Hum – You’d Prefer An Astronaut

Publié par le 25 avril 2020 dans Chroniques, Incontournables, Notre sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(RCA, 11 avril 1995)

C’était probablement la meilleure idée qui soit de fonder un groupe de rock alternatif/grunge dans les années 90. Le seul moment où le public en avait à peu près quelque chose à foutre (voire était complètement hystérique) et où les grands labels pouvaient s’intéresser à vous (voire étaient totalement obnubilés par l’appât du bifton et faisaient une confiance aveugle à tous ceux qui portaient des chemises à carreaux). Pourtant, certains sont restés à la porte. Rein Sanction, Love Battery, Paw, Gruntruck, Come, Only Living Witness, Truly… La liste est longue, les frustrés nombreux et légitimes tant une partie d’entre eux n’avaient rien à envier à ceux qui ont connu la gloire (fut-elle éphémère). 

Cette caste peu enviable, Hum en fait partie. Vous vous souvenez de Hum ? Les avez-vous seulement connus ?
Pourtant, ils avaient pensé à tout : un nom facile à retenir, une démo enregistrée par Albini en 90, deux albums énervés avant d’affiner un style plus « mature » (de l’importance des guillemets…), la signature sur une major en 95 coïncidant avec la sortie d’un gros tube (on va y revenir)… Mais ça n’a pas pris. Pas autant qu’ils l’auraient mérité en tout cas. Ça se joue parfois à rien, c’était sans doute trop tard ou trop peu, le train est passé, le public a oublié.

Il y avait pourtant de quoi avoir des étoiles plein les yeux en se mettant « Stars » dans les oreilles tant elle coche toutes les cases de la définition du hit. Quelques accords délicatement grattés, les paroles qui résonnent (« she thinks she missed the train to Mars, she’s out back counting stars »), l’explosion, le refrain, l’explosion sur le refrain, les riffs, les cheveux longs, l’envie d’en découdre, les plaisirs simples. Et on a beau avoir maintenant les cheveux courts (quand on en a encore….) et le cul qui a fusionné avec notre canapé, l’effet est toujours le même.

Un effet ressenti quasiment tout du long de l’album au zèbre sur fond vert qui enquille les tubes comme c’est pas permis. Avant celle-ci, c’était « The Pod », ultra percutante où tout le monde se lance à la poursuite de la batterie déchainée de Bryan St. Pere. Les larsens gémissent et c’est sur une fantastique outro acoustique que l’histoire se termine. Cherry on The Pod.

Mais Hum ne se contente pas de décliner paresseusement la même recette à l’envi. « Suicide Machine » freine ainsi brutalement et fait retomber la frénésie, mais certainement pas le plaisir d’écoute (vous avez demandé du refrain imparable ?). On peut déceler chez cette dernière ainsi que dans la merveilleuse « Little Dipper » en ouverture, quelques points communs avec Swervedriver (riffs furieux baignant dans un épais brouillard, ce qui a toujours valu à ces derniers d’intenses valses d’étiquettes entre grunge et shoegaze) et si on pense régulièrement aux Smashing Pumpkins, on n’a aucune difficulté à deviner l’influence de Hum sur le son de Deftones (dont les membres n’ont jamais caché leur admiration pour le quatuor d’Ilinois*). Le metal n’est donc jamais loin mais les atmosphères travaillées ne manquent pas et toute la force de ce groupe réside en sa capacité à concilier puissance dévastatrice et mélancolie troublante (« Why I Like The Robbins ») incarnée par le chant de Matt Talbott, menant sa barque avec sérénité malgré le déluge sonique qui l’entoure et préférant la retenue aux grands cris démonstratifs. Ce dernier s’illustre également dans la chouette ballade « The Very Old Man » et nous laisse tout penaud sur la ravissante conclusive « Songs of Farewell and Goodbye ».

Pas tout à fait des adieux toutefois puisque trois ans plus tard, le groupe sortait un dernier album, Downward Is Heavenward, tout aussi réussi mais loin des 250 000 exemplaires écoulés de You’d Prefer An Astronaut qui aurait pu (dû ?) consacrer Hum parmi les grands groupes bruyants des 90s. Au lieu de cela, l’échec relatif de son successeur signa la fin de la collaboration avec RCA et mena à l’inéluctable split en 2000.

L’espoir subsiste toutefois puisqu’au détour d’une tournée de reformation (existe-t-il un groupe 90s qui ne s’est jamais reformé ?), Hum avait annoncé avoir retrouvé le chemin du studio. Bon, c’était en 2016. Deux ans plus tard, on apprenait que ledit album était quasiment bouclé. Visiblement, il faut pas être pressé. Ça tombe bien, on a appris récemment à prendre le temps.

Jonathan Lopez

*Ne faut-il d’ailleurs pas voir dans la pochette de White Pony une référence à ce zèbre ?

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