Ty Segall – Manipulator (Drag City)

Publié par le 31 août 2014 dans Chroniques, Incontournables | 2 commentaires

segallLe retour de l’homme qui compose plus vite que son ombre. On a failli attendre. Comme pour s’excuser de son « retard » (un an entre deux albums, une éternité dans l’espace-temps Segallien), Ty nous offre près d’une heure de musique à déguster sur double vinyl. Il a une réputation à assumer.

Le gaillard a donc décidé de frapper fort et s’en est donné les moyens, peaufinant pendant plus d’un an son album avec le producteur Chris Woodhouse, dormant même dans son studio et composant tout de A à Z, ou presque (de A à Y, au moins). En pas moins de 17 titres, Ty nous fait la totale. Une fois n’est pas coutume, il ne se contente pas de nous arroser tous azymuts de son garage craspouette mais bouffe à tous les râteliers (précisons pour les plus sensibles que « craspouette » n’est ici nullement péjoratif). L’urgence n’est plus une nécessité, juste une option. Nul doute que son escapade folk de l’an dernier lui a donné des ailes, lui offrant davantage encore de liberté et de confiance en son songwriting.

Les guitares sont toujours au centre du jeu, qu’elles soient acoustiques ou électriques, hurlantes ou posées, voire même latines (« The Clock »). Mais ce qui compte avant tout, c’est la mélodie. Le gars est doué, ça fait un moment qu’on le sait et il est toujours en quête de la mélodie imparable. Or comme le dit l’adage quand on cherche on trouve, surtout quand on se donne autant de temps pour affiner les recherches.

Ainsi qu’on se prenne de plein fouet des bourrasques électriques comme « It’s Over », « Feel », « The Crawler » on avait l’habitude. Sa façon d’errer dans les aigus, de triturer ses guitares pour mieux les faire gémir (sur « The Feels » ça morfle sec), on commence à connaître et c’est toujours aussi jouissif. Maintenant qu’on se voit en plus proposer un titre bien barré comme « The Clock » (on a parlé des guitares latines, ajoutez-y des violons tiens !), « Manipulator » et ses claviers bien old school, des effets trippants tendance psyché (« Connection Man »), du bon vieux classic rock façon Bowie (« The Faker »), une merveille de ballade sous hallucinogènes comme « The Singer » et des « Don’t You Want To Know (Sue) », « Stick Around » carrément pop (et carrément parfaits), c’est déjà moins commun. Mais le résultat est toujours aussi catchy, étonnamment très homogène et fleure bon le soleil californien.

S’il ne marquera sans doute pas l’Histoire du rock comme Cobain (à qui la presse spécialisée adore le comparer), s’il sera compliqué de l’imposer comme le modèle d’une génération (les jeunes préfèrent Justin Bieber), Ty Segall s’impose avec talent comme la meilleure définition du cool. Le mec qu’on a envie de suivre partout dans ses aventures, avec un grand sourire aux lèvres.

Segall nous trimballe dans son rade. Et nous fait passer du bon temps. La vie doit être bien terne quand on se prive de ses disques. Se priver de celui-ci serait carrément un sacrilège.

 

JL

 

Une interprétation live récente de « Feel »

 

2 Commentaires

  1. L’album de l’année ! A coup sûr, l’un des meilleurs. Pour les parisiens, une date à cocher dans vos agendas, le 21 octobre, Ty Segall fera hurler les guitares à la Cigale !

  2. Bel album, Belle chronique… Merci!

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