Deftones – White Pony (Maverick)

Publié par le 11 juillet 2015 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

whiteponyEn 2000, Deftones a le vent en poupe. Le néo métal auquel il est affilié n’a pas encore gonflé tout le monde, il est même la nouvelle lubie de ceux qui tentent de tourner la page de la glorieuse décennie passée. Si le genre verra l’émergence de vilains groupes tentant habilement de surfer sur la vague (on pense fortement à Limp Bizkit ou Linkin Park, mais il y en a eu un paquet), Deftones, lui, a toujours bénéficié d’une aura bien supérieure. Et bien méritée.

D’abord parce que c’était les premiers (bon allez, avec Korn). Ensuite parce que c’était les meilleurs. Enfin, parce que White Pony.

Forts de deux premiers albums méchamment rentre-dedans (Adrenaline et Around The Fur), Deftones décide alors de tout remettre à plat, d’opter pour des changements radicaux, et d’entamer une mue salvatrice. Quitte à en décevoir certains, certes. Mais afin, surtout, de ne pas en perdre beaucoup en route, au fil des années. Ce changement c’est un peu comme le Johnny Rotten devenu John Lydon, le passage des Sex Pistols à PiL. En moins radical certes, mais en au moins aussi intelligent.

White Pony sera l’occasion de démontrer de façon éclatante et définitive que Deftones vaut bien davantage que l’étiquette de bourrins talentueux. White Pony c’est d’abord l’ancrage définitif de Frank Delgado (mr machines) au sein du groupe, lui qui jusque-là avait un apport assez discret, voire peu perceptible. A cette période, Chino Moreno est en pleine crise d’identité, divisé entre sa rage adolescente qui bouillonne en permanence et ses souvenirs émus de Depeche Mode et autres cachotteries new waviennes. C’est d’ailleurs en parallèle à la préparation de White Pony que germe son premier side-project, Team Sleep, tendance trip-hop à mille lieux des uppercuts qu’étaient les deux premiers Deftones.

Chino commence donc à arriver à maturité et compte bien en faire profiter son groupe, et les auditeurs (lesquels ne s’y retrouveront pas tous forcément).

Désormais Deftones a un nombre conséquent de cordes à son arc et décoche flèches sur flèches, sans qu’on ne voit rien venir. Entre deux explosions de tympans, les plus radicales étant « Elite » et « Korea », Deftones fait parler son nouveau style tout en variation d’ambiances.

« Feiticeira » amorce la métamorphose, mais c’est la subtile « Digital Bath » qui fait carrément croire qu’on n’a plus affaire au même groupe lorsque Chino, sur fond new wave-electro (merci à Delgado, créateur d’atmosphères), pose son chant comme jamais, fait preuve d’une élégance insoupçonnée avant d’entonner un inoubliable « I feel like more ». Il s’est passé un truc, là.

Et ce n’était qu’un aperçu du reste. Le résultat est assez bluffant, tant l’album oublie toute faute de goût et empile les morceaux impeccables, ce qui n’était pas chose aisée compte tenu des nombreuses « expériences » menées.

A l’exception d’un « Teenager » un peu light, toute tentative se solde par une réussite maximale. D’ailleurs, pour oublier ce léger malentendu, « Teenager » est vite étouffé par le bijou « Knife Prty » (toutes options dont refrain monumental et break mémorable avec temps suspendu…). Les craintes légitimes dues aux prises de risque de cet album sont vite balayées, d’autant que l’attrait pour les atmosphères éthérées ne remet nullement en cause l’impact du « riffeur » fou qu’est Stephen Carpenter ni l’envie du groupe de foutre tous les amplis sur 11 (Terry Date aux manettes fait cracher l’ensemble de façon assez énorme).

Et puis Chino. Chino est un chanteur. Un bon, un vrai. Si ses prestations scéniques de l’époque ne plaidaient pas toujours en ce sens, celles qu’il livrera par la suite l’imposeront aux yeux de tous (c’est plutôt son poids et ses tenues vestimentaires qui alimenteront les débats).

Fréquenter un Maynard James Keenan de Tool l’a peut-être aidé à prendre conscience du potentiel de ses cordes vocales. En tout cas, sur « Passenger » (rien à voir avec Iggy) ces deux-là nous envoient loin. « Passenger » ou la rencontre de Tool et Deftones, un rêve humide. Et un résultat mythique.

Le coup de grâce est porté par les deux derniers titres, « Change (In The House Of Flies) » et « Pink Maggit » (que tout le monde appelle « Back To School »). Et ça commence à faire beaucoup.

Attardons-nous quelque peu sur « Change », symbole du Deftones « mâture », qui bascule du planant au brutal en quelques secondes. « Change » est de ces titres qui font la légende d’un groupe dès que les premières secondes d’intro se font entendre. La mouche de Cronenberg a pris un coup de vieux, l’histoire de la mouche façon Deftones ne cesse de rajeunir avec le temps.

Deftones était déjà grand avec ses deux puissants opus précédents, il devient immense avec White Pony et s’engouffre dans une nouvelle voie qu’il est le seul à connaître. Aujourd’hui quand on parle néo métal, on a souvent du mal à réfréner les gloussements. Mais quand on parle de Deftones, on est vite en proie à l’excitation.

Si le groupe ne s’est jamais vraiment planté par la suite et a poursuivi son oeuvre avec brio et régularité, il n’a jamais tout à fait réussi non plus à égaler un tel niveau d’excellence.

JL

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