Tom Waits – Swordfishtrombones (Island)

Publié par le 3 novembre 2012 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

tom-waits_swordfishtrombonesRebelle musical, Tom n’aime pas être étiqueté, et son éclectisme le prouve. Il sait de plus s’entourer, conviant des vrais rockers pour le coup sur ses albums, Keith Richards par exemple.

Tom Waits, figure emblématique du son jazzy underground en Californie, joue et enregistre de la musique depuis une dizaine d’années déjà (il a notamment ouvert les concerts de Zappa, assurant la première durant deux ans au début des années 70), lorsqu’en 1983, il quitte Asylum, sa maison de disques historique et signe chez Islands Records, le célèbre label de Chris Blackwell.

Les plus beaux albums de la première période de sa carrière chez Asylum, sont Blue Valentine et Heartattack and Vine, forts de magnifiques ballades jazz et de superbes blues. La voix inimitable de Tom, cordes vocales frottées au papier de verre, gargarisées au Bourbon et boucanées aux Marlboro, fait le reste. Au début des années 80, il entame en parallèle une collaboration fructueuse avec Coppola, compose la musique de « Coup de cœur » et commence à se prendre au jeu d’acteur, en apparaissant dans les films du grand Francis: « Outsiders », « Rusty James », « Cotton club » (puis plus tard « Dracula »), ainsi que chez Jim Jarmush ou Robert Altman.

En 1983 donc, le premier album chez Islands parait, c’est Swordfishtrombones. Musique nettement moins conventionnelle, instrumentation éclectique, kaléidoscope de bricolage sonore, associant section de cuivre, percussions discordantes, guitares dissonantes susceptibles de dérouter ses auditeurs historiques et conventionnels. La voix de Tom Waits est de plus en plus proche de Captain Beefheart. Il grogne, bougonne, déclame ou récite plus qu’il ne chante, la coloration musicale étant tout sauf classique.

Ouverture de marche proche de la fanfare (« Underground »), morceaux musicaux flottant dans une atmosphère brumeuse ou iréelle, ambiance de cinéma très éloignée de morceaux à la structure classique (couplet, refrain, pont, refrain), comme « Shore Leaves », « Just another sucker in the vine », « Trouble’s braids », « Dave the butcher ». Ballades bluesy interprétées au piano ou accompagnées de bandonéon : « Johnsburg Illinois », « Town with no cheer », « Soldiers thing », fanfare new Orleans sur le superbe « In the Neighborhood ». Morceaux qui claquent bien et plus proches du format classique de chanson rock ou de blues : « 16 shells from a thirty-out-six » (délire surréaliste d’un chasseur de primes), « down, down, down », « Gin Soaked Boy ». Magnifiques promenades accompagnées de marimbas et contrebasse, le titre éponyme et Rainbirds.

Ce disque lors de sa parution, fut chroniqué album du mois dans Rock & Folk, ce qui suscita ma curiosité. Je découvrais alors un musicien étonnant, totalement décalé de l’ambiance sonore de 1983 : Cure, U2, etc… proposant un univers musical d’un abord moins facile, mais fascinant lorsqu’on y pénètre et qu’on s’y laisse vagabonder.

Dernier détail sur ce disque : la photo de couverture, où l’on voit Tom Waits en travelo magnifique, torse nu, pose langoureuse, devant un énorme trombone, accompagné de deux personnages énigmatiques (des nains), à côté de lui. On n’est pas très loin d’une ambiance à la David Lynch, très intrigante qui ajoutait au mystère qui semblait entourer ce disque.

Ce disque, que Tom Waits considère lui-même comme une étape essentielle dans sa carrière, est en tout cas à découvrir pour tous ceux qui sont capables d’ouvrir grands les oreilles et l’esprit.
L’opus suivant Raindogs poursuivra dans cette nouvelle voie, et de nombreux musiciens prestigieux le rejoindront durant les sessions d’enregistrement : Marc Ribot, Keith Richards, Chris Spedding, Tony Levin, John Lury, etc…

El Padre

Écoutez « In The Neighborhood »

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