Kaery Ann – Moonstone

Posted by on 17 février 2026 in Chroniques, Toutes les chroniques

(Subsound, 23 janvier 2026)

À peine l’année entamée, une cascade d’albums semble déjà appelée à durer. Des œuvres qui qui s’installent dans la mémoire, dépassent l’instant et les premières émotions à chaud. Il en serait autrement si le seuil n’était fait que de fleurs éphémères. Mais certains disques portent en eux des périls intérieurs qui résistent au temps. Le sol s’est dérobé sous mes pieds laissant entrevoir une obscurité noirâtre perlée d’étoiles dans laquelle je venais de tomber, jusqu’à ce que ce nouveau long format y fasse entrer la lumière.

Dans les bras des cercueils, il n’y a plus personne, même les noms propres n’ont plus d’orthographe. L’ennui distille lentement son silence, fait de signes qui ne disent que ce qu’ils sont. Mais depuis le néant, résonne un chant, comme la transmission d’un autre monde, celui rapporté par Erika Azzini.

Dans ce nouvel album, les nombreux fils de l’intrigue s’entremêlent à merveille, des accords dont on se languit, dès les premières notes avec le titre d’ouverture « Puritatem Tuam Interiorem Serva », funèbre et comme extirpé d’une cérémonie religieuse. Même si le thème abordé dans ce disque s’articule autour de la mort, ce n’est pas pour autant que soit oblitérée la percée lumineuse et intense que prend « The Road ». Cet art de plonger directement dans la mélancolie, de prendre des lignes de fuite oscillant entre doom et dark folk, de revisiter « Shores in Flames » de Bathory et cet aspect venimeux, capable de faire coaguler le sang avec d’autres fluides, se diffuse avec le titre « White Dress » où l’univers confessionnel de Kaery Ann est reconnaissable entre mille.

L’ossature musicale de Moonstone se révèle plus solide, plus saturée, moins éthérée, tout en conservant son pouvoir hypnotique. « Hero and Leander » prend un aspect death rock, beaucoup plus resserré avec un tempo instable. On y mesure le talent de composition de son autrice, capable de variations musicales et d’imprévisibilités dans la structure, sortant du canevas couplet/refrain. L’inconnu n’est-il pas un partage commun ?

Franck Irle

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