Arnaud Fournier – 100 % Black Puzzle

Posted by on 29 novembre 2025 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Ici d’ailleurs, 17 octobre 2025)

Il fallait le voir Arnaud Fournier en première partie des Young Gods, seul devant son mur imposant d’amplis Fender, jongler entre guitare (souvent saturée), machines, trompette et saxo. Le public, d’abord interdit, semble s’être pris au jeu, s’être laissé emporter dans cet étrange univers qui réservait des instants précieux. Certains d’entre nous étions prévenus, d’autres ont dû peiner à comprendre ce qui se passait et ce qui était passé par la tête de cet énergumène qui joue comme il l’entend sans se soucier du qu’en dira et qu’en retiendra-t-on. Un mois plus tôt, son premier album solo avait donné de sérieuses indications. Pour cette étape-clé d’une carrière, intervenue étonnamment tard le concernant, on était en droit de se demander si Arnaud Fournier allait se planter. Le premier morceau avait tué tout suspense d’emblée. 

« 100% Black Puzzle » réunit tout ce qu’on peut espérer d’une bonne chanson avec son accroche mélodique immédiate et présente ce que l’on est susceptible d’attendre d’un artiste du pedigree d’Arnaud Fournier, avec son évolution imprévisible et captivante. 8’40 patiemment déconstruites où la quiétude apparente des arpèges inauguraux est vite troublée par des nuages chargés d’électricité, de discrets soubresauts électroniques et une trompette inquiète. Le capharnaüm noisy est certes de courte durée mais voilà un beau résumé de la musique d’Alain Fournier. Avec « It’s the Leaving that’ll Kill You », Fournier est là où on l’attend moins, démontrant qu’il peut tout aussi bien exceller dans un format pop. Et cet album « solo » est pourtant parsemé de rencontres. Ici la voix chaude de Herman Düne (vieille connaissance dont Arnaud est également le tour manager) fait merveille au sein d’une ambiance plombée, pas si éloignée de celles affectionnées par ce cher Lanegan. On peut également y entendre Philippine, la fille cadette d’Arnaud, qui chante les chœurs et joue de l’euphonium pour adoucir le tout avec élégance. C’est évidemment ce qu’Arnaud Fournier a à nous offrir de plus classique et accessible puisqu’il retrouve par ailleurs ses lubies ambient et free jazz qui ont toujours fait partie de son package. Qu’il tente de rallier « New York Belle Île » (ça fait une trotte), qu’il s’adonne à un jeu de « Miroirs » rêveur et halluciné, parti d’une impro avec Frédéric D. Oberland (Le réveil des tropiques, Oiseaux-Tempetes) ou qu’il renoue avec son comparse de Hint, Hervé Thomas, il conserve son attrait mystérieux et son caractère impalpable propice à l’égarement de l’esprit. 

100% Black Puzzle ne pouvait pas décemment prétendre damer le pion à l’album fondateur auquel il fait référence (comment, vous n’avez jamais écouté 100% White Puzzle de Hint ?! Exécution !) mais il se devait a minima de lui faire honneur. C’est chose faite. Arnaud Fournier est moins bruyant qu’il ne l’a été mais n’en demeure pas moins fascinant.

Jonathan Lopez

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