Bitter Branches – Let’s Give the Land Back to the Animals

Posted by on 8 mars 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Equal Vision, 6 mars 2026)

Je sais pas vous mais moi, je suis un brin tendu ces derniers temps. Y’a comme un truc qui flotte dans l’air. Des relents d’exaspération qui reviennent, des envies de s’adresser à des milliers de personnes en même temps en des termes assez crus et leur envoyer quelque chose du genre : « Mais c’est pas possible, vous êtes beaucoup trop cons. C’est ça, votre but dans l’existence ? C’est ça la trace que vous voulez laisser sur Terre ? » Bref, je suis tendu et autant remonté qu’abattu et désabusé. Cet album tombe donc à pic pour gueuler un bon coup et ce titre qui suggère de redonner la terre aux animaux semble également très opportun, puisque notre foi en l’espèce humaine ne cesse de décliner. Si vous n’avez pas eu droit aux présentations avec le chanteur Tim Singer (oui, on sait) et ne connaissez ni Deadguy, ni Kiss it Goodbye, ni No Escape ni Bitter Branches, l’accueil pourrait être vécu comme un brin abrupt en entamant l’écoute de Let’s Give the Land Back to the Animals.

« Sometimes I wish I was a violent man », ose-t-il brailler (« Basic Karate ») comme si on ne le considérait pas déjà comme tel. Singer est un homme de convictions et il conserve celle, inébranlable, que ça va mieux en le gueulant, que ça s’assimile mieux en l’infligeant. « Rat Poison » ne traine donc pas en route. Il cogne bien sûr mais cogne aux bons endroits tant qu’à faire. Sinon, à quoi bon ? Le marteleur de fûts Jeff Tirabassi (Walleye) se fait ainsi particulièrement remarquer et distribue admirablement, ralentit le jeu, sème le doute, distille le stress, réaccélère quand il s’agit de sévir à nouveau.

Armé d’une basse qui ratisse les bas fonds, « Cave Dwellers » pourrait presque revendiquer une étiquette post-punk s’il n’était empli d’une telle quantité de ressentiment et de colère qui, inévitablement, se déverse mais avec style et une certaine parcimonie.

« Basic Karate » est bien plus complexe qu’il ne le prétend et découpe tout ce qui traine en tapant bien au-dessus de la ceinture sur son final. Évidemment, l’agressivité est de mise, la tension omniprésente, elle déborde même de tous les coins mais on ne pourra nullement reprocher à Bitter Branches un aspect monolithique, tant le quintet parvient régulièrement à désarçonner, par des changements de rythme, une éclaircie mélodique, des riffs qui déboulent quand on les attend le moins, une basse qui soudain décide de prendre encore plus de place (« High Street », « 7-11 »). C’est encore plus flagrant que sur le premier album, Your Neighbors Are Failures (2022), qui ne manquait déjà pas d’idées et nous avait passionnés. Le fantastique « Posture Contest » et son riff plus post-hardcore n’a pas dû déplaire à J. Robbins (Jawbox, Burning Airlines) en charge de l’enregistrement. Et disons-le sans détour : ça crache sec. À la lourdeur d’un quintal s’ajoute parfois un groove à la Jesus Lizard (« Everything Must Go »). On dérouille mais il ne s’agit pas là d’encaisser continuellement les coups sans en voir le bout et avec une hâte certaine d’apercevoir la fin des supplices. On déguste en se demandant ce qui va nous tomber dessus, en se laissant duper par des appâts séduisants, en empruntant des sentiers qu’on sait risqués. « Fine Powder » déboule ainsi, rampant avec roublardise et lors du final « Here Comes the Chisel », tout le monde semble au bord de l’épuisement avec un Singer à bout qui nous (dé)gueule dessus « I don’t care if everyone dies », appuyé par son bassiste Dan Yemin en renfort au chant. Fort de cette nouvelle offrande, Bitter Branches propose désormais en deux albums, un 12″ EP et un single le meilleur moyen de passer ses nerfs intelligemment et de passer de l’exaspération à la jubilation.

C’est avant tout une histoire de sensibilités et certains hurleront peut-être au blasphème mais après tout, on est là pour dire ce qu’on pense et si vous n’êtes pas content, barrez-vous : parmi les nombreuses entités où sévit (a sévi) Tim Singer, certaines indéniablement légendaires, c’est Bitter Branches qui suscite actuellement chez nous l’engouement le plus franc.

Jonathan Lopez

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