Thurston Moore @ La Maroquinerie (Paris), 11/03/17

Publié par le 22 mars 2017 dans Live reports, Non classé | 0 commentaire

Voir Thurston Moore pour moins de 15 euros à Paris, ça paraissait peu probable. Et pourtant, c’est ce que nous a proposé Gonzaï ce soir-là, et crevards comme nous sommes chez Exitmusik, un peu nostalgiques, aussi, on n’a pas su dire non. Allez, me disais-je, au pire je m’emmerderais sec pendant une heure et je me rattraperais sur un petit « Ono Soul », comme quand il a fait la première partie de Dinosaur Jr à l’Élysée Montmartre, voire un « Psychic Hearts », qui sait. Je ne suis pas difficile, je me serais contenté de n’importe quel morceau de ses deux premiers albums en échange de ses trop longs morceaux récents. Et puis c’est Thurston Moore, quand même, un mec sympa ! On sait bien qu’il aura des bons mots, et son attitude à la cool. Et puis, malgré tout, le son de guitare, la voix, le petit côté madeleine de Proust… Il y a effectivement de quoi craquer.

Bon, déjà, on sait que quand l’annonceur nous promet « une soirée exceptionnelle« , semblant surpris que Thurston Moore nous propose de l’acoustique à la douze cordes et une revisite de sa carrière, il n’en sera rien : l’artiste a adopté cette disposition depuis maintenant quelques années et s’acharne à ne piocher que dans son répertoire récent ; j’ignore si c’est une erreur honnête de leur part ou un pipeautage parfaitement assumé, dans tous les cas on frise la publicité mensongère et j’espère que personne ne se sera laissé convaincre par cet argument de vente fallacieux. Une fois que c’est dit, et bien, que dire sur la soirée ?

Pas grand chose, malheureusement. Thurston Moore a fait exactement ce qu’on attendait, joué des morceaux de The Best Day et de l’album à venir, rien de désagréable mais que du Sonic Youth-like qui n’a pas la saveur des vieux morceaux (sachant qu’au moins, on connait les vieux morceaux), fait 2-3 blagounettes sympas, imité Lemmy 2 secondes (le clou de la soirée), proposé une impro bruitiste en milieu de set que tes voisins viendraient gueuler si tu faisais ça chez toi mais là, c’est Thurston donc tout le monde mouille sa culotte, tenu un discours politique d’une naïveté confondante, le genre qui te met limite mal à l’aise alors que pourtant tu partages la même couleur, et est parti sans même jouer un vieux morceau (même pas de « Ono Soul », qu’il joue à chaque fois ces derniers temps) après un set paradoxalement trop court mais composé uniquement de morceaux beaucoup trop longs.

Voilà, pas de quoi se plaindre parce qu’on n’a pas payé cher, mais à se demander quand même si ça valait le coup. C’est un peu comme voir ton oncle sympa, celui qui t’a fait découvrir plein de bons disques, qui a toujours une attitude cool et que tu adores sincèrement, mais qui passe la soirée bourré à te parler de son admiration pour Jean-Luc Mélenchon tout en te faisant écouter un disque de remix d’un groupe que tu connais par cœur, mais les morceaux ont été étirés dans des versions insipides qui deviennent du coup assez chiantes. Tu lui passes parce que tu l’aimes bien, mais tu serais aussi bien chez toi, voire tu aurais pu faire quelque chose de constructif de ta soirée. Alors si en plus c’est toi qui payes l’addition, même si ça te fait plaisir pour lui, tu te dis que la prochaine fois, tu passeras ton chemin.

Désolé, tonton Thurston !

BCG

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