WIVES – So Removed

Publié par le 1 décembre 2019 dans Chroniques, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(City Slang, 4 octobre 2019)

Et si on était tous passés à côté ? Pendant que le retour de DIIV faisait grand bruit et s’attirait les éloges de certains (comme ici) ou les foudres d’autres (comme ceux qui dézinguent un truc sur deux et semblent prendre un pied pas possible à le faire), Andrew Bailey, guitariste de ces derniers, sortait le même jour le premier album de son autre projet. Celui qui pourrait bien supplanter le nouveau DIIV. Dans mon esprit, en tout cas, le choix est fait. 

Car si DIIV a su trouver une seconde vie en se réinventant, WIVES n’invente rien mais il recycle avec talent. Et sa matière première est la meilleure du marché. Comme d’autres avant lui, WIVES est allé se servir chez des vétérans légendaires, en premier lieu desquels Pixies ou Sonic Youth. C’est toujours une bonne idée.
Des comparaisons qui n’ont pas fini de souler le groupe mais ils l’ont bien cherché. On a parfois même le sentiment d’être pris d’hallucinations auditives, pensant entendre Frank Black pousser la chansonnette (“Waving Past Nirvana”, “Servants”, “Hit Me Up”) quand ce n’est pas Lee Ranaldo (“Why Is Life”). Tout ça, c’est bien beau mais s’ils surfaient uniquement sur la nostalgie, fût-elle savoureuse, et que les morceaux ne suivaient pas, on n’aurait pas pris la peine de parler d’eux. Or, rien à dire, les tubes sont là, ils foisonnent même. De l’irrésistible “The 20 Teens” à la teigneuse “Sold Out Seatz” avec un crochet par “Waving Past Nirvana” ou “Why Is Life”, autant de morceaux grungy/indie/power pop où copulent mélodies et disto, comme à la belle époque… Du refrain qui ne vous lâche pas au riff qui s’incruste partout, So Removed est de ces albums qui semblent juste “sympas” au départ, avant de développer un véritable attachement à leur égard. Par la suite, l’intro de basse de “Waving Past Nirvana”, ses premières paroles (“happy ever after, this place is a disaster“…) dessineront immanquablement un sourire sur votre visage. La joie de retrouver un bon ami resté fidèle à ce qu’il était, ou de satisfaire une sévère addiction envers ces salopards de New-Yorkais qui, quoiqu’ils fassent, paraitront toujours plus cool que vous. Ce disque n’éblouit pas d’un bout à l’autre mais il déborde de sincérité, de fraicheur et de spontanéité (le punk crado “Whatevr” chanté avec la fougue d’un gamin de 17 ans dans son garage, “Hideaway” dans le même délire qui claironne “doing all the cocaine in the world“), une nonchalance omniprésente comme sur “Even The Dead” qui, lui, lorgne davantage côté post punk avec sa basse qui laboure tout et sa gratte de feignasse qui place une note quand elle veut – peut – et de préférence toujours la même (ne serait-ce pas l’ombre de Wire qui plane ici ?). Tout un tas de morceaux qui ne se ressemblent pas vraiment, mais se complètent remarquablement.

Le seul reproche qu’on pourrait faire à WIVES serait de vivre dans le passé (il n’y a qu’à voir le concours de name dropping auquel on vient de se livrer) mais cela donnerait du grain du moudre aux gens chiants qui trouvent que “c’était mieux avant“, “que plus personne n’innove” (ceux-là même qui vivent dans le passé, donc)… Qu’ils restent dans leur grotte avec leurs 45 tours de Led Zep, nous on se repasse So Removed, et on se “contente” d’un plaisir simple. Et d’un nouveau coup de cœur qui pourrait être bien plus qu’une passade.

Jonathan Lopez

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