Memorials – All Clouds Bring Not Rain

Ce qui avait débuté comme une association de circonstance pour Verity Susman d’Electrelane et Matthew Simms de Wire (pour les besoins du documentaire Tramps! Women against the bomb, 2023), s’est muée petit à petit en collaboration pérenne sous le nom de Memorials. En 2024, leur premier album, Memorial Waterslide, avait tapé dans l’œil des connaisseurs, et aujourd’hui son successeur est attendu avec curiosité et impatience par cette même poignée de bonnes gens.
À la première écoute, All Clouds Bring Not Rain peut surprendre par sa richesse et sa variété. Il part dans tous les sens et plonge à pleine main dans divers styles avec un goût assumé pour le contraste et les changements d’atmosphères. Il confirme néanmoins tout le bien que nous pensions du duo en nous invitant à un jeu de piste jubilatoire au sein de la musique psychédélique britannique, pop et prog inclus.
Susman et Simms l’ont enregistré en France et en Angleterre, et se partagent absolument tous les instruments avec une virtuosité et un talent palpables, notamment lorsqu’il s’agit de la basse et de la batterie, indéniablement l’un des points forts de ce nouvel album. On entend de l’orgue, du synthé, des cuivres, des chœurs de l’espace, et on pense à ces groupes de hippies des années 70 alors qu’ils viraient petit à petit vers le kraut. La performance vocale de Verity Susman, entre Nico et Rosie Cuckston, offre un décalage des plus intéressants avec la couleur des arrangements et avec celle, plus classique, mais non moins réussie, de Matthew Simms. L’alchimie entre les deux atteint des sommets sur les très beaux « Reimagined River » et « I Can’t See a Rainbow » et leur côté multi-instrumentistes touche à tout impressionne par sa cohérence et son apparente facilité.
Toutefois, on peut reconnaître que leur débordement d’idées et d’instrumentations semble parfois un peu too much, d’autant plus que la prod n’est pas forcément à la hauteur des compositions et des ambitions du groupe. Elle manque d’un peu de profondeur et de souplesse, comme c’est souvent le cas quand deux nerds s’enferment trop longtemps dans un studio sans personne pour leur apporter une troisième perspective. On ne saurait toutefois leur en tenir rigueur, car finalement, ces légers défauts sont l’une des raisons qui font que l’on y revient souvent. Comme si la répétition des écoutes nous permettait de reconstruire le disque dans notre esprit, selon nos goûts.
En dépit de ce point gris clair, All Clouds Bring Not Rain enchaîne les tubes et les ambiances avec une prodigalité large. « Dropped Down the Well » et « Life Could Be a Cloud » nous montrent la face la plus épique du groupe, « Lemon Tree » et « Wildly Remote » celle plus tendre et plus étrangement sépulcrale, et « Mediocre Demon » enfonce les clous en une extase tout à la fois amère et exaltée.
Au final, ce nouvel album de Memorials s’avère aussi roboratif qu’enthousiasmant et nous apparaît comme la face opposée de la même pièce sur laquelle figure le Discombobulated de Hen Ogledd, avec qui il représente un pan fascinant de la scène anglaise actuelle, dont on aurait tort de ne pas se réjouir, et dont on observera l’évolution avec curiosité et gourmandise.
Max