Villette Sonique (Paris), 27/05/16

Publié par le 1 juin 2016 dans Live reports | 0 commentaire

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Vendredi dernier, nous étions présents pour le coup d’envoi de Villette Sonique avec une superbe affiche dans la Grande Halle de La Villette : Sauna Youth ouvrait le bal, suivi de White Fence, Frustration et enfin Sleaford Mods.

Une affiche assez éclectique qui prenait le risque de ne pas contenter totalement amateurs de rock psyché réfractaires au post punk, et inversement. On aurait bien vu un échange White Fence/Protomartyr pour que ces derniers se retrouvent dans une affiche à dominance post punk et permettent ainsi à White Fence d’évoluer le même soir que leur pote et voisin Ty Segall… Mais on imagine que les programmateurs de Villette Sonique (un peu plus expérimentés que nous en la matière) se sont posés les mêmes questions avant de se heurter à des problèmes de calendrier… Bref, nous on s’en fout, on aime tout.

WFOn se retrouve vers 20h30 peu de temps avant l’arrivée de White Fence, et après avoir bien loupé Sauna Youth (ne comptez pas sur nous pour changer nos mauvaises habitudes…). Tim Presley et sa bande investissent une grande halle quelque peu clairsemée, sous de timides acclamations. Le père Tim revêt un pull rouge majestueux, sans doute tricoté par sa grand-mère qu’il ne quittera pas de la soirée. Il faut dire qu’il ne frôle pas le coup de chaud tant la prestation livrée par son groupe demeure assez pépère et pas spécialement inoubliable. On les a connu plus généreux.

Ça s’emballe gentiment sur quelques fins de morceaux où les racines garage du groupe s’expriment un peu plus, le public semble apprécier mais demeure relativement sage. Il faut dire que la setlist fait la part belle à des morceaux… que personne ne connaît (issu du prochain album ?). Ajoutez à cela certains titres assez décousus (sans réel refrain ou structure bien établie), et vous comprendrez qu’il n’est pas évident de rentrer dans ce concert. Charles Moothart, toujours dans les bons coups (gratteux en chef de Fuzz, accompagnateur fidèle de Ty Segall et Mikal Cronin) est ici derrière les fûts et viendra juste choper la gratte du frère de Tim Presley le temps d’une ballade country toute « Cash-ienne ». Sur l’un des morceaux, qu’on sera donc bien incapable d’identifier, on retrouve une inhabituelle touche new yorkaise venant supplanter les traditionnels relents californiens qui caractérisent le son de White Fence. Une agréable surprise.

Moot - copie

Seul représentant de l’excellent For The Recently Found Innocent, « Sandra (When The Earth Dies) » viendra renouer avec la pop psychée et clôturer un set assez court, et pas spécialement dingue.

Frustration va se charger d’électriser bien comme il faut cette soirée. Mise en scène travaillée pour une entrée remarquée (sous les « experience, discomfort, frustration ») pour une introduction flirtant avec l’électro industrielle (qui a dit Rammstein ? Non quand même pas !). On croit alors à un revirement radical mais on va très vite revenir sur nos pieds. A l’inverse de White Fence, Frustration nous offre un set tout sauf frustrant alors qu’eux aussi dévoilent beaucoup d’inédits qui font clairement leur petit effet… Certaines personnes très Uncivilized (c’est bon tous les jeux de mots sont placés) trouvent quand même le moyen de se prendre le chou au point d’en arriver aux
mains ce qui semble être une tradition dans cette salle.

Frust extase

Autre tradition bien plus réjouissante, l’occupation de la scène quasi permanente par un public des plus enthousiastes. Ça danse, ça slamme à tout va, ça pogote sévère dans les premiers rangs. Les désormais classiques (oui, oui on peut oser le mot) « It’s Gonna Be The Same », « We Miss You », « Uncivilized » et autres « Assassination » sont toujours impeccables. Rien à faire, la recette basse obsédante/guitare incendiaire/synthés bien barges fonctionne à la perfection.

La musique de Frustration n’a rien perdu de sa force libératrice, de son côté primaire et jouissif et c’est aussi beau à voir qu’à entendre. Et si le groupe avait une appréhension à jouer autant de nouveaux titres, il a dû être rassuré par l’accueil tonitruant qui lui a été réservé.

Dans l’euphorie du moment, le batteur s’est à son tour pris au jeu du slam en faisant un petit tour porté par les mains du public. Chouette moment ! Le concert s’achève sur une surprise sympa : un morceau en commun (« Tweet, Tweet, Tweet ») avec Jason Williamson, le beugleur en chef de Sleaford Mods, « pour qu’il joue avec de vrais instruments ». La collaboration fonctionne parfaitement, Frustration peut repartir satisfait et Sleaford Mods arriver devant un public déjà conquis.

Sleaf

Sleaford Mods, c’est toujours l’assurance d’un spectacle aussi improbable qu’amusant, en plus d’entendre de la bonne musique. Le « DJ » en branle pas une, lance son instru sur son ordi avant de se dandiner bière à la main pendant que son pote s’égosille comme un damné (tout en se frottant machinalement la tête, ce qui ne rassure pas sur son état mental). Ses cordes vocales, elles, vont très bien et crachent sans discontinuer insanités qui ont le don de mettre en transe le public. L’intro de « Live Tonight » (« Sleaford Mods » scandé façon chant de footeux) colle parfaitement à l’atmosphère qu’ils instaurent dans la salle. « We have lost our fucking minds » hurle James, ce qui résume assez bien la situation. La Grande Halle est bouillante, chacun improvise des danses improbables, le ballet des invasions scéniques est incessant et notre ami « DJ » branleur (affublé d’un t-shirt Dismaland*) se fend la poire devant le spectacle que ce public si communicatif lui offre. Régulièrement il immortalise le tout, portable à la main.

Notre soirée avait commencé pantoufles au pied, on la termine trempés mais satisfaits.

JL

Photos ET

*Du nom du parc satirique créé par Banksy.

 

Vous pouvez (re)voir les concerts de White Fence et Frustration sur le site d’Arte.

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