux titres auront vite dissipé nos craintes infondées.
Ce mois de janvier infernal va (enfin) s’achever. Et It It Anita signe déjà un album, solide et équilibré, qui va squatter les tops de fin d’année… et nous aider à traverser 2026. On espère les croiser bien vite sur scène, où ils excellent, et partager une bière… en riant. Hi Hi Ha Ha. De la Musique (plutôt noisy), de la Joie… et la Paix (soyons ambitieux). Je demande rien de plus pour cette année.
Sonicdragao