Interview – The Notwist
Vous en connaissez beaucoup, des groupes capables, après plus de trente ans de carrière, de sortir un album qui peut être considéré comme leur meilleur ? En cherchant bien, on en trouve quelques-uns bien sûr mais ils demeurent rarissimes et appartiennent indéniablement à une classe à part. The Notwist vient de réaliser cet exploit. Cette petite merveille de News From Planet Zombie semble être tombée pile au bon endroit, au bon moment. Comme si on l’attendait et elle s’est vite révélée indispensable. Le groupe allemand s’y montre inspiré comme jamais, d’une maturité admirable et déploie son incomparable science du son, sans jamais sacrifier l’émotion. Il nous tardait donc d’échanger avec certains de ses membres, même si on se doutait bien que ce ne sont pas les artistes les plus expansifs du monde. Le guitariste-chanteur Markus Acher et son acolyte aux machines et claviers Cico Bech se sont donc penchés avec sérieux et humilité sur leur dernière grande œuvre, tout en jetant quelques coups d’œil dans leur rétroviseur, et en évoquant ceux qui, par leur influence, ont contribué à façonner ce qui commence à ressembler à une sacrée histoire.
« Pour conserver de l’intérêt et de l’enthousiasme, nous nous remettons toujours en question en nous demandant si cela vaut vraiment la peine de faire la musique que nous faisons. Est-ce vraiment intéressant pour nous et pour le public ? Nous avons toujours procédé ainsi : essayer de garder une approche intéressante et différente de celle de l’album précédent. »

Pour ce nouvel album, vous avez enregistré en live tous ensemble pour la première fois depuis l’album 12 en 1995. Comment ça s’est passé ? C’était plus compliqué que vous ne le pensiez ?
Cico : Non, ça n’a pas été difficile. Ça a vraiment été une très belle expérience. C’était différent car d’habitude on enregistrait puis on arrangeait les chansons sur ordinateur. Et cette fois, on a procédé autrement : on avait les morceaux déjà complètement prêts, on répétait avec les autres membres puis on les jouait. C’était donc une nouvelle façon de faire mais c’était très bien car il fallait vraiment préparer les chansons le plus possible au préalable. Et au moment de l’enregistrement, c’était plaisant aussi car il y avait beaucoup de tension dans l’air au moment d’appuyer sur Rec, tout le monde devait se sentir prêt et faire de son mieux pour jouer les morceaux. C’était vraiment une très chouette expérience collective.
Et j’imagine que c’est la meilleure façon de préparer la tournée.
Cico : Oui, c’était un des côtés très positifs. Car les fois précédentes, on se retrouvait toujours confrontés au problème de faire ce qu’on voulait en studio et ensuite de se retrouver en difficulté pour l’adapter en une version live intéressante, notamment sur l’album précédent (NdR : Vertigo Days, 2021) où c’était encore plus compliqué avec tous les chanteurs invités. Au moins pour celui-là, il faut bien sûr répéter mais on pourra le jouer entièrement dans les mêmes versions que sur l’album.
Sur les deux albums précédents, on trouvait beaucoup d’improvisations. Cette fois, vous l’avez donc enregistré live. Est-il nécessaire pour vous d’éviter toute forme de routine ?
Cico : Oui, dans ce groupe et les autres que nous avons, pour conserver de l’intérêt et de l’enthousiasme, nous nous remettons toujours en question en nous demandant si cela vaut vraiment la peine de faire la musique que nous faisons. Est-ce vraiment intéressant pour nous et pour le public ? Nous avons toujours procédé ainsi : essayer de garder une approche intéressante et différente de celle de l’album précédent. Celui-ci était beaucoup plus axé sur l’utilisation de l’ordinateur, mais à un moment donné, nous avons réalisé que c’était vraiment très agréable et intéressant pour nous de faire quelque chose de différent, comme enregistrer tous ensemble en direct dans une pièce, comme nous l’avons fait avec d’autres groupes, et nous avons vécu de bonnes expériences en procédant de cette manière. Nous avons pensé que nous pouvions le faire maintenant, mais nous l’avions également fait pour certaines parties de Vertigo Days.
Est-ce aussi la raison pour laquelle il sonne très homogène ? Les deux précédents ressemblaient davantage à des vignettes de morceaux très différents alors que celui-ci est plus cohérent dans son intégralité et ne contient pas tant de morceaux épiques et déstructurés, à l’exception de « The Turning ».
Cico : Je pense que c’est venu naturellement en raison de la façon dont nous l’avons enregistré. Nous l’avons enregistré en quatre jours, contrairement aux autres enregistrements, où nous travaillions sur des morceaux pendant des mois, voire des années, et je pense que c’est pour cela que les morceaux sont assez semblables. Et la configuration était toujours la même : même pièce, même instrument, mêmes personnes. Mais c’est ce que nous aimons vraiment dans cet album : les chansons sont au centre, mais elles sont jouées par des musiciens, ce sont vraiment des interprétations des chansons. C’est ce que nous aimons beaucoup à son sujet.
« [Le titre de l’album] exprime la façon dont nous vivons la situation actuellement. Partout dans le monde, tout explose, tout brûle, tout part dans de mauvaises directions. Malgré tout, nous avons tous nos propres vies au sein desquelles nous vivons des moments très positifs, dans nos vies privées mais aussi notre réseau de personnes à travers le monde. Nous construisons ensemble quelque chose de très différent et de positif. »
J’entends beaucoup de maturité et sérénité tout au long de ce disque, ce qui contraste avec le nom de l’album, News From Planet Zombie, qui peut être au contraire perçu de manière assez anxiogène. Vous recherchiez ce paradoxe ?
Markus : Il exprime la façon dont nous vivons la situation actuellement. Partout dans le monde, tout explose, tout brûle, tout part dans de mauvaises directions. Malgré tout, nous avons tous nos propres vies au sein desquelles nous vivons des moments très positifs, dans nos vies privées mais aussi notre réseau de personnes à travers le monde. Nous construisons ensemble quelque chose de très différent et de positif. Il s’agit donc des deux pôles : le positif et le négatif, que l’on retrouve sur ce disque et qui illustre cela.
Et la tracklist semble avoir été très pensée comme toujours avec vous. On trouve une alternance entre les chansons énergiques, presque frénétiques, et celles plus calmes. Cela vous a pris beaucoup de temps de l’établir et de dégager une vue d’ensemble ? Vous souhaitiez que l’ordre des morceaux raconte une histoire, d’une certaine manière ?
Markus : Oui, nous réfléchissons toujours pour faire en sorte de raconter une histoire effectivement ou la bande originale d’un film. Et sur cet album, comme tu le soulignes, c’est très divisé entre les morceaux bruyants et énergiques et ceux très calmes. Il fallait trouver un ordre qui permette de ne pas avoir trop de chansons calmes à la suite pour éviter de devenir ennuyeux et de faire retomber l’énergie. Je pense que nous avons trouvé le meilleur enchainement. Et puis soudain, vous réalisez que les paroles aussi s’alignent en quelque sorte dans un même récit, elles commencent à interagir les unes avec les autres. Et c’est toujours agréable à voir. La pochette, qui est l’œuvre d’une artiste de Vienne, est en résonance avec le titre de l’album. Elle l’a peinte et cela rajoute une autre couche à notre propre histoire. Il existe de nombreuses possibilités de l’interpréter et c’est toujours marrant pour nous de voir comment il sera reçu.
On trouve également beaucoup de mélancolie dans cet album et vous avez choisi d’ouvrir et de fermer par des morceaux très mélancoliques (« Teeth » et «Like This River »).
Cico : Oui, c’est quelque chose qu’on a toujours retrouvé dans Notwist. Pour moi, c’est la meilleure façon d’équilibrer le disque. Il faut des morceaux mélancoliques, d’autres plus enlevés, ou qui font danser, sont énervés… C’est quelque chose que j’aime aussi dans la folk, le reggae ou la country. De la musique sur laquelle tu peux danser ou boire une bière… Mais si tu l’écoutes attentivement, elle parle aussi de choses vraiment essentielles et parfois tristes qui nous touchent. Nous aimons beaucoup cette combinaison, il est important de retrouver plusieurs sensibilités, plutôt que d’avoir uniquement des morceaux directs, politiques ou énervés, ou à l’inverse uniquement positifs.
J’adore le morceau « Who We Used To Be », que je trouve très beau et très touchant. Markus, l’as-tu écrit à propos de quelqu’un que tu as perdu ou s’agit-il d’une histoire d’amour qui s’est achevée ?
Markus : C’est surtout à propos de la période du Covid où tout le monde avait perdu quelque chose, quelqu’un, ou simplement un sentiment, une part d’innocence, de confiance en soi. J’ai réalisé qu’on avait tous laissé quelque chose lors de cette période. Cela peut être une personne ou la fin d’une relation, de nombreuses choses. Les enfants ont beaucoup perdu également. Pour eux aussi, cette période a été très compliquée, il est devenu difficile de conserver son innocence, de ne pas avoir de crainte à propos de ce monde. Je pense que maintenant tout le monde porte un lourd fardeau. Cette chanson est très personnelle.
« [À nos débuts] la forme, les arrangements, le son étaient un peu comme des vêtements que l’on change régulièrement. Ils dépendaient beaucoup de ce qui nous entourait à l’époque, de la musique qu’on écoutait au moment d’enregistrer. Les morceaux et l’idée de The Notwist d’être une sorte de groupe pop plus expérimental, cela n’a pas bougé. Même si plusieurs éléments me semblent aujourd’hui datés sur ces premiers disques, comme certains riffs de metal, par exemple. »
Vous avez consacré une belle reprise à « Red Sun » de Neil Young. A-t-il eu une grande importance pour vous ?
Magnus : Oui, Neil Young a vraiment eu un impact énorme, parce que je l’écoutais beaucoup – on l’écoutait tous beaucoup – à nos débuts. Et ensuite, on a commencé à faire du punk hardcore, dans le style de Dinosaur. Jr., ce qui était comme du Neil Young avec des parties hardcore très bruyantes, en quelque sorte. Et puis, il a inspiré tellement d’artistes que nous aimons. C’est une influence constante. Mais en fait, on n’aurait jamais décidé de faire une reprise par nous-mêmes car il est un nom si important, pas uniquement pour nous, mais pour beaucoup de gens… C’était pour une pièce de théâtre dont nous avons composé la musique. Ils nous ont demandé si on pouvait faire cette reprise. Nous avons essayé et c’était très sympa de l’adapter différemment, avec des arrangements, de la clarinette, différentes sonorités, en s’éloignant de l’original, qui est une chanson country-folk très classique. On aimait beaucoup le résultat et on a donc pensé que ce serait sympa de la mettre sur le nouvel album car elle s’intègre très bien à l’ensemble.
Ce sont eux qui ont choisi ce morceau en particulier ou ils souhaitaient juste un morceau de Neil Young ?
Markus : Non, ils l’ont choisi. Je ne le connaissais pas très bien, en fait. Je connais beaucoup de ses premiers disques, même tous je crois. Mais ce morceau, je ne l’avais pas vraiment en tête (NdR : il est issu de Silver and Gold, sorti en 2000). Il s’agit de leur choix. Comme on avait cette reprise d’un artiste prestigieux, on a pensé que ce serait bien d’en faire une autre d’un groupe moins connu, pour que ce soit complémentaire. On a donc voulu reprendre un groupe très indépendant composé de femmes avec des paroles qui sont très différentes de celles de Neil Young puisqu’elles évoquent la fin d’une relation et il ne subsiste plus rien. Tout est détruit.
Il s’agit du groupe Lovers avec la reprise de « How the Story Ends ». Je ne connaissais pas ce groupe, honte à moi ! Comment l’avez-vous découvert et qu’est-ce qui vous plait chez eux ? Vous les avez prévenus de la reprise ?
Markus : Non, je n’ai pas réussi à trouver le moindre contact. J’aurais aimé leur envoyer. J’aimais beaucoup leur version démo de ce morceau et c’est cette version que nous avons reprise à vrai dire parce que leur version finale du morceau est assez différente. Cette excellente version démo se trouve sur une compilation du label Kill Rock Stars (NdR : la compilation The Sound the Hear Heard que vous pouvez écouter ici. Dans cette version initiale, le morceau se nommait « Honea »). Je l’avais dans ma voiture et je l’écoutais en boucle. Elle m’a beaucoup plu car elle est très simple. Deux accords en boucle et un dernier accord ensuite. C’est si simple mais c’est du génie, en termes de mélodie et d’énergie. C’est tellement addictif. Je la chantais tout le temps donc j’ai pensé qu’il s’agirait d’un bon morceau à reprendre. Donc, comme nous avions une chanson plus romantique avec celle de Neil Young, c’était vraiment parfait d’essayer celle-ci aussi, et ça a très bien fonctionné avec le groupe pour créer ce genre de motifs minimalistes.
Tu évoquais tout à l’heure les débuts du groupe dans une veine plus noise et post-hardcore. Avec le recul aujourd’hui, vous considérez qu’il ne s’agissait pas vraiment encore de The Notwist ? Vous regardez ça comme un autre groupe ou c’est partie intégrante de votre histoire ?
Markus : Ça fait partie de notre histoire. Je considère plutôt que la forme, les arrangements, le son étaient un peu comme des vêtements que l’on change régulièrement. Ils dépendaient beaucoup de ce qui nous entourait à l’époque, de la musique qu’on écoutait au moment d’enregistrer. Les morceaux et l’idée de The Notwist d’être une sorte de groupe pop plus expérimental, cela n’a pas bougé. Même si plusieurs éléments me semblent aujourd’hui datés sur ces premiers disques, comme certains riffs de metal, par exemple. Nous ne jouons plus ces morceaux aujourd’hui mais je les aime toujours. Je ne regrette rien, car à l’époque, c’était vraiment ce que nous voulions faire, et je pense que les chansons sont restées les mêmes. La base de chansons folk, comme celles de Neil Young, de chansons très simples n’a pas vraiment changé, ce sont juste le son et les arrangements qui ont évolué.
J’ai le sentiment en lisant d’anciennes interviews que certains groupes ont joué un rôle majeur dans votre propre évolution. Vous citez régulièrement You’re Living All Over Me de Dinosaur Jr. qui vous a presque décidé à faire de la musique, puis Laughing Stock de Talk Talk. Est-ce si limpide ? Ce sont vraiment ces deux groupes qui ont fait figure de tournants ou étiez-vous imprégnés par des scènes entières et d’autres groupes qui vous ont permis d’emprunter votre propre voie ?
Markus : Ces albums seuls ont effectivement joué un rôle prépondérant mais, bien sûr, que certaines scènes ont été importantes pour nous et le sont encore aujourd’hui. Par exemple, la scène indé neo-zélandaise avec des cassettes et disques et beaucoup de projets DIY, d’enregistrements 4-pistes. Sonic Youth et tout ce qui l’entourait, The Pastels et d’autres groupes de Glasgow ont été de véritables sources d’inspirations dans lesquelles nous avons puisé beaucoup d’idées. Et ce n’est pas toujours uniquement la musique mais également la façon dont ils interagissaient ensemble, collaboraient et créaient des réseaux. Ils travaillaient ensemble à l’échelle internationale tout en restant indépendants, imprévisibles et aventureux. Et cela ne concerne pas seulement la musique. Les grandes sources d’inspiration sont toujours l’art, les artistes, les films, les livres et toutes sortes de choses qui nous donnent de l’inspiration, de l’énergie, de nouvelles idées et l’enthousiasme nécessaire pour continuer à faire ce que nous faisons.
« Nous conservons cette excitation, nous restons des fans de toutes sortes de musique et d’art en général car c’est de là que nous puisons nos idées. Nous n’inventons rien avec The Notwist. D’une certaine manière, nous volons, nous empruntons à beaucoup de groupes que nous adorons, que ce soit des nouveaux ou des anciens. »

Cela a dû être un moment particulier pour vous de sortir un album chez Sub Pop en 2014 avec Close to the Glass car j’imagine qu’il a fait partie des labels que vous avez beaucoup écoutés. Et ensuite, vous avez connu une évolution similaire au label avec des albums plus pop, moins agressifs.
Markus : C’était vraiment une expérience super car comme tu le dis, Sub Pop a été un des labels américains vraiment importants pour nous, qui nous a beaucoup inspirés avec beaucoup de grande musique, chansons et idées. C’était vraiment un honneur pour nous de sortir un disque chez eux. Mais maintenant, nous sommes chez Morr Music ce qui constitue une forme de retour aux sources, en étant très indépendants. Morr Music est constitué de Thomas Morr et de quelques personnes qui y travaillent, et ils sont comme des proches, des amis qu’on connaît depuis très longtemps. On communique donc de manière très directe, et c’est pareil avec la musique : on sait exactement ce qu’on veut. On peut enregistrer les albums comme on l’entend, sans avoir besoin d’expliquer quoi que ce soit, de communiquer ou de discuter. Ils nous connaissent depuis très longtemps, ils respectent tout ce que nous faisons. On a beauchoup changé de labels, ça a parfois été difficile, la situation actuelle nous convient vraiment très bien. Je pense que c’est la meilleure combinaison possible pour nous.
Maintenant que vous avez vécu cette expérience dans une plus petite structure, comme une famille d’après vous, j’imagine que ça vous semble inimaginable de rejoindre une major à l’avenir, même en cas d’offre très intéressante.
Markus : Ça dépend toujours du contexte et des conditions. Nous avons eu des opportunités avec des majors. Nous avons examiné la question de très près mais ça ne nous a jamais semblé très intéressant. Nous sommes le groupe, c’est à nous de décider ce que nous voulons sortir et comment le sortir. C’est important pour nous. Et ça va totalement à l’encontre de cette vision très capitaliste qu’ont généralement les majors… Et nous ne voulons pas faire de compromis.
Vous utilisez des machines et des sonorités électroniques depuis de nombreuses années. Voyez-vous l’émergence de l’IA comme une grande opportunité ou une menace majeure ?
Cico : Ce n’est pas vraiment un grand danger vis-à-vis de la façon dont nous faisons de la musique. Je pense que c’est toujours intéressant pour les gens de vivre l’expérience d’un son produit en direct dans une pièce par des musiciens. C’est la façon dont j’appréhende la musique donc on n’y pense pas vraiment et on n’utilise pas du tout ces techniques. Mais de manière générale, pour l’ensemble du monde de la musique, c’est clairement un danger, surtout si on se place du côté des consommateurs, quand on voit ce qui se passe sur les plateformes de streaming, combien de chansons sont générées par l’IA… Je pense que ça transforme clairement la façon dont les gens écoutent la musique, mais ça concerne surtout la musique grand public. En tout cas, ce n’est pas quelque chose de très réjouissant pour l’avenir. Je pense que ça va être vraiment intéressant, et pour la vie des musiciens, ça va être compliqué, parce que beaucoup d’artistes ne jouent pas seulement dans des groupes, certains composent de la musique de films par exemple, et dans ces cas-là, toute cette musique générée par l’IA représente clairement un danger plus important. Mais The Notwist n’arrêtera jamais de faire de la musique, comme on le fait actuellement et on ne s’appuiera jamais là-dessus. Ça ne correspond pas à notre idée du groupe.
Markus, tu déclarais après la sortie de Close to the Glass (2014) que tu te sentais de plus en plus à l’aise au chant et tu essayais de faire preuve d’autant d’intensité que Jeff Mangum de Neutral Milk Hotel. Te sens-tu aujourd’hui encore plus libre dans ton chant ou as-tu atteint un point où tu sens que tu ne pourras pas aller plus loin en termes d’intensité et de liberté ?
Markus : Je vois le chant comme une partie intégrante de la chanson dans son ensemble. Donc, pour ce nouvel album, c’est vraiment génial d’avoir joué tous ensemble sur quasiment tous les morceaux. Le chant a aussi été enregistré en même temps que le reste, avec tout les instruments, comme une seule prise. Donc, ça nous a fait vraiment du bien parce que ça donnait beaucoup plus l’impression de chanter vraiment le morceau alors que sur les albums précédents, c’était comme si ça venait par-dessus le reste et je me concentrais donc totalement sur ma voix, et parfois, on finit par trop prêter attention à sa façon de chanter. Cette fois, je chantais vraiment la chanson, j’en étais au cœur, j’en transmettais le sens, l’histoire, les émotions… Et je me sentais vraiment bien parce que je n’avais pas vraiment à réfléchir à un style de chant en particulier.
Vous avez toujours votre propre label (NdR : Alien Transistor) et votre festival (NdR : Alien Disko) ? Vous continuez donc à chercher à découvrir de nouveaux artistes constamment, à être toujours à l’affut de nouveaux groupes et de nouvelles sorties ?
Markus : Oui, totalement. C’est aussi pour cela que The Notwist et d’autres projets que nous portons continuent. Nous conservons cette excitation, nous restons des fans de toutes sortes de musique et d’art en général car c’est de là que nous puisons nos idées. Nous n’inventons rien avec The Notwist. D’une certaine manière, nous volons, nous empruntons à beaucoup de groupes que nous adorons, que ce soit des nouveaux ou des anciens. Le label et le festival sont toujours là. Le festival est toujours dépendant des subventions culturelles car nous souhaitons inviter beaucoup de groupes d’autres pays, d’autres régions du monde. Beaucoup de groupes ne passent pas par Munich lors de leur tournée, ils se rendent uniquement à Berlin. Les subventions nous permettent donc de financer les coûts du voyage des artistes. L’an passé, nous n’avons pas pu le faire car nous n’avons pas obtenu ces subventions. Pour cette année, nous ne savons pas encore. Nous aimerions en faire un en décembre et nous avons beaucoup d’idées mais nous ne sommes sûrs de rien. Ces derniers temps, c’est très difficile au niveau politique. Tous les pays dépensent l’argent dans le militaire, les armes, pas pour la culture.
Qui êtes-vous les plus fiers d’avoir sur votre label, que vous nous conseillez de découvrir au plus vite ?
Markus : Tous, bien sûr ! C’est pour ça que nous sortons leurs disques ! J’aime beaucoup la compilation Alien Parade Japan qui rassemble d’excellents groupes japonais avec des cuivres, mais de genres très variés. Ils ont une grande influence sur ce que nous faisons. Et ce sont également de très belles personnes.
Interview réalisée par Jonathan Lopez
Merci à Flow de Morr Music