Scott McCloud – Make It To Yourself

Posted by on 11 avril 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(God Unknown, 30 janvier 2026)

Imaginez un peu le concept. Vous partez loin de chez vous (à Athènes, en l’occurrence), vous enregistrez quelque chose et vous le gardez au chaud dix longues années sans y revenir. Inévitablement, au moment de ressortir les bandes, vous avez un peu peur de ce sur quoi vous allez tomber. Parfois, ce qui s’apparente au coup de génie d’un soir s’avère une sombre merde dès le lendemain, une fois l’excitation retombée. Scott McCloud a donc dû craindre la désillusion en déterrant ce qui allait devenir Make It To Forever, le premier album qu’il a daigné sortir sous son propre nom. Heureusement, il l’a beaucoup aimé, suffisamment pour bien vouloir le partager avec nous. On comprend aisément pourquoi mais il était presque écrit qu’un tel disque ne ferait pas grand bruit.

Ce n’est évidemment pas dans ce registre que les amateurs de Scott McCloud l’attendent le plus. Celui qui a œuvré au sein des mythiques Girls Against Boys, des furieux Soulside de la famille Dischord ou des allumés de New Wet Kojak avait déjà prouvé qu’il savait briller en milieu tempéré et apaisé avec Paramount Styles mais ce n’est pas ce qui déchaîne le plus les passions. Le voici cette fois avec, à l’exception de quelques enluminures dont nous reparlerons, sa guitare et sa voix réduites à leur plus simple expression. Des cordes frottées, des mots parfois susurrés, oscillant entre retenue et ferveur. Quelques ajouts d’instruments à cordes et chœurs éthérés pour ne pas laisser le tout trop dépeuplé. Au final, une simplicité qui fait mouche. Ce Make It To Forever semble n’avoir d’autre prétention que de capturer des sentiments d’un instant T, de retranscrire des émotions fugaces et de raviver des souvenirs d’un passé révolu.

Le superbe « Down Through the Stars » qui voit son final nous embuer légèrement les yeux lorsque les violons s’en mêlent, fait déjà partie de nos morceaux les plus écoutés de l’année. Le magnifique « Spaceship » qui énumère ses rêves d’enfant (« once I had a dream… » répété ad nauseam) conjugue la naïveté d’hier à la sagesse d’aujourd’hui. Le ton se fait parfois plus enlevé et l’entrain communicatif, comme sur « (I Got) Devotion » aux surprenantes consonances latines ou « Moonlight Stage Dive » où une batterie donne le la et le saxo de Charles Bennington de New Wet Kojak sonne le glas. Jennifer Charles donne la réplique à Scott dans l’intrigant et magnétique « Come Around ». D’un psychédélisme qui ne dit pas son nom, « Staring at Yourself » et son motif se répétant inlassablement, sa mélodie rêveuse, évoque la facette la plus sage de Yo La Tengo. Dans cet album plaisant d’un bout à l’autre et plus varié qu’il n’y paraît de prime abord, Scott McCloud ne réalise rien de bien extravagant. Il joue sur la répétition, s’appuie sur des mélodies que l’on s’approprie aisément, s’autorise parfois un crescendo agrémenté d’instruments à cordes (le fort mélancolique « Hold Me Tight » en forme d’hommage à son rock adoré qui l’a constamment maintenu à flot : « it’s been a long time since your rock’n’roll hold me tight »).

Si nous ne pouvons promettre que nous chérirons ce disque jusqu’à la nuit des temps, ni même que nous y reviendrons dans dix ans, sans doute noyés par le flot incessant de sorties, il y a des chances qu’en rouvrant régulièrement cette boite aux trésors, nous soyons à nouveau enchantés par ce que Scott avait bien voulu nous confier.

Jonathan Lopez

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